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Au Liban, la guerre frappe les hôtels

3 months ago 26

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BEYROUTH, Liban – Le soleil de mars tape fort sur le littoral de Beyrouth, la mer est d’un bleu azur et les routes sont bondées. On aurait pu croire qu’il s’agissait d’un dimanche tranquille dans ce secteur très touristique de la capitale libanaise, si ce n’était des débris de vitres éparpillés en mille morceaux sur le trottoir en face de l’hôtel Ramada Plaza.

Situé à deux pas de l’emblématique Grotte aux pigeons, dans le quartier de Raouché, cet établissement quatre étoiles a été la cible, samedi soir, d’une frappe israélienne lancée à partir d’un drone.

La précision du tir saute aux yeux.

Au quatrième étage, une seule chambre sur les 144 que compte cet établissement est complètement calcinée.

Le bâtiment endommagé de l'hôtel Ramada Plaza à la suite d'une frappe israélienne, dans le centre de Beyrouth, au Liban, le 8 mars 2026.

Le bâtiment endommagé de l'hôtel Ramada Plaza à la suite d'une frappe israélienne, dans le centre de Beyrouth, au Liban, le 8 mars 2026.

Photo : Reuters / Claudia Greco

Toutefois, quelques chambres avoisinantes n’ont pas été épargnées, les vitres et le plafond ayant été soufflés par la force de l’explosion.

La frappe, survenue vers 2 h du matin, a fait cinq morts et des dizaines de blessés.

L'armée israélienne a affirmé qu'elle a ciblé des commandants clés liés aux Gardiens de la révolution islamique, l'armée idéologique iranienne. L’identité des victimes n’a toutefois pas été confirmée par les autorités au Liban.

L'hôtel Ramada Plaza.

Vue générale de l'hôtel Ramada Plaza. La chambre visée est visible au quatrième étage à droite.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

On vit au jour le jour

Ahmad n’a pas fermé l'œil de la nuit. Ce Libanais, qui préfère taire son nom de famille, réside avec sa femme et leurs deux enfants dans l’hôtel juste en face du Ramada Plaza.

Le bruit de l’explosion a été si fort que les enfants ont sursauté de peur, raconte-t-il.

L’air résigné, il constate les dégâts de la déflagration dans la rue. La vitre arrière de son VUS noir a éclaté. Je ne sais pas combien ça va me coûter pour la faire réparer, dit-il.

Des voitures endommagées en face de l'hôtel qui a été visé par une frappe israélienne.

Des voitures endommagées en face de l'hôtel qui a été visé par une frappe israélienne.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Ahmad a dû fuir sa maison dans la banlieue sud de Beyrouth il y a deux jours. Ce fief du Hezbollah, un secteur très résidentiel qui abrite quelque 700 000 personnes, a fait l’objet d’un ordre d’évacuation de la part de l’armée israélienne jeudi.

Israël a intensifié ses frappes contre le Liban après des attaques du Hezbollah contre son territoire en riposte à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, son parrain.

Je ne sais pas jusqu’à quand on va rester dans cet hôtel. On vit au jour le jour. On verra bien, dit Ahmad.

Au pied de l’hôtel Ramada Plaza, Hassan est occupé à gérer les voitures qui entrent dans le stationnement public où il travaille. J’étais ici lorsque la frappe a eu lieu, dit-il. Je ne m’y attendais absolument pas. Je n’ai même pas entendu le drone approcher.

Des débris de verre sur le trottoir, devant le Ramada Plaza, à Raouché.

Des débris de verre sur le trottoir devant le Ramada Plaza à Raouché.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Ce ressortissant syrien qui réside au Liban depuis plus de 20 ans se dit désormais habitué aux bruits des explosions. Pourquoi aurais-je peur? lance-t-il avec le sourire. Je n’ai plus une once de peur dans mon corps depuis tellement longtemps!

C’est la deuxième fois en moins d’une semaine qu’un hôtel est visé par une frappe israélienne au Liban. Quatre jours plus tôt, à Baabda, au sud-est de Beyrouth, non loin du palais présidentiel, un autre établissement, le Comfort Hotel, avait également été pris pour cible.

La frappe israélienne avait alors fait un mort et trois blessés. Là aussi, c’est un dignitaire iranien qui aurait été visé.

Ces frappes surviennent alors que le gouvernement libanais a demandé à tous les ressortissants iraniens de quitter le pays après qu’un porte-parole de l’armée israélienne eut menacé les représentants de l’Iran au Liban.

Selon Reuters, quelque 150 ressortissants iraniens, dont des diplomates et des membres de leur famille, ont quitté le Liban samedi. Une source sécuritaire libanaise de haut rang a précisé qu’ils ont été évacués vers la Russie à bord d’un avion russe.

Des gens transportent leurs effets personnels.

Des clients ont quitté un hôtel endommagé par une frappe aérienne israélienne à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le mercredi 4 mars 2026.

Photo : Associated Press / Hussein Malla

Les attaques contre des hôtels − qui abritent essentiellement des déplacés qui fuient les bombes ainsi que des journalistes étrangers venus couvrir le conflit − soulèvent des questions sécuritaires au Liban.

Le président du syndicat des hôteliers libanais, Pierre Achkar, affirme à Radio-Canada que plusieurs mesures ont été prises pour assurer la sécurité des locataires. Il explique que chaque hôtel est tenu de soumettre une copie des pièces d’identité des clients potentiels aux autorités sécuritaires libanaises, y compris les services de renseignement, à des fins de vérification.

Le problème, dit-il, c’est qu’il y a des personnes qui soumettent de fausses identités ou un faux passeport, ce qui rend toute vérification très compliquée.

Un homme qui porte une veste verte regarde devant lui.

Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers libanais.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Toutefois, il met les directions des hôtels en garde contre tout dérapage : Si un établissement accepte toujours de louer des chambres à des ressortissants iraniens malgré les consignes du gouvernement, ce serait une très grave erreur, lance-t-il.

C’est une situation très inquiétante pour tout le monde, parce que si une personne est recherchée par Israël, elle sera prise pour cible, peu importe où elle se trouve, dit-il encore en enchaînant les cigarettes. Il faut rester vigilant en tout temps.

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