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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLOS ANGELES, États-Unis – C’est un dimanche animé sur la rue principale de Westwood, un quartier qui abrite une importante communauté iranienne, lui faisant valoir le surnom de « Tehrangeles », une contraction de Téhéran, la capitale de l’Iran, et Los Angeles.
Ici, il n’est pas rare de voir des enseignes affichées en persan ou d’entendre les passants parler le farsi. Même si la plupart des 300 000 Iraniens que compte la Cité des anges y sont établis depuis la Révolution islamique de 1979, la diaspora reste attachée à ses racines.
Certains ne cachent pas leur allégeance au shah déchu, Mohammad Reza Pahlavi, affichant le portrait de son fils sur la devanture des magasins. D’autres exhibent fièrement le drapeau de l’ère pré-révolutionnaire, un tricolore horizontal vert, blanc et rouge orné d’un lion et du soleil.

Le portrait du fils du shah est affiché à l'entrée d'un restaurant du quartier Westwood, dans le centre de Los Angeles.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Pour ces fervents opposants au régime islamique, l’annonce d’un accord de paix entre l'Iran et les États-Unis, qui met fin à plus de 100 jours de guerre au Moyen-Orient, est accueillie avec des sentiments mitigés.
Honnêtement, je ne sais pas trop quoi en penser, dit Bita Tahmasbi, une Irano-Américaine de 31 ans.
Comme plusieurs, j’espérais voir les Iraniens vivre en liberté et jouir de leurs droits fondamentaux, mais, en même temps, je sais que les interventions [militaires] américaines ne se soldent malheureusement jamais pour le mieux.

BIta Tahmasbi, 31 ans, est critique de l'intervention américaine au Moyen-Orient.
Photo : Radio-Canada / Philippe Kirouac
Cette jeune femme, qui est née aux États-Unis mais qui visitait régulièrement Téhéran avant le début de la guerre, se dit convaincue que le changement en Iran doit venir de l’intérieur.
Robert est du même avis. Le véritable renversement du régime doit venir du peuple iranien, mais cela ne peut se faire sans une aide étrangère, pense-t-il.
Le régime iranien doit disparaître, mais, en même temps, je ne veux pas de gens innocents tués dans la guerre, dit cet homme, arborant une casquette sur laquelle il est écrit « MIGA », ou Make Iran Great Again, un slogan politique popularisé par le président américain Donald Trump et repris par des groupes d'opposition iraniens pour prôner le renversement du régime islamique.

Un Irano-Américain qui se fait appeler Robert porte une casquette sur laquelle on peut lire « MIGA », ou « Make Iran Great Again ».
Photo : Radio-Canada / Philippe Kirouac
Sa casquette est flambant neuve. Il vient de l’acheter dans l’espoir de la porter lundi soir, à l’occasion du premier match très attendu de l’équipe iranienne de soccer à la Coupe du monde.
Les joueurs iraniens devront ainsi affronter l’équipe de la Nouvelle-Zélande à Los Angeles. Un match qui aura lieu dans un cadre dépassant largement le sport, alors que le contexte géopolitique demeure chargé avec les États-Unis, malgré l’accord de paix qui vient d’être annoncé.
Plusieurs membres de la diaspora iranienne interrogés par Radio-Canada s’opposent à la présence de l’équipe iranienne sur le sol américain et appellent à l’expulsion des joueurs.

Sam Beykzadeh, assis dans sa librairie dans le quartier iranien de Los Angeles, affiche fièrement un drapeau iranien pré-révolutionnaire.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Pour Sam Beykzadeh, un libraire irano-américain de 78 ans qui a fui l’Iran en 1979, il ne fait aucun doute : C'est l'équipe du régime, pas celle du peuple.
Les joueurs seront hués dans le stade. Ce n'est pas notre équipe. Nous sommes contre le régime qui occupe notre pays depuis 47 ans.
La tension risque de monter lundi autour du stade, plusieurs membres de la communauté iranienne étant tentés de défier l’interdiction de la Fédération internationale de football (FIFA) de déployer le drapeau pré-révolutionnaire de l’Iran lors du match.
La FIFA justifie sa décision en invoquant son code qui interdit les symboles politiques. Le ministre iranien des Sports a, par ailleurs, affirmé que l'équipe d'Iran interromprait ses matchs si le drapeau ou des slogans anti-gouvernementaux étaient brandis dans les stades.
Pour Sam Beykzadeh, les opposants iraniens ne demandent que cela : S’ils interrompent le jeu, ils vont perdre et, nous, on sera alors très contents. On veut qu’ils perdent, cette équipe ne nous représente pas.

