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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayBOGOTA, Colombie - La tension est palpable en Colombie. À Bogota, le climat est électrique : les habitants se préparent pour aller voter, puis se renfermer chez eux, réserves de nourriture à portée de main.
On ne sait pas ce qui peut arriver, confie Raul Martinez, 23 ans. Dans le centre commercial où il travaille, les conversations sont animées, chaque camp défendant son candidat bec et ongles.
Lors du premier tour, le candidat de gauche, Iván Cepeda – philosophe de métier – a recueilli 9,7 millions de voix, accusant un retard de près de 3 % sur le vainqueur, Abelardo de la Espriella, un riche avocat représentant la droite ultraconservatrice.
Désinformation et peur
Depuis des semaines, les Colombiens entendent beaucoup parler de fraude, d’achat de votes, de manipulation du système électoral, d’actions violentes et même d’un complot pour voler le scrutin. Mais qui serait en train de planifier tout ça? La gauche ou la droite, tout dépend de l’allégeance politique de la personne qui vous raconte l’histoire.
Arturo Rengifo, chauffeur de l’un des taxis qui desservent les hôtels, se dit inquiet parce qu’il se rend compte que, peu importe qui gagne, la situation risque de dégénérer.
Nous l’avons rencontré tard, parce qu’il préfère travailler la nuit : On a des clients plus généreux qui viennent faire la fête. Le tourisme a énormément augmenté et j’espère que ça va continuer, confie-t-il, avant de nous dire qu’il gardait son vote secret.
Il ne faut pas raconter sa vie quand vous travaillez avec des gens que vous ramassez dans la rue, explique-t-il avant de partir avec un autre client.

Un panneau publicitaire fait la promotion du candidat Iván Cepeda à Bogota.
Photo : Getty Images / AFP / JUAN BARRETO
Une élection sans précédent
Quelque 41 millions de personnes sont habilitées à voter en Colombie. Dans un pays où l’abstention électorale frôle toujours les 42 %, les deux candidats ont essayé, ces dernières semaines, de réveiller une partie de ces voix apathiques.
La Colombie a aujourd’hui un rendez-vous insolite avec l’histoire. Pour la première fois, les électeurs devront choisir un président entre deux candidats qui représentent les extrêmes politiques du pays.
La gauche ou l’extrême droite : voilà le choix qu’on leur propose. Deux visions très opposées de la société, de la richesse, de l’économie, de la lutte contre la pauvreté et la criminalité et de l’organisation sociale.
Nous n’avons jamais été aussi divisés. Dans ma famille, le sujet des élections est interdit, raconte Ana Maria, qui n’a pas voulu nous donner son nom de famille. Elle travaille pour l’État. Ici, la participation publique des fonctionnaires à la politique est interdite.
Mon père ne me parle plus, parce que je vais voter pour Abelardo de la Espriella. Il dit qu’il n’est pas bon à cause de ses alliances avec Donald Trump. Moi, je l’aime, il est chrétien, il a écouté l’appel de Dieu et il sera un bon président, confie l’avocate de profession.
Pour Ricardo Murcia, un sociologue qui travaille avec les plus démunis, seule une victoire de la gauche pourrait nous permettre de conserver les acquis des quatre dernières années. Iván Cepeda représente les pauvres, les gens qui ont besoin d’aide dans un pays avec une énorme concentration de la richesse.

Ricardo Murcia déplore une « manipulation médiatique ».
Photo : Radio-Canada / Martin Movilla
Il reconnaît que le gouvernement actuel a commis des erreurs, mais il croit que le changement doit continuer. Dans ma famille, la majorité est avec moi, mais je sais que d’autres vont vers l’autre côté. La manipulation médiatique est horrible, conclut-il.
Un autre élément qui vient bousculer les électeurs, c’est que l’élection est devenue une espèce de référendum sur la gestion et la personnalité du président de gauche, Gustavo Petro. Ceux qui le haïssent ou qui se sentent déçus de son mandat ne veulent pas voter pour Iván Cepeda, son héritier politique.
Entre la périphérie et le centre

