Il y a 50 ans cette année, André Forcier, juste après son magistral Bar salon, réalisait L’eau chaude, l’eau frette, un film, notamment présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, qui allait marquer tant l’histoire de notre cinéma que son propre style.
Dans le Montréal des années 70, plus précisément au croisement des rues Rachel et Saint-Denis, on se prépare à fêter le 43e anniversaire de Polo, l’usurier du quartier. Alors que les célébrations se façonnent dans la maison de chambres qu’il gère, Francine et Ti-Guy, un jeune couple, se mettent en tête de l’assassiner.

Jean-Pierre Bergeron, Jean Lapointe et Sophie Clément dans L'eau chaude, l'eau frettePhoto : Éléphant : mémoire du cinéma québécois
La fête et la mort, mais surtout les rapports de pouvoir : voilà ce qui se cache derrière ce récit insolent, cynique par moments mais toujours exubérant.
Car chez Forcier, il ne s’agit pas de creuser des portraits psychologiques de toute cette faune marginale, mais plutôt de réussir à faire rimer avec une vivacité rare confrontation et jovialité, tout en livrant une métaphore sans pitié d’un Québec dans lequel les gens exploités fêtent les exploitants…
Mais ce qui frappe aussi dans ce film, c’est à quel point tout ce qui fera le sel de son cinéma à venir est déjà là, à commencer par une troupe d’interprètes formidables (Jean Lapointe, Sophie Clément, Jean-Pierre Bergeron, Guy L’Écuyer, Louise Gagnon… ou même en apparition furtive Francine Grimaldi et Carole Laure!).
Chez Forcier, il n’y a pas de rôle principal, mais plutôt un groupe, comme au théâtre, ce qui lui permet à la fois de suivre tous les méandres d’un récit choral mais également de parer son film d’un réel sens démocratique : tout le monde y a sa place, petits et grands, puissants et faibles…

Image du film québécois L'eau chaude, l'eau frette, d'André Forcier (détail) Photo : Takashi Seida
Bien sûr, on y retrouve aussi cette poésie du quotidien unique, faite de dialogues colorés, parfois vulgaires, toujours drôles, ces scènes qui choquent et marquent la rétine pour longtemps (oui, celle de la masturbation) en faisant comprendre pourquoi Forcier a vite hérité du surnom de l’enfant terrible du cinéma québécois.
Mais surtout, on y savoure ce ton unique et truculent, mêlant avec bonheur cruauté et tendresse, violence et lumière, virulence et joie qui permet, dans un geste de cinéma populaire au sens noble du terme, de confronter l’ordre établi et de regarder, enfin, ceux et celles que la bonne société préfère cacher.
La bande-annonce (source : YouTube)


1 week ago
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