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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC'est une réunion très attendue : les chefs des Premières Nations et les premiers ministres du Canada, des provinces et des territoires se rencontrent autour de la même table pour toute la journée à Ottawa, lundi. Les sujets des échanges seront entièrement décidés par les représentants autochtones, une première. Le tout, dans un contexte de frictions grandissantes entre Ottawa et les Premières Nations.
Pendant plusieurs années, les Premières Nations étaient dans la pièce pendant une heure, ou une heure la veille de la rencontre officielle, et les premiers ministres étaient là sur une base volontaire, souligne la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak.
Ce processus nous a toujours manqué de respect. Mes prédécesseurs se sont sentis lésés de ne pas faire partie de la solution. Nous n’avons pas besoin que les gouvernements des provinces et du Canada nous disent ce dont nous avons besoin ou non.
En décembre dernier, après avoir fait adopter le projet de loi C-5 sur le projet d’intérêt national et avoir conclu une entente de principe avec l’Alberta sur la construction d’un oléoduc – très impopulaires auprès des Premières Nations – Mark Carney avait promis aux chefs de l’APN qu’il organiserait cette rencontre avec eux et les dirigeants des provinces et des territoires.

La chef nationale de l'Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, le chef régional de l'Ontario, Abram Benedict, et le chef régional du Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, écoutent les délégués parler des résolutions lors de l'assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations (APN) à Winnipeg en juillet 2025.
Photo : La Presse canadienne / John Woods
Entretemps, le gouvernement libéral est devenu majoritaire et a récemment déposé le projet de loi C-39, qui vise notamment à accélérer l’approbation de grands projets. Des organisations autochtones et des communautés ont une fois de plus manifesté leur mécontentement devant ce texte de loi lourd de conséquences préparé sans consultations qu’elles estiment adéquates.
C'est certain que ce qui s'est passé dans la dernière année de la relation avec le nouveau gouvernement fédéral au Canada soulève des préoccupations, on ne s'en cachera pas, concède le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul.
Si C-5 et C-39 définissent le leadership du gouvernement de Mark Carney, le chef Verreault-Paul n’hésite pas à rappeler au premier ministre son discours à Davos, un autre élément emblématique de son mandat à ce jour, pour dénoncer l’état des choses au pays.
Il mentionnait que, si on n'est pas à la table, on est sur le menu. Donc ça serait le fun que ça se transpose également à l'interne au Canada. Actuellement, les Premières Nations ne sont pas à la table pour ces grands projets-là, bien qu'on veuille participer et qu'on ne veuille pas être constamment mis en opposition.
Présentement, une série de mesures législatives adoptées à toute vitesse a un impact direct sur nos communautés et leurs droits, renchérit de son côté Abram Benedict, grand chef des Chefs de l’Ontario, organisation qui représente 133 Premières Nations dans la province. Nos nations veulent pouvoir s'exprimer sur leurs répercussions et s'assurer que le gouvernement les écoute. C'est le message que nous porterons à la réunion des premiers ministres.
N’empêche, ces trois leaders voient d’un bon œil la tenue de cette rencontre. Les Premières Nations, le Canada et les territoires sont à la croisée des chemins. Plusieurs chefs nous ont dit qu’ils considéraient cette rencontre comme une occasion de tracer une nouvelle voie, fait valoir Mme Woodhouse Nepinak, car les choses n’avancent qu’à coups de décisions des tribunaux, note-t-elle.
On a beaucoup de choses à aborder et on ne les a jamais abordées dans un forum comme celui-là. Les conversations ne seront pas toujours faciles, mais il faut les avoir.
Des absences notables
Ce ne sont pas tous les premiers ministres qui seront de la partie à Ottawa lundi. Les premiers ministres du Québec, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique ne feront pas le déplacement dans la capitale pour l’occasion.
Le bureau de la première ministre albertaine Danielle Smith a indiqué que des fonctionnaires des ministères des Relations avec les Autochtones et des Relations intergouvernementales et internationales représenteront la province. Avec la session législative qui s’amorce la semaine prochaine, les élus ne seront pas disponibles pour la rencontre, indique l’attaché de Mme Smith par courriel.
Paul St-Pierre Plamondon n’ira pas non plus à Ottawa. Il a expliqué vouloir privilégier une autre approche avec les Autochtones et a précisé avoir plusieurs rencontres en vue dans un avenir rapproché, notamment avec le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).
Quant à la Colombie-Britannique, des élections générales ont lieu samedi. La personne qui sera élue premier ministre ne sera pas encore assermentée.
Engagements concrets et pérennité
Les chefs qui assisteront à la rencontre espèrent que la journée d’échanges permettra d'aboutir sur des résultats concrets, à commencer par la pérennisation de ce genre de sommet.
Il ne faut pas que ce soit un événement sans lendemain, insiste Abram Benedict. On m'a assuré que ce message a été entendu. Le gouvernement a confirmé aux Premières Nations qu'il avait compris. C'est ce qui se négocie en ce moment même.
MM. Benedict et Verreault Paul, de même que Cindy Woodhouse Nepinak, ne s’avancent pas trop sur des engagements précis auxquels ils s’attendent à l’issue de la rencontre de lundi.
Je pense que, dans une première rencontre de ce type, les discussions doivent être hautement stratégiques pour ensuite en venir à atterrir sur des sujets un peu plus spécifiques qui, j'espère, vont se perpétuer dans le temps, estime Francis Verreault-Paul.