Ciudad Bolivar, le bidonville de Bogota et le fief électoral de la gauche
Photo : Radio-Canada / Martin Movilla-Durango
À Bogota, c’est à Ciudad Bolivar qu'Iván Cepeda a obtenu la plupart de ses votes. Le plus grand bidonville du pays est un bastion de la gauche depuis des décennies.
Ses rues, sinueuses et étroites, serpentent dans les montagnes et donnent accès aux quartiers décousus qui hébergent des centaines de milliers de personnes arrivées ici au rythme imposé par la violence qui a frappé le pays pendant les 78 dernières années.
Malgré l’insécurité omniprésente, ces personnes s’activent tous les jours dès 4 h du matin pour aller vers les autres quartiers de la capitale colombienne où ils gagnent leur pain – travaillant souvent dans la précarité – comme vendeurs de rue, femmes de ménage, cireurs de chaussures et ouvriers, entre autres.

Judith Suarez, leader sociale de Ciudad Bolivar, nous a fait découvrir Ciudad Bolivar.
Photo : Radio-Canada / Martin Movilla-Durango
Nous travaillons pour aider les plus démunis du quartier, pour attirer les jeunes vers de bonnes habitudes et éviter qu’ils tombent dans les mains des organisations criminelles, assure la leader sociale Judith Suarez, une professeure très appréciée par la communauté.
C’est avec elle que nous découvrons les endroits les plus importants de la zone. Elle vote à gauche et elle a peur qu’une défaite de son candidat puisse mettre en péril sa sécurité et celle des personnes comme elle : Abelardo a promis d’étriper la gauche. J’en fais partie et j’ai peur de voir revenir les temps les plus violents du pays.
Ici, malgré tout, le candidat de l’extrême droite récolte aussi des appuis. Moins de 30 %, mais ça compte à l’heure des résultats finaux.
Bogota a basculé vers la gauche il y a quelques années. Mais dans les quartiers nantis et dans les zones où habite la classe moyenne, les appuis pour la droite ne font que grandir.
Camila Gomez est une dentiste qui a son propre centre de soins et qui emploie cinq personnes. Elle appuie la droite parce que je n’aime pas que la sécurité se soit dégradée ces dernières années. De plus, Abelardo me ressemble, il est comme moi et il a fait son argent en travaillant. Il ne faut pas tout donner à ceux qui ne travaillent pas. Il faut aussi s’occuper de ceux qui génèrent de l’argent, affirme-t-elle.
Même histoire, deux chemins

Les Colombiens ont un rendez-vous avec l'histoire dimanche.
Photo : Getty Images / AFP / LUIS ACOSTA
Deux politiciens connus, enfants de leaders politiques tués au moment où le pays livrait une guerre ouverte contre les cartels de la drogue, sont aujourd’hui des piliers des deux campagnes présidentielles.
Rodrigo Lara Restrepo, ancien sénateur du centre, travaille d’arrache-pied pour faire élire le candidat de l’extrême droite. Abelardo, c'est vraiment un homme avec un fort caractère, qui ne doute pas et qui est très clair et très direct. C'est un peu ce que cherchent les Colombiens de la part de leur président, dit le fils de Rodrigo Lara, un ministre de la Justice assassiné en 1984 par la mafia et des politiciens malhonnêtes.
Il est convaincu que M. de la Espriella est l’homme qu'il faut pour se débarrasser de la violence. C’est un État chaotique à cause du gouvernement actuel. Les Colombiens veulent un État qui les protège des groupes criminels qui, sans doute, ont pris un plus grand contrôle territorial ces dernières années.
Maria José Pizarro, sénatrice de gauche, n’est pas du tout d’accord. Fille de Carlos Pizarro Leongomez, un candidat présidentiel assassiné en 1990 par une alliance criminelle de narcotrafiquants, de paramilitaires, de politiciens et de militaires corrompus, elle est maintenant la directrice de campagne d’Iván Cepeda.
Elle affirme qu’il travaille pour la paix de la Colombie depuis des décennies, parce qu’il respecte la Constitution et la démocratie colombienne et parce que c’est un homme démocrate, avant d’ajouter que Cepeda est le candidat pour continuer le travail et résoudre le problème de la violence et de la pauvreté.
Quoi qu’il arrive, ce scrutin marquera un tournant. Le pays plonge-t-il vers un désordre durable, ou les partisans sauront-ils accepter le verdict des urnes? Au-delà des fausses nouvelles et des accusations qui ont pollué la campagne, c'est la résilience même de la démocratie colombienne qui est suspendue au choix des électeurs.


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