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Les youtubeurs, nouveaux maîtres du cinéma d’horreur?

2 weeks ago 8

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Deux films d’horreur très attendus sont au calendrier ce mois-ci : Obsession, en salle depuis vendredi, et Backrooms, qui sortira le 29 mai. Leur point commun? Ils ont tous deux été réalisés par des cinéastes issus de YouTube – une tendance de plus en plus prisée par Hollywood, qui peut s’appuyer sur des concepts déjà validés et transposables sur grand écran à moindre coût.

Obsession est le premier long métrage de Curry Barker à bénéficier d’une vraie distribution, après Milk & Serial, sorti uniquement en ligne. L’acteur et humoriste américain de 26 ans a d’abord connu le succès au sein du duo humoristique That’s a Bad Idea avec Cooper Tomlinson.

Ils se font connaître au début des années 2020 grâce à des sketchs absurdes et à des courts métrages horrifiques qui cumulent des millions de visionnements sur YouTube.

Le film met en vedette Michael Johnston dans le rôle de Bear, un jeune homme timide qui est depuis longtemps amoureux de sa collègue Nikki (Inde Navarette), mais qui ne trouve pas le courage de l’inviter à sortir.

Lorsqu’il met la main sur un objet mystérieux capable d’exaucer un seul de ses vœux, il fait le souhait que Nikki tombe amoureuse de lui. Mais lorsque ses désirs se réalisent, Bear se rend compte du pouvoir insoupçonné de la magie, alors que sa relation bascule rapidement dans la violence.

Obsession est déjà acclamé par la critique et par le public : il affichait en date de dimanche un score de 94 % sur Rotten Tomatoes, tant de la part des critiques professionnels que des spectateurs.

Dans sa critique pour CBC News, le journaliste Jackson Weaver a décrit Obsession comme un film dérangeant, presque parfait, allant même jusqu’à avancer qu’il incarne l’avenir du cinéma d’horreur.

Ces dernières années, les cinéastes issus de YouTube semblent avoir le vent dans les voiles, même s’ils ne sont pas passés par les écoles de cinéma ou les circuits traditionnels de l’industrie.

On n’a qu’à penser aux frères australiens Danny et Michael Philippou, qui forment le duo RackaRacka sur YouTube. Les jumeaux ont surpris tout le monde en 2022 avec leur premier film Talk To Me, énorme succès du studio A24 qui a récolté 92 millions de dollars américains (126,1 millions $ CA) au box-office. Leur deuxième film, Bring Her Back, est sorti en 2025.

Le cinéaste sourit sur le tapis rouge.

Curry Barker à la projection spéciale de son film « Obsession » à Hollywood, le 11 mai 2026.

Photo : Getty Images / Frazer Harrison

Des paris moins risqués pour les studios

L’engouement pour le réalisateur d’Obsession, Curry Barker, ne se dément pas. Le mois dernier, il a été choisi par le studio A24 pour signer une nouvelle relecture de Massacre à la tronçonneuse, un classique de 1974.

Et Blumhouse, un autre poids lourd du cinéma d’horreur, a acquis les droits d’un autre de ses films, Anything But Ghosts, dont il assurera la réalisation, la coscénarisation et dans lequel il tiendra le rôle principal.

Selon Éric Falardeau, réalisateur de films d’horreur, dont Thanatomorphose (2012), et professeur adjoint de cinéma à l’Université Laval, cette perméabilité entre le monde du web et Hollywood n’est pas nouvelle, mais elle a certainement pris de l’ampleur dans les dernières années.

Le cinéma est une économie de prototype, en ce sens qu’on ne sait jamais ce qui va réussir et ce qui ne réussira pas. Donc, on essaie de minimiser les risques pour s'assurer que ce soit rentable, explique-t-il.

En reposant sur des gens qui ont déjà un certain succès en ligne, particulièrement générationnel, ça permet aux producteurs de prendre moins de risques. Les contenus sont déjà éprouvés : ils ont été testés et ils ont déjà un auditoire.

Autre avantage de ce type de collaborations pour les studios : les cinéastes d’horreur provenant de YouTube privilégient souvent une esthétique faite maison et expérimentale qui implique des budgets plus raisonnables.

Souvent, ce qui fonctionne bien en ligne, et qui a été tourné de manière indépendante par des gens qui ne font pas partie de l’industrie, ce sont des choses qui ont été faites avec moins de moyens, mais avec des concepts très forts, ajoute Éric Falardeau.