Le déficit d'infrastructures se creuse d'année en année, et les Premières Nations estiment que s'attaquer à ce problème va main dans la main avec les grands projets d'intérêt national. (Photo d'archives)
Photo : Facebook/Troy Helgesen
Toutefois, des documents préliminaires de l’APN obtenus par CBC donnent un aperçu des grandes priorités qui pourraient se retrouver à l’agenda :
- les questions de droits et de gouvernance (notamment l’article 35 de la Constitution et les droits issus des traités)
- les services policiers et la sécurité publique
- la santé et le bien-être
- la prospérité
- l’éducation et la main-d’œuvre qualifiée
Ce sont des enjeux chers aux communautés depuis longtemps, mais les divers documents de travail détaillent comment les Premières Nations, les gouvernements des provinces et des territoires ainsi que le fédéral peuvent travailler de concert pour atteindre les objectifs énumérés.
Combler l’écart en infrastructures ne pourra pas se faire à seulement l’intérieur des cycles fiscaux fédéraux, et aucun gouvernement à lui seul ne détient tous les leviers nécessaires, lit-on par exemple dans le document portant sur la prospérité des Premières Nations.
Combler le fossé entre les infrastructures des Premières Nations et dans le reste du pays coûterait 376 milliards de dollars d’ici 2030, selon les plus récentes estimations de l’APN. L’organisation fait toutefois valoir que de s’attaquer au problème est un investissement au même titre que bien d’autres projets dits d’intérêt national.
Dans plusieurs cas, l’infrastructure nécessaire aux projets d’intérêt national, comme des routes, des lignes de transmissions et des projets de connectivité, se recoupe de manière substantielle avec les infrastructures [identifiées comme nécessaires pour les communautés] dans nos analyses.
L’APN remise en question
Si des divergences d’opinions sont à prévoir dans les salles de rencontres à Ottawa, il y en aura tout autant à l’extérieur des lieux de la rencontre. Des manifestants comptent s’y rendre pour dénoncer le fait que l’APN ne représente pas réellement les communautés.
À notre avis, l’APN n’est pas une entité qui a la légitimité d’engager des démarches pour conclure des accords, explique Russ Diabo, le porte-parole du Truth Before Reconciliation Network.
C’est certainement un processus qui ne respecte pas nos lois traditionnelles. Nos décisions se prenaient en vertu d’une démocratie participative, pas représentative. On essaye de nous dire que l’APN, parce qu’elle est composée de chefs élus, représente les gens des Premières Nations.

Russ Diabo croit que l'APN n'a pas l'autorité de prendre des engagements avec le gouvernement fédéral au nom des communautés dans le cadre de la rencontre de lundi. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Pour M. Diabo, puisque seuls certains chefs sont impliqués dans la rencontre et les discussions pour en organiser d’autres, c’est une recette pour avoir un conflit, car les détenteurs de droits n’ont pas été impliqués.
Des communautés partagent cet avis. Les Premières Nations d’Onion Lake (qui chevauche l’Alberta et la Saskatchewan), de Saddle Lake et Tsuut’ina (en Alberta) ont conjointement dénoncé la rencontre de lundi, où une poignée de chefs désignés par régions seront autour de table.
La sélection régionale ne confère pas, à elle seule, l’autorité de parler au nom de toute la région en question. Une invitation à soumettre des commentaires au préalable ne remplace pas nos processus décisionnels. Un siège d’observateur n’a pas la même autorité qu’une participation directe, soulignent les dirigeants des communautés dans un communiqué.
Avec les informations de Brett Forester, de CBC Indigenous


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