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« Je veux les récompenser de m’avoir choisi », dit Brendan Gallagher à Vancouver

13 hours ago 8

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VANCOUVER – Un athlète a besoin d’une profonde confiance en ses moyens pour réussir. Cela exige d’ignorer tous les facteurs susceptibles d’ébranler cette foi, aussi importants soient-ils.

Croire en ses moyens est un outil de survie.

Brendan Gallagher a toujours dit qu’il était motivé par la volonté de donner raison à ceux qui l’ont soutenu, et non de donner tort à ceux qui ont douté. Il a toujours abordé chaque nouvelle saison avec la même volonté implacable d’aider son équipe au maximum de ses capacités.

Au moment où il entame un nouveau chapitre de sa carrière avec les Canucks de Vancouver, l’ailier de 34 ans refuse d’envisager que cela puisse être le dernier. Il insiste : il n’est pas question pour lui de prouver qu’il a encore sa place dans la LNH.

Honnêtement, pas du tout. Je sais qui je suis en tant que joueur. Je suis très reconnaissant envers l'organisation des Canucks de m'avoir accueilli et de m'avoir fait confiance ici. Je veux donner le meilleur de moi-même pour eux. Je veux les récompenser de m'avoir choisi, et c'est là-dessus que je me concentre.

Il n’est pas dupe. Le Canadien, l’équipe pour laquelle il a joué pendant 14 ans, lui a fait comprendre qu’il ne faisait plus partie des plans. Il a connu l’an dernier sa plus maigre production au chapitre des points par match dans la LNH. Et pour répondre à son vœu d’aller jouer à Vancouver, où il avait passé son adolescence et où il allait se rapprocher de sa famille, le CH a dû le donner aux Canucks tout en retenant la moitié de son salaire.

Gallagher sait tout cela. Mais laisser ces considérations s’immiscer dans ses ambitions nuirait au projet.

 Tellement hockey

Dans les premières années de la reconstruction du Canadien, tout le monde lui prédisait des résultats médiocres. L’état-major de l’équipe avait une certaine interprétation du cours des choses, et ses objectifs n’étaient pas toujours alignés sur ceux des joueurs. Pendant ce temps, les joueurs devaient faire de l’aveuglement volontaire devant la situation de l’équipe pour se donner une chance de performer au-delà des attentes.

Il en va de même pour la carrière de Gallagher. Les signes de déclin sont partout, mais il va les ignorer. Un leurre utile est la seule façon que cela peut fonctionner.

Des attentes différentes

La confiance d’un joueur de hockey a plusieurs sources.

Elle vient de sa préparation, le socle sur lequel il bâtit sa saison. Gallagher a confié la sienne aux bons soins de son père Ian, son préparateur physique depuis toujours.

La confiance d’un joueur vient aussi de l’écho enveloppant de son entourage, celui de gens qui croient en lui et qui l’aident à nourrir un état d’esprit positif.

Et puis, elle vient des résultats.

Pendant très longtemps, pourvu que la santé soit au rendez-vous, les résultats de Gallagher l'étaient aussi. Même une campagne de 21 buts, il y a deux ans, a fait mentir ceux qui ne le croyaient plus en mesure de produire.

Gallagher n’a jamais cessé de croire en lui-même. Sauf qu’à un certain moment, Martin St-Louis n’a plus eu le même niveau de confiance.

Le petit Brendan Gallagher et le grand Erik Gudbranson s'empoignent devant un arbitre qui tente de les séparer, Gallagher ne porte plus de casque.

Le DG des Canucks, Ryan Johnson, a dit de Gallagher qu'il avait un coeur de lion.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Chaque année, les gens se demandent quel rôle Brendan va jouer dans l'équipe, rappelle son père Ian. Jusqu'à présent, et jusqu'au milieu de l'année dernière, il bénéficiait de cette confiance-là. Ça s'est un petit peu érodé. Il est déterminé à regagner la confiance de l'entraîneur ici.

Pourquoi joueur et entraîneur ont-ils cessé de voir les choses de la même façon?

De façon générale, de Michel Therrien à Dominique Ducharme, Gallagher a été habitué à recevoir des instructions assez similaires en matière d’itinéraires sur la patinoire, ou encore de mandats défensifs.

St-Louis est arrivé avec des idées fraîches pour moderniser le Canadien et lui donner une identité nouvelle, forçant du même coup Gallagher à changer sa façon de jouer.

Le gagne-pain de Brendan, c'était l’échec avant, explique son père. C'était d’exercer de la pression. Dans certains systèmes de jeu, on privilégie moins la pression. Ils [le Canadien] voulaient jouer davantage avec la rondelle et moins sans elle. Or, l’échec avant relève vraiment d'une stratégie défensive : on essaie de récupérer la rondelle.

Je pense que Brendan n’avait aucun problème avec ce style de jeu axé sur la possession de la rondelle, mais il faut être entouré de bons joueurs et être capable de s’entendre à cet égard. Et l’entraîneur a jugé que d’autres joueurs le faisaient mieux que lui.

En garde-t-il de l'amertume? Pas du tout.

À ses yeux, mieux vaut chérir les innombrables beaux souvenirs que de s'attarder à quelques décisions qui peuvent lui avoir déplu.

Dans son cœur, ses années de service avec le Canadien ne sont pas du tout entachées.

Un style qui lui convient mieux

Il y a une scène dans le film Moneyball où le directeur général des A’s d’Oakland, Billy Beane, va voir le vétéran cogneur David Justice qui est en train de frapper des balles.

Et si on était honnêtes par rapport à ce qu’on veut tous les deux, lui lance Beane. Moi, je veux soutirer tout le baseball qu’il te reste à jouer. Et toi, tu veux rester dans la ligue. Faisons ça.

