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La baisse des étudiants étrangers ébranle les collèges régionaux de Colombie-Britannique

17 hours ago 9

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Dans les collèges et les universités en région de la Colombie-Britannique, la rentrée scolaire est assombrie par des coupes massives. Au cœur du problème, l'effondrement du nombre d'étudiants étrangers, une situation qui menace directement l'accès à l'éducation des étudiants de la région.

En se promenant sur le campus de North Island College, à Courtenay, sur l'île de Vancouver, Jen Wrye, présidente du syndicat des professeurs, montre l’impact des problèmes financiers de l’établissement ces derniers mois.

Le Collège a mis fin à ses programmes d’aide aux étudiants en personne pour l’écriture et les mathématiques, raconte-t-elle. Près de l’entrée, la librairie a fermé ses portes.

Quant à la nouvelle résidence étudiante, inaugurée l’année dernière, elle est partiellement occupée par la 19e Escadre des Forces armées canadiennes, située à proximité.

Une femme avec en arrière-plan une résidence universitaire.

Jen Wrye, présidente du syndicat des professeurs, fait visiter la résidente étudiante inaugurée l'année dernière à Courtenay.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Au North Island College, la chute des inscriptions d'étudiants étrangers a provoqué un manque à gagner anticipé de 8,4 millions de dollars d'ici 2027. Pour y faire face, l'établissement, qui compte environ 8500 étudiants, a suspendu au moins 26 de ses programmes, soit environ 10 % de ses formations.

Pour Jen Wrye, c'est toute la région qui en subit les contrecoups. L'impact réel, souligne-t-elle, c'est une perte d'accès à l'éducation postsecondaire pour la communauté de 28 000 habitants. Ce sont des occasions qui seront perdues pour les familles et pour les étudiants d'ici, dit-elle.

Selon la direction du North Island College, les compressions budgétaires étaient une question de survie.

Nous continuons de revoir notre offre et nos activités pour harmoniser nos ressources avec les inscriptions et les revenus actuels, indique par écrit Tony Bellavia, vice-président à l'enseignement de l'établissement, rappelant l’objectif d’offrir une éducation post-secondaire de manière durable et efficace.

Un problème à l’échelle du pays

Dans plusieurs régions du pays, la réduction des permis d'études internationaux imposée par Ottawa a eu un effet plus brutal que prévu. Selon un récent rapport de la vérificatrice générale du Canada, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) n'a approuvé que 149 559 nouveaux permis d’études en 2024 sur les 348 900 prévus.

En Colombie-Britannique, où les inscriptions internationales ont chuté de 66 %, la crise se traduit par un manque à gagner estimé à environ 300 millions de dollars par année pour le secteur postsecondaire. Depuis 2024, plus de 180 programmes d’études ont été suspendus, et plus de 1300 travailleurs ont perdu leur emploi.

Plan aérien d'un campus universitaire.

À l'Université Thompson Rivers (TRU), le deuxième établissement le plus touché en Colombie-Britannique, la baisse de 56 % des inscriptions internationales a entraîné une perte de revenus allant jusqu'à 14 millions de dollars.

Photo : Thompson Rivers University

Au Collège Langara, à Vancouver, 200 personnes ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné la fermeture de ses programmes de gestion, de journalisme et de chinois. À Abbotsford, l’Université de la Vallée du Fraser a coupé 45 postes et songe à louer des terrains pour combler son déficit de 21,4 millions de dollars. Le Vancouver Community College, de son côté, a procédé à 150 mises à pied, sans compter au moins 100 contrats non renouvelés.

Et c'est en région, comme sur l’île de Vancouver, que les conséquences sont les plus marquées. On a bâti un système qui dépend des étudiants internationaux, explique Claire Guiot, coordinatrice du département de design numérique de North Island College. La source de revenus vient de disparaître et, sans un financement public, rapide et équitable, on est en train de démanteler pour de bon l'avenir du Nord de l'île.

Au sein de son département, Claire Guiot – aussi déléguée syndicale – voit directement l’impact des compressions : sur sept programmes, six n’existeront plus à partir de septembre. Les étudiants en cours de programme sont encouragés à terminer le plus rapidement possible pour annuler les cours qui y sont spécifiques. De 10 enseignants en 2024-2025, le département est passé à 7 cette année, dont seulement trois à temps plein.

Une femme avec un tableau en arrière-plan avec des messages de gratitude de la part d'anciens étudiants.

Claire Guiot, déléguée syndicale et coordonnatrice du programme de design au North Island College, déplore l'impact de la fermeture de programme pour les étudiants de la région.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Les étudiants de la région, premières victimes

Nos programmes fonctionnaient très bien, déplore Claire Guiot. En tout, 75 % de nos diplômés trouvaient un emploi dans le secteur technologique, et 85 % commençaient à travailler avant même d'avoir leur diplôme.

Paradoxalement, souligne-t-elle, ce seront les étudiants vivant dans la région qui en subissent le plus les conséquences.

Nos étudiants en général, ils n'ont pas 18 ans, ils ont 30 ans, ils travaillent, ils ont des responsabilités familiales, ajoute-t-elle. Avec la suspension des cours, ils se retrouvent sans option. Ce n'est pas possible de dire : "Ils vont déménager à Vancouver." Ce n'est pas possible parce qu'ils ont des familles, du travail, ils ne peuvent pas déménager.

Goodwant Singh, un étudiant international venu d'Inde pour étudier au collège, remarque lui aussi que la disparition des programmes pénalise d'abord sa communauté d'accueil. Ils ont dû réduire les cours de métiers ou de commerce, explique-t-il. Et dans ces cours, ce sont principalement des étudiants de la région.

Un modèle d'affaires remis en question

Pour Véronique Sioufi, chercheuse principale à BC Policy Solutions, le plafonnement fédéral n'a été que le déclencheur d'une crise annoncée. Le secteur postsecondaire britanno-colombien dépendait des revenus des étudiants internationaux pour pallier des décennies de sous-financement gouvernemental.

Son analyse est sans équivoque : alors que les pays de l'OCDE assument en moyenne 67 % des dépenses en enseignement supérieur, le Canada traîne loin derrière, avec à peine 51 %.

Le gouvernement provincial mène actuellement une révision de la viabilité de son système postsecondaire. La ministre de l'éducation post-secondaire, Jessie Sunner, a déjà affirmé : Il est clair que le système actuel n'est pas viable à long terme. La province n'est pas dans une position lui permettant de financer davantage ce secteur.

Une femme de dos avec une tuque parle à une foule. Plusieurs ont des affiches contre une hausse des droits de scolarité et la réduction des services.

Une étudiante de North Island College à une manifestation contre la suspension de 15 programmes en janvier dernier.

Photo : Radio-Canada / Maryse Zeidler

Pour la présidente du syndicat des professeurs, Jen Wrye, il en va de la survie de plusieurs régions, de leurs établissements universitaires n’ayant pas le même attrait que de grandes universités, comme l'UBC ou l’Université de Victoria.

Si on ne finance pas adéquatement le réseau en Colombie-Britannique, on risque de fermer la porte au nez de nombreux étudiants, prévient-elle. L'Université de la Colombie-Britannique est un joyau de renommée mondiale, mais elle ne peut pas éduquer tout le monde. On doit offrir une éducation supérieure aux gens chez eux, là où ils vivent.

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