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Brise-glace polaire : le flou persiste sur le partage des heures et des retombées

1 month ago 45

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Le partage des heures travaillées entre le Canada et la Finlande pour la construction du brise-glace polaire attribué au chantier maritime Davie demeure une énigme aux yeux du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon, qui accuse l'entreprise de « manquer de transparence » envers son personnel.

Chantier Davie a décroché l'an dernier un contrat de 3,25 milliards $ du gouvernement fédéral pour la construction du prochain fleuron arctique de la Garde côtière canadienne.

Bien que le contrat ait été octroyé dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale, l'entreprise profite d'une « exception » à la politique d’achat au Canada. Invoquant le besoin d'agir rapidement en raison du contexte géopolitique, le gouvernement fédéral a permis à Davie de recourir à ses actifs en Finlande.

Le chantier Helsinki Shipyard aura ainsi l'équivalent de 30 % des heures travaillées en provenance de ce contrat, le tout afin d'assurer une livraison d'ici 2030. En temps normal, 100 % du navire aurait dû être assemblé au pays, d'après les règles en vigueur au Canada.

Selon Chantier Davie, deux ans de travaux sont prévus à ses installations d'Helsinki, acquises en 2023, principalement pour la construction de la coque, alors que le reste de la construction et l'assemblage auront lieu à Lévis au cours des quatre prochaines années.

Une annonce de presse

Chantier Davie a lancé les travaux de construction à Lévis en mars dernier. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Brassard

Bien qu'une partie du travail soit réalisée à l'étranger, Davie promet un maximum de retombées au personnel affilié à son chantier de Lévis. Mais pour le syndicat local, rien n'est moins sûr.

Aucune manière de comptabiliser le 30 % ne nous a été démontrée et même nos sources sur le terrain, en Finlande, n’ont aucun moyen d’estimer la part des travaux qu’ils auront à compléter là-bas, affirme le président syndical Jessy Piché.

Manque de transparence

Ce dernier accuse Chantier Davie de faire preuve d'opacité concernant le partage des heures et des retombées économiques liées au projet. Selon M. Piché, il est impossible de vérifier les prétentions de l'employeur et du gouvernement du Canada.

Nous déplorons le manque de transparence de l’entreprise qui, jusqu’à maintenant, n’a pas été capable de nous démontrer par quel calcul nous pourrions conclure que nous recevons bel et bien la juste part de ces investissements, dit-il à Radio-Canada.

C'est ambigu pour à peu près tout le monde sauf peut-être pour l’employeur, qui contrôle ces heures travaillées des deux côtés de l'Atlantique, en Finlande et au Canada.

Quant aux emplois promis, le syndicat se dit déçu jusqu'ici. Selon le fédéral, le contrat du brise-glace polaire chez Davie doit générer 1000 emplois directs ou indirects pendant la construction, et 2500 autres dans la chaîne d'approvisionnement.

Jessy Piché dénonce le recours à la sous-traitance plutôt que de miser sur la formation de ses employés actuels ou l'embauche de travailleurs qualifiés au chantier lévisien. À l’heure actuelle, ce que nous constatons, c’est que les retombées promises en termes d’emploi de qualité ici, au chantier naval de Lévis, ne sont pas au rendez-vous.

Une guerite avec des camions devant un chantier naval et la pancarte de la Davie.

Chantier Davie promet des retombées majeures, mais le syndicat des employés demeure sur ses gardes. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandre Bellemare

Non seulement le syndicat n'est pas convaincu que le Canada aura les 70 % d'heures promises, mais il craint également de perdre des opportunités au profit d'entreprises hors province.

M. Piché plaide plutôt pour la création d'une expertise au sein du personnel syndiqué de Davie, d'autant que l'entreprise convoite de nombreux contrats fédéraux d'ici 2040.

Et les retombées économiques?

Concernant les retombées économiques exigées par le fédéral, Chantier Davie devra vraisemblablement compenser les heures de travail octroyées à la Finlande d'une manière ou d'une autre.

Services publics et Approvisionnements Canada rappelle que le contrat est, malgré l'exception accordée par Ottawa, soumis à la politique fédérale des retombées industrielles et technologiques.

Cette politique prévoit que le récipiendaire d'un contrat gouvernemental, en l'occurence Chantier Davie, doit générer, au Canada, une activité économique équivalente à la valeur du contrat, soit 3,25 milliards $ dans le cas du brise-glace polaire.

Un navire construit par Helsinki Shipyard brise de la glace dans les eaux nordiques.

Avant d'être acquis par Davie en 2023, Helsinki Shipyard avait déjà construit la majorité des brise-glaces dans le monde. (Photo d'archives).

Photo : Source : Site Internet d'Helsinki Shipyard

Considérant que 30 % du travail sera effectué à l'extérieur, Radio-Canada a tenté d'obtenir le montant qui devra être compensé par Davie. Une simple règle de trois établirait la valeur à compenser autour de 975 millions $.

Tant Chantier Davie que le gouvernement fédéral ont refusé de corroborer ce chiffre. Il n’est pas possible d’attribuer une valeur financière fixe à la répartition proportionnelle des travaux à cette étape du projet, affirme le Ministère.

Les coûts évolueront à mesure que la conception sera finalisée et que les travaux progresseront, et la répartition définitive sera établie en fonction des dépenses effectivement engagées à la fin du projet [en 2030].

Chantier Davie invoque pour sa part des clauses de confidentialité et n'a pas voulu préciser de quelle manière le Canada serait compensé pour le travail envoyé en Finlande. [Ces questions] portent sur des aspects confidentiels d'une entente commerciale conclue entre Davie et le gouvernement du Canada, que nous ne pouvons commenter, affirme Catherine W. Audet, porte-parole de l'entreprise.

L'entreprise a cependant déjà fait savoir qu'elle prévoyait mettre en place un programme de transfert de connaissances entre ses employés de Lévis et de la Finlande, permettant ainsi de créer un transfert technologique. Reste à savoir quelle valeur aura cet échange aux yeux du fédéral.

Des retombées déjà concrètes

Chantier Davie assure que Lévis aura sa juste part du gâteau et que les retombées économiques seront bien concrètes. L'entreprise entend respecter à la lettre la politique de retombées économiques ainsi que sa promesse d'offrir 70 % du travail au Canada.

La reddition de comptes l'obligera, dit-elle, à montrer patte blanche envers le fédéral. Tous les investissements doivent être approuvés par Innovation, Sciences et Développement économique Canada, ce qui garantit que les engagements sont livrés et vérifiables tout au long du projet, soutient Catherine W. Audet.

Les retombées sont [...] déjà bien réelles, avec des centaines d’emplois spécialisés soutenus chez Davie à Lévis et partout au Canada au sein de la chaîne d’approvisionnement.

Elle revendique des investissements déjà majeurs dans la chaîne d'approvisionnement.

De la côte est à la côte ouest, des dizaines d’entreprises canadiennes du réseau national de fournisseurs de Davie contribuaient déjà activement au programme avant même le début officiel de la construction, démontrant une forte préparation et une empreinte industrielle véritablement pancanadienne dès le départ, poursuit la porte-parole.

Chantier Davie cite Algoma Steel (Ontario), Hawboldt Industries (Nouvelle Écosse), Échafauds Plus (Québec) ainsi que Gregg’s Marine Interiors (Colombie Britannique), en appui au Groupe ALMACO inc. (Québec).

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