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Anatoly Bykov : de l’or soviétique aux Jeux de 1976 à sa vie discrète à Montréal

12 hours ago 5

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Anatoly Bykov a eu l’impression de « faire un voyage sur la lune », en juin, quand il est entré timidement au Centre Pierre-Charbonneau, là où il a remporté de manière grandiose une médaille d’or aux Jeux olympiques en 1976. Cet ancien lutteur de l’équipe soviétique, qui habite à Montréal depuis une quinzaine d’années, s’est toujours plu à vivre dans l’ombre dans la ville où il a pourtant connu la gloire.

Le rendez-vous avait été planifié dans le cadre du 50e anniversaire des JO de Montréal. Anatoly Bykov devait remettre les pieds dans les alentours du Stade olympique après avoir été retracé dans sa ville d’adoption.

Son fils Denis, établi avec sa famille à Toronto, a facilité la rencontre. Il voulait que son père, qui parle peu anglais et habite le quartier Côte-des-Neiges avec son épouse, puisse sortir de son anonymat et savourer un moment de joie mérité, un demi-siècle après son exploit.

Le meilleur ami d’Anatoly, un Ukrainien lui aussi devenu Montréalais, allait l’accompagner et agir comme interprète pour cette escapade spatiale dans l’univers du champion d’autrefois.

Je le connais depuis une trentaine d’années, raconte Igor Volokhov dans un français impeccable. Il est très discret et ne cherche ni la gloire ni la notoriété. Il est simplement heureux d’avoir accompli quelque chose de grand dans sa vie. Il s’est réalisé.

Les deux amis sont arrivés ensemble au stade. Anatoly a conservé sa précieuse médaille dans son coffret d’origine, qu’il transporte ce jour-là dans un modeste sac en plastique.

C’est un souvenir qui vaut très cher, précise-t-il d’entrée de jeu, avec un apparent sentiment de fierté que son large sourire n’arrive pas à dissimuler.

Les deux hommes regardent la caméra et sourient.

Igor Volokhov et Anatoly Bykov

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Le septuagénaire est dans une forme splendide. Il accepte volontiers de sortir la médaille de son boîtier et de la mettre autour de son cou, comme il l’avait fait, ici même, à Montréal, après avoir vaincu, il y a 50 ans, le Tchèque Vitezslav Macha, champion olympique en titre de lutte gréco-romaine dans la catégorie des poids mi-moyens.

Debout, au milieu de la rotonde de l’enceinte olympique, il observe ces affiches qui mettent en valeur les étoiles des JO de 1976. Un peu plus loin, dans un autre coin réservé à tous les participants aux compétitions, il y découvre son nom, inscrit au mur.

En un instant, Anatoly se remémore la puissance de la délégation de l’URSS, championne au tableau des médailles des JO à Montréal.

Notre équipe de lutte gréco-romaine comptait 10 athlètes. Nous avons tous gagné une médaille, dont huit en or. C’est un exploit qui n’a jamais été répété.

Anatoly préfère souvent parler russe plutôt qu'anglais, parce qu’il tient à répondre correctement aux questions. Son copain tente à l’occasion d’approfondir le sujet pour qu’il partage ses émotions.

C’est un homme de grand cœur et droit, dit Igor. Son caractère s’est adouci avec le temps, mais on sent encore cette barre de fer en lui. C’est un dur et un grand sportif.

Après sa carrière d’athlète, Anatoly a d’abord été entraîneur chez lui avant de s’amener au Canada, où il a travaillé dans le domaine de la construction. Ici, il a également enseigné la lutte en compagnie du quintuple olympien Doug Yeats, champion canadien de lutte gréco-romaine. Sa fille, la lutteuse Dorothée Yeats, a terminé au 5e rang des JO, à Rio, en 2016. Le professeur Bykov lui a d'ailleurs prodigué des conseils durant son ascension.

Né à Magadan, lointaine ville portuaire de l’extrême orient russe, Anatoly a dû surmonter les obstacles liés à cet isolement pour devenir le champion que l’on connaît, adulé à l’époque dans son pays.

Quatre ans après Montréal, en 1980, chez lui, aux Jeux de Moscou, il a remporté une médaille d’argent.

Revivre le combat en or

Les deux lutteurs sont face à face avec, entre eux, l'arbitre.

Anatoly Bykov devant le Tchèque Vitezslav Macha, tout juste avant le début du combat, le 24 juillet 1976

Photo : Comité international olympique

Anatoly et Igor poursuivent leur parcours à l’extérieur du stade vers la place Nadia-Comaneci, du nom de la reine des JO de 1976.

Au passage, Anatoly croise par hasard une représentante du Comité olympique canadien qui lui demande d’enregistrer un court message vidéo au bénéfice des festivités du 50e anniversaire.