Une équipe de soccer amateur dispute un match contre une équipe ukrainienne dans le terrain de sport d'une école dans le nord de Los Angeles.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
À l’autre bout de Los Angeles, sur un terrain de sport dans une école de Woodland Hills, un quartier huppé situé dans la vallée de San Fernando, l’atmosphère est toute autre. Une équipe de soccer amateur, formée essentiellement de joueurs originaires de l’Iran, dispute un match amical contre des Ukrainiens.
Ici, on préfère ne pas mélanger sport et politique. C’est en tout cas l’avis de Nader Adeli, l’entraîneur de l’Arya FC, l’équipe de soccer amateur iranienne.
Cette Coupe du monde est la plus politisée de l'histoire, mais, pour ma part, je mets la politique de côté quand il s'agit de football. Nous sommes nous-mêmes des joueurs et nous soutenons notre équipe nationale.
J’espère que l’équipe iranienne va gagner pour deux raisons, explique-t-il. Tout d’abord, cela apportera de la joie au peuple iranien; ensuite, cela montrera au reste du monde que les Iraniens sont un peuple pacifiste, qui ne veut pas de la guerre.

Nader Adeli, l'entraîneur de l'équipe iranienne de soccer amateur Arya FC à Los Angeles
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Même si j’ai vécu un demi-siècle à l’étranger, mon cœur bat toujours pour l’Iran, assure-t-il encore, tout en disant espérer une paix durable avec les États-Unis. Pour cela, une signature sur un bout de papier ne suffira pas, selon lui, il faudra un rétablissement total des relations diplomatiques entre les deux pays, coupées depuis 1980.
Tant que l’ambassade des États-Unis n’a pas encore rouvert ses portes à Téhéran, il n'y aura pas de paix dans la région, dit encore le coach irano-américain. J'espère que ce jour viendra de mon vivant!
Quelques minutes plus tard, un homme brandissant un drapeau iranien pré-révolutionnaire arrive dans le stade. Il affirme qu’un grand groupe de protestataires accueillera lundi les joueurs iraniens devant le stade.
Nous allons tout faire pour déployer ce drapeau lors du match, assure Bahman Shahangian, qui se présente comme un activiste irano-américain. Et si la FIFA nous confisque nos drapeaux, ils ne pourront pas nous priver de notre bouche. Nous allons exprimer notre mécontentement librement.

Des policiers tentent d'empêcher un opposant iranien de s'approcher d'un stade où s'entraîne l'équipe nationale de l'Iran à Carson, en Californie, à la veille de leur premier match prévu à Los Angeles.
Photo : Reuters / KIRBY LEE
Il assure toutefois que la manifestation n’est pas dirigée contre les joueurs en tant que personne, mais plutôt contre le régime qu’ils représentent.
Shirvin Zeinalzadeh, un professeur de sciences politiques à l’Université de l’Arizona, a fait le trajet jusqu’à Los Angeles pour regarder le match de soccer. Selon lui, le sport peut encore servir d’un catalyseur de la paix et rassembler la communauté iranienne, malgré les divisions.
Les joueurs de soccer ne sont pas des politiciens, ce sont des sportifs professionnels, défend-il. Ils vivent de leur passion, le sport c’est leur vie.
Le foot en Iran, c'est comme une religion. Après l'islam, c'est le foot. Donc, il y a beaucoup de gens qui sont très passionnés par le foot en Iran et qui sont prêts à accepter que la Coupe du monde, c'est une fête.
Je suis un fervent partisan de la diplomatie et j’espère que la Coupe du monde représentera une occasion pour faire usage de la puissance douce, le soft power, dit cet expert des mouvements de contestation.
Il cite en exemple le match qui a opposé l’Iran aux États-Unis lors de la Coupe du monde de 1998 en France. Ce match a été marqué par un geste de paix historique, lorsque les joueurs iraniens avaient offert un bouquet de fleurs blanches aux joueurs américains avant que les deux équipes ne posent pour une photo ensemble.
À mon avis, c’est de très bon augure de commencer la paix avec un sport aussi rassembleur que le soccer.


1 month ago
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