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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayMark Carney est arrivé à Ankara, jeudi, pour une ronde de négociation visant à conclure une entente de libre-échange avec la Turquie. Cette visite bilatérale, la toute première d’un chef de gouvernement canadien dans ce pays, survient au moment où le gouvernement turc mène une campagne de répression inédite contre la communauté LGBTQ+ et les médias.
Au menu de cette mission de trois jours du premier ministre Carney : un tête-à-tête avec le président Recep Tayyip Erdoğan, et des rencontres avec des chefs d’entreprise. Depuis quelques mois déjà, Ottawa cherche à accélérer son rapprochement avec Ankara, et rien n'a été laissé au hasard.
L'offensive a débuté en mars dernier avec la visite en Turquie de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand. Le chef de la diplomatie turc lui a ensuite rendu la pareille en se déplaçant au Canada.
Le premier ministre Carney a ensuite eu une rencontre officielle avec le président turc en marge du sommet de l’OTAN, qui avait justement lieu à Ankara en juillet dernier. Il s’agit donc d'un deuxième voyage dans la capitale turque en moins de quatre mois pour Mark Carney.
Encore une fois, cette mission économique s’inscrit dans la volonté du gouvernement canadien de diversifier ses partenaires commerciaux et de doubler la valeur des exportations canadiennes hors des États-Unis en 10 ans. Pour l’instant, la Turquie est un partenaire bien modeste pour le Canada, avec des échanges commerciaux évalués à 4,3 milliards de dollars par année, ce qui représente moins de 0,3 % des échanges totaux.

C'est la deuxième visite de Mark Carney en moins de quatre mois à Ankara, la capitale de la Turquie.
Photo : Getty Images / Burak Kara
Or la visite de Mark Carney fait naître des espoirs. La relation du Canada avec la Turquie sera totalement différente de ce qu’elle est en ce moment après ce voyage, dit le président du Conseil commercial Canada-Turquie, Mike Ward.
Au rythme où vont les choses, M. Ward estime qu’un accord de libre-échange est envisageable dans un horizon de deux ans.
Des fonctionnaires fédéraux ont, par ailleurs, évoqué la possibilité que ce voyage soit l’occasion de faire des avancées, ou, à tout le moins, de faire une mise à jour sur l’état des négociations.
Le Canada cherche à conclure des partenariats, notamment dans les secteurs de la défense et de l’aérospatial. Nous nous complétons mutuellement dans ce secteur, insiste Mike Ward, qui donne l’exemple des drones, un domaine dans lequel le Canada cherche à combler son retard. La Turquie contrôle environ 70 % du marché mondial des drones, précise-t-il.
Pourtant, ce sont justement des drones qui se sont retrouvés au cœur du dernier froid diplomatique entre Ottawa et Ankara. En octobre 2020, le Canada a suspendu ses exportations d’armes à la Turquie après qu’une enquête a conclu que des technologies canadiennes s'étaient retrouvées dans des drones turcs utilisés par l’Azerbaïdjan dans le conflit avec l’Arménie au Haut-Karabakh. L’embargo a été levé en 2024, en échange d’une plus grande transparence de la Turquie sur l’utilisation et la destination finale (nouvelle fenêtre) des composantes canadiennes.

Le 24 avril 2025, des milliers de personnes ont défilé à Erevan, jusqu'au Complexe commémoratif de Tsitsernakaberd, pour marquer le 110e anniversaire du génocide arménien, perpétré par l'Empire ottoman en 1915.
Photo : Getty Images / ANTHONY PIZZOFERRATO
Aujourd’hui, à Ottawa, on dit faire des analyses au cas par cas, en précisant du même souffle qu’en matière de drones, la Turquie reste un partenaire important. C’est la ministre des Affaires étrangères qui passe toutes les exportations potentielles en revue. Mais c’est un partenariat en pleine croissance et c’est un partenariat important, a expliqué une haute fonctionnaire lors d’une rencontre de préparation à la mission économique avec les journalistes.
Encore le silence sur les sujets sensibles
Le premier ministre met les pieds en Turquie au moment où le gouvernement turc mène une vague de répression sans précédent contre la communauté LGBTQ+.

Manifestation à Istanbul pour dénoncer les persécutions et les arrestations subies dernièrement par les militants LGBTQ+ en Turquie.
Photo : Getty Images / OZAN KOSE
Bien que l’homosexualité ne soit pas criminalisée en Turquie, les autorités interviennent en se basant sur des lois interdisant l’obscénité. Une opération baptisée Ma famille en sécurité s’est soldée par des dizaines de descentes dans des bars, de perquisitions et d’arrestations.
La semaine dernière, la police a aussi pris le contrôle d’une chaîne de télévision ouvertement opposée au régime du président Erdoğan.
Il n’y a aucune garantie que le premier ministre canadien abordera ces sujets avec le président turc. Questionnés à plusieurs reprises avant le départ de Mark Carney en Turquie, les représentants du bureau du premier ministre ont répété que ces questions sont régulièrement abordées, même si elles ne font pas nécessairement l’objet de déclarations officielles.
Le premier ministre ne discute pas de ces discussions privées en public. Et la valeur des discussions privées, c’est qu’elles soient tenues en privé, martèle-t-on dans l’entourage de M. Carney.
De l'avis de l’ancien ambassadeur canadien Ferry de Kerckhove, si le premier ministre Carney aborde ces questions, il devra peser ses mots. Je crois que M. Carney, sur ce plan-là, va devoir marcher un petit peu sur des œufs, parce qu'Erdoğan ne se considère pas comme un dictateur, même si le reste de l’humanité le considère comme tel.
Nous vivons une époque où les dictateurs remontent en selle et où les bons démocrates se pincent le nez tout le temps.
M. de Kerckhove estime que cela s'applique aussi au branle-bas de combat imposé par la Maison-Blanche. Dans l’état du monde actuel, moi, je me pince le nez quand il s’agit de Donald Trump. Autrement dit, je pense que nous avons tous perdu un peu du flair dans notre nez, compte tenu de ce qui se passe au sud de chez nous, illustre-t-il.


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