Le cinéaste et professeur donne l’exemple d’Iron Lung, adaptation d’un jeu vidéo d’horreur dystopique entièrement produite par le youtubeur Mark Fischbach, alias Markiplier. Avec un budget modeste de 3 millions de dollars américains (4,1 millions $ CA), le film en a rapporté 50 millions (68,8 millions $ CA) au box-office mondial.

Même s’ils sont moins associés à YouTube, les cinéastes à succès Zach Cregger (Barbarian, Weapons) et Jordan Peele (Get Out, Us, Nope) ont tous deux fait leurs débuts sur le web au sein de groupes humoristiques, respectivement The Whitest Kids U’ Know et Key & Peele.

Éric Falardeau évoque aussi Backrooms, qui génère énormément d’attention à deux semaines de sa sortie en salles, particulièrement chez les plus jeunes. J’ai deux filles de 13 et 16 ans qui veulent absolument aller le voir avec moi au cinéma, confie-t-il.

Backrooms : du creepypasta au grand écran

Backrooms est le premier long métrage du youtubeur Kane Parsons, alias Kane Pixels, qui prendra l’affiche le 29 mai sous la bannière A24. Le film est une adaptation de la série de courts métrages du même nom publiée sur sa chaîne YouTube à compter de 2022.

Ces productions minimalistes de type found footage nous amènent dans les backrooms, ou arrière-salles, des espaces liminaux fictifs qui évoquent un étrange sentiment d’inquiétude, voire d’angoisse. Un entre-deux mondes aux murs jaunes étouffants et peuplé d’entités hostiles aux longs appendices.

L’idée a d’abord fait l’apparition sur des forums du site 4chan en 2019, sous la forme d’un creepypasta – ces histoires d’horreur ou légendes urbaines diffusées sur Internet, conçues pour effrayer et divertir.

On pense à des figures comme Slenderman, ou encore l’affolant personnage du Momo Challenge. Le creepypasta derrière les backrooms est basé sur une vraie image, celle d’un magasin HobbyTown en rénovation aux États-Unis. Un décor qui rappelle les bureaux sans fenêtres de la série Severance, en version décrépite.

Le caractère viral de ces contenus – la série Backrooms compte près de 200 millions de visionnements – est une autre assurance pour les studios qui investissent dans des projets issus du web, même si tous les films ne sont pas une adaptation d’un concept déjà existant.

Si je devais donner un conseil [aux aspirants cinéastes], je dirais : "Faites un court métrage d’horreur et mettez-le sur YouTube. Parce que les courts d’horreur deviennent viraux en ligne", expliquait à ce titre Curry Barker, réalisateur d’Obsession, en entrevue avec le quotidien australien The Sydney Morning Herald la semaine dernière.

C’est plus difficile pour une comédie ou un court métrage romantique de devenir viral… L’horreur est simplement une porte d’entrée plus facile.

Curry Barker fait aussi valoir que les youtubeurs ont appris à développer une fine lecture des préférences du public, dont ils obtiennent souvent les réactions en temps réel.

Sur Internet, on obtient des rétroactions presque instantanées sur les vidéos qui fonctionnent et celles qui ne marchent pas, expliquait-il mercredi au quotidien australien The Sydney Morning Herald.

On finit par développer un certain instinct : on sent quand on perd un spectateur, et on comprend mieux son seuil d’attention.

Mode passagère ou tendance durable?

Alors que Hollywood embrasse l’arrivée de cinéastes au parcours atypique, on peut se demander s’il s’agira d’une mode passagère où si on assiste à l’émergence d’une tendance durable.

Selon Éric Falardeau, la formule est probablement vouée à s'essouffler à terme, mais elle pourrait très bien revenir dans l'avenir.

Les grands mouvements du cinéma d’horreur sont souvent cycliques et liés à des avancées technologiques. Je pense qu’on va assister à un essoufflement de cette formule et qu’on va passer à autre chose, estime Éric Falardeau.

En ce moment, les monstres classiques reviennent – Dracula, Frankenstein, la momie – mais c’est toujours cyclique. À un moment donné, il y a un épuisement, et on finit par revenir à une autre forme de cinéma d’horreur, ou à une esthétique qui avait été délaissée.

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