On se demandait si une version hockey, assurément moins romancée, n’avait pas eu lieu entre Gallagher et son nouvel entraîneur-chef, Manny Malhotra.

Gallagher est arrivé dans la Ligue nationale en 2013, à un moment où le Canadien avait entrepris un virage jeunesse, dont les Subban, Pacioretty, Galchenyuk et Eller étaient les autres principaux visages.

Ils discutent sur la glace.

Brendan Gallagher et P.K. Subban en mars 2015

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Il a quitté Montréal cet été après avoir fait les frais, ni plus ni moins, d’un autre virage jeunesse. Des plus jeunes répondaient mieux à ce que cherchait St-Louis, et Gallagher a dû se trouver une destination où il avait une meilleure chance d’aider son équipe.

C’est la roue qui tourne.

Ce cycle se reflète aussi dans le fait que Malhotra est devenu son entraîneur-chef 12 ans après qu’ils eurent été coéquipiers à Montréal. Malhotra a lui-même vécu quelque chose de semblable avec Kirk Muller, qui avait d’abord été son coéquipier avant d’être son entraîneur.

Malhotra nous a répondu que ce genre de partenariat dépeint dans Moneyball existe avec tous ses joueurs. Il entend soutirer le maximum de chacun d’eux.

Pour Gally, ce sont toutes les qualités qu’il a eues durant sa carrière, a indiqué Malhotra. Il n’a peur de rien, son habileté à aller au but et sa ténacité avec la rondelle sont toutes des choses qu’on veut que nos joueurs apprennent de lui.

Ce n’est donc pas seulement la manière dont Gallagher peut aider les Canucks avec ses actions individuelles, mais aussi l’influence qu’il peut exercer auprès de ses coéquipiers qui intéressent l'organisation vancouvéroise.

Des joueurs de hockey pourchassent la rondelle.

Brendan Gallagher (7) lors d'un match des Canucks contre les Oilers le 29 septembre dernier

Photo : Getty Images / Leila Devlin

Le rôle en échec avant qu’évoquait son père sera également crucial dans la façon de jouer des Canucks, car, comme le rappelle Malhotra, le jeu d’aujourd’hui est vraiment une question de pression. Si tu n’exerces pas de pression, c’est trop facile pour les autres équipes.

Bref, Gallagher retrouve à Vancouver une structure et des exigences qui correspondent plus à ce qu’il a connu durant ses meilleures saisons avec le Tricolore.

Tu passes ta vie à jouer d’une certaine manière et, bien sûr, les entraîneurs vont demander différentes choses. Mais d’un point de vue stylistique, c’est comme ça que j’ai connu le succès pendant la majeure partie de ma carrière. Tirer la rondelle, foncer au filet, du hockey simple. C’est un peu ce qu’on va faire ici.

Cela ne garantit pas pour autant son succès.

On l'a vu dès le cinquième match de la saison quand Malhotra a décidé de le retrancher de la formation.

Les Canucks estiment l'avoir placé dans un environnement où les résultats ont plus de chances de suivre. Mais il revient à Gallagher de répondre aux attentes.

Une voix pour les plus jeunes

On peut comprendre les joueurs de faire la sourde oreille aux commentaires extérieurs, et même aux velléités de reconstruction de leurs patrons. Or, les Canucks ne s'en cachent pas : tel est bel et bien le processus qu'ils ont amorcé.

Ce que vient de traverser Gallagher avec le Canadien a d'ailleurs contribué à le rendre attrayant aux yeux des Canucks.

Il sait ce qu'est l'adversité, ce qu'on ressent quand on la vit et comment on navigue à travers ça, a indiqué le directeur général Ryan Johnson.

Brendan a vécu ça de tant de façons différentes. Tout le monde est heureux et plein d'énergie jusqu'à ce qu'on reçoive un coup dans le ventre. Je pense que Brendan est la personne idéale pour aider quiconque à surmonter ces moments où l’on commence à se remettre en question, ou à s’interroger sur la direction qu’on prend, et pour dire aux gars : "Ça fait partie du parcours, ce sont des épreuves qu'on doit surmonter."

Johnson dit voir en Gallagher un joueur plein de combativité qui a encore beaucoup à donner. Il ne demande pas mieux que d’offrir une chance à un joueur qui veut autant batailler.

Il reste qu'à ce stade-ci de sa carrière, c'est un pari. Un pari que le principal intéressé entend non seulement remporter, mais également honorer jusqu’à la fin.

Les Canucks rendront visite au Canadien le 6 mars, ce qui repousse assez loin les retrouvailles entre Gallagher et le public qui l’a tant aimé. Le hic, c’est que la date limite des échanges aura eu lieu cinq jours auparavant.

Un joueur salue la foule.

Brendan Gallagher ovationné par le public montréalais, au Centre Bell, lors de son 900e match dans la LNH, le 17 mars 2026.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Se pourrait-il que Gallagher, si les Canucks devaient être sortis de la course, soit envoyé dans une formation en voie de participer aux séries?

Jusqu’à ce qu’on ne veuille plus de moi, je veux aller jusqu’au bout de mon engagement, affirme Gallagher. J’ai choisi de venir ici et je m’y investis pleinement. Je fais partie de ce groupe-là.

Évidemment, on ne sait jamais comment ça va se passer. Nos attentes sont sans doute un peu plus élevées que celles de n’importe qui en dehors de notre vestiaire. Mais je suis désormais un Canuck de Vancouver, je suis totalement engagé et j’ai hâte de traverser les aléas d’une saison avec ces gars-là et voir ce qu’on peut accomplir.

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