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Plus de 50 faux Morrisseau retirés du marché, ses enfants de nouveau mis en cause

12 hours ago 6

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Une firme canadienne spécialisée dans l’authentification d’œuvres d’art a retiré du marché plus de 50 tableaux faussement attribués à Norval Morrisseau. Bientôt marquées de façon indélébile et conservées à des fins de recherche, ces contrefaçons ravivent surtout un pan sensible du plus vaste scandale de fraude artistique au Canada : le rôle qu’auraient joué certains enfants du célèbre peintre anishinabe dans l’authentification et la mise en circulation de faux.

Ils ne seront ni revendus ni remis à leurs propriétaires, affirment les responsables d'Art Experts Canada dans un communiqué.

Cette annonce, publiée le 23 juillet, faisait état de plus de 50 toiles. Son président-directeur général, l’avocat Jonathan Sommer, précise toutefois en entrevue que le nombre réel dépasse désormais la soixantaine.

Les tableaux sont en notre possession. Lorsque nous disons qu’ils ont été retirés du marché, cela signifie que nous ne leur permettrons pas d’y retourner, explique-t-il.

Il indique que les œuvres en question ont été acquises directement ou récupérées auprès de clients venus les faire examiner. Dans plusieurs cas, Art Experts Canada a renoncé à ses honoraires ou en a remboursé la majeure partie afin que les propriétaires acceptent de céder les tableaux.

Cela a représenté énormément de travail gratuit et, dans certains cas, de l’argent directement sorti de nos poches, souligne Jonathan Sommer.

Une personne en hauteur.

Jonathan Sommer, avocat et PDG d’Art Experts Canada, dirige les efforts de la firme pour retirer du marché les faux tableaux attribués à Norval Morrisseau.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plutôt que de les détruire, la firme entend conserver les peintures dans ses archives. Elles pourront être étudiées par des spécialistes, présentées dans des conférences ou éventuellement prêtées à des institutions.

Nous serions disposés à les prêter à des musées qui voudraient organiser une exposition sur les faux ou sur l’histoire de Norval Morrisseau, indique l’avocat. Cela pourrait certainement donner lieu à une exposition fascinante.

Chaque toile doit être identifiée de manière permanente comme une contrefaçon à l’aide d’un procédé conçu par l’entreprise, afin d’empêcher qu’elle réapparaisse un jour sur le marché sous une fausse identité. Certaines pourraient cependant demeurer temporairement intactes si elles sont susceptibles de servir de pièces dans de futures procédures judiciaires.

Les tableaux ne seront pas vendus comme d’authentiques Morrisseau et nous comptons les marquer de façon permanente, afin qu’il ne puisse subsister aucun doute sur le fait qu’il s’agit de faux.

Surnommé le Picasso du Nord, Norval Morrisseau est considéré comme l’un des artistes autochtones les plus influents du Canada. Le peintre anishinabe, mort en 2007, a donné naissance à l’école pictographique Woodland, reconnaissable à ses figures cernées de noir, à ses couleurs éclatantes et à son vocabulaire symbolique enraciné dans la spiritualité et les récits anishinabe.

Cette renommée a aussi fait de lui l’artiste canadien le plus contrefait et, probablement, l’un des artistes les plus falsifiés du monde. Plusieurs milliers de tableaux faussement attribués à Norval Morrisseau circuleraient encore au Canada et à l’étranger.

En 2023, le projet Totton, présenté comme la plus vaste enquête sur la fraude artistique de l’histoire canadienne, avait permis de démanteler des réseaux de fabrication et de vente de faux Morrisseau. Les forces de l'ordre ont arrêté et accusé huit personnes en lien avec ces stratagèmes et saisi plus de 1000 contrefaçons.

De faux tableaux disposés dans une salle.

Des contrefaçons imitant le style pictographique de Norval Morrisseau, désormais retirées du marché.

Photo : Art Experts Canada.

La majorité des tableaux aujourd’hui détenus par Art Experts Canada ont été déclarés faux après comparaison avec des œuvres reconnues comme authentiques. Les spécialistes examinent notamment leur provenance, leur composition, les pigments, les coups de pinceau, la manière dont les couleurs se répondent et la cohérence des symboles employés.

Une partie des œuvres a également été formellement désignée comme fausse par David Voss, l’un des hommes condamnés dans cette vaste affaire de fraude. Il les a reconnues comme fausses dans l’exposé commun des faits relatif à sa condamnation, mais elles n’étaient pas entre les mains de la police, précise Jonathan Sommer.

Pour les autres, la conclusion repose sur l’expertise de la firme.

Plus de 35 œuvres authentifiées par un fils de Morrisseau

Selon Jonathan Sommer, environ les trois quarts des faux récupérés par Art Experts Canada avaient autrefois été déclarés authentiques par David Morrisseau, l’un des fils de l’artiste aujourd'hui décédé.

Pour plus de 35 de ces œuvres, nous avons des déclarations signées par lui dans lesquelles il certifie que les tableaux sont authentiques, soutient l’avocat.

Ce constat appuie les conclusions d'une enquête d'Espaces autochtones basée sur divers documents de cour suggérant que des membres de la famille Morrisseau auraient pris part à la fraude de diverses manières.

David [Morrisseau] a signé beaucoup de toiles, mais, lorsqu'on l’a interrogé, il a dit qu’il n’avait jamais vu son père peindre les œuvres qu’il signait, racontait à Espaces autochtones Jason Rybak, l'enquêteur responsable du projet Totton, lors d'une entrevue réalisée en 2025 dans le cadre de cette enquête.

Des documents et des photographies sont disposés sur une toile, devant plusieurs tableaux aux couleurs vives.

Des documents d’authentification accompagnent plusieurs des faux tableaux attribués à Norval Morrisseau et retirés du marché.

Photo : Art Experts Canada Inc.

Dans l'exposé commun des faits produit par la Couronne et la défense au procès de David Voss, on peut d'ailleurs voir des toiles qui portent la signature de David Morrisseau sur leur verso ou qui sont accompagnées de certificats d'authenticité signés de sa main.

Or, ce type de signature est considéré par les experts comme un important signal d’alarme, sans constituer à lui seul une preuve de contrefaçon. Jonathan Sommer se montre catégorique au sujet des certificats qu’il a pu examiner. Tous les tableaux authentifiés par lui que j’ai vus sont, selon moi et selon notre équipe, des faux.

Ces éléments ne constituent toutefois pas une conclusion judiciaire quant à la responsabilité de David Morrisseau. D'ailleurs, ni lui ni ses frères et sœurs n'ont été arrêtés ou accusés en lien avec les contrefaçons jusqu'ici. Les faussaires ont exploité les enfants de Norval Morrisseau. C’est la lecture que nous en avons faite. Pour nous, [les enfants] n’étaient pas les vrais coupables, soulignait Jason Rybak.

Les toiles signées par David Morrisseau viennent néanmoins alimenter les interrogations entourant les liens entre certains enfants de l’artiste et les réseaux ayant créé et écoulé de fausses œuvres.

Des membres de la famille ont collaboré avec des personnes depuis reconnues coupables ou désignées par les tribunaux comme responsables de fraudes, fait valoir Jonathan Sommer.

L’avocat souligne que cette question est désormais au cœur d