Je t'aime, Montréal!, s’exclame-t-il, dans sa langue, manifestement heureux de faire sa part.

Il s’assoit sur le divan d’un petit salon aménagé spécialement pour l’occasion. Il soulève de sa main droite une réplique du flambeau olympique qu’il tient fermement, et surtout fièrement.

Ce court mais intense voyage dans le temps l’amène à croiser des touristes français qui sont informés de son identité, pendant qu’Anatoly cherche son nom parmi ceux gravés dans la pierre de monuments érigés en l'honneur des médaillés.

Je vous adresse toutes mes félicitations!, lui lance l’un de ces visiteurs, impressionné par la présence d’un tel héros à ses côtés.

Puis, le caméraman Frédéric Tremblay, qui parle russe, lui remet sa veste aux couleurs de l’URSS, qu’il enfile aussitôt pour les besoins du tournage. Frédéric, grand voyageur et collectionneur de ce genre de souvenirs, se l’est procurée lors d’un passage en République tchèque.

Il y a longtemps qu’Anatoly n’a pas vibré autant pour ses origines.

Le clou de sa tournée est son arrivée au Centre Pierre-Charbonneau, qui a accueilli les compétitions de lutte gréco-romaine en 1976. Il y a deux semaines, Anatoly avait redécouvert ce site de compétitions en compagnie de son fils et de membres de sa famille, de passage à Montréal.

Il se tient debout et regarde au loin.

Anatoly Bykov lors de son passage au Centre Pierre-Charbonneau, quelques semaines auparavant

Photo : fournie par Denis Bykov

Mais cette fois-ci, assis dans les gradins, il devra exprimer ses sentiments à haute voix en revoyant les images de son combat pour la médaille d’or. Une expérience fort différente qui le plongera plus intensément dans les souvenirs de son exploit.

Anatoly monte vers la tribune. Son regard admiratif se pose sur le tableau indicateur, dont le cadre est demeuré inchangé depuis 1976. Il brise le silence en s’adressant à Igor.

J’ai fait tellement de sacrifices pour arriver ici. C’est une page de mon histoire. On ne peut même pas rêver ça. Je suis chanceux d’être en vie pour pouvoir revenir ici.

Son commentaire fait référence à certains de ses coéquipiers qui ne sont plus de ce monde. Au moins l'un d’entre eux viendra le visiter cet été, à l’occasion du 50e anniversaire.

Dès son arrivée dans l’amphithéâtre, Anatoly a d’ailleurs demandé au directeur du Centre Pierre-Charbonneau s’il pouvait les accueillir à nouveau à cette occasion, pour que son ami puisse à son tour s’imbiber de nostalgie.

On ne savait pas que ce médaillé d’or vivait à Montréal, sinon, nous l’aurions invité aux Championnats canadiens de lutte, qui ont eu lieu ici en mai. Nous avons même organisé une célébration pour le 50e anniversaire, précise Denis Kemp, heureux de faire la connaissance de cet invité de marque apparu à l'improviste et à qui son équipe a promis de lui ouvrir à nouveau les portes cet été.

Anatoly Bykov s’assoit à son siège, puis fixe l’écran d’un téléphone cellulaire en compagnie de son grand ami pour regarder la vidéo.

Les dernières secondes du combat s’écoulent et les deux hommes affichent déjà des sourires étincelants, qui se transforment en éclats de rire dès la fin de l’affrontement.

C’est le meilleur combat de ma vie, insiste Anatoly en pesant ses mots et en prenant soin, cette fois-là, de s’exprimer en anglais.

Je n’étais pas nerveux parce que je l’avais déjà battu deux fois!

Il était une machine à lutter, ajoute Igor, ravi de vivre ce moment avec Anatoly.

Les yeux de l’ancien athlète, aujourd’hui âgé de 73 ans, brillent tellement durant le visionnement qu’il laisse son esprit de combattant remonter à la surface lorsqu’on lui demande d’évaluer sa capacité à livrer un combat à son âge vénérable.

Il dit que, si on lui laisse six mois de préparation, il se battrait avec n’importe qui!, rétorque Igor, après avoir entendu Anatoly lui faire cette étonnante affirmation sur un ton plus que convaincant.

À 74 kg, l’ex-athlète a conservé son poids des beaux jours. Il ne vise que la perfection, fruit d’un entraînement rigoureux. L’homme n’a pas changé, il est juste un peu rouillé…

Au bout du compte, cette journée aura été une forme de cadeau pour Anatoly Bykov, puisqu’elle aura ravivé la flamme d’antan d’un lutteur d’exception.

À notre connaissance, aucun autre médaillé d’or des Jeux olympiques de Montréal ne vit dans la métropole. Et,, curieusement, il aura fallu un 50e anniversaire pour qu’il accepte de sortir de son anonymat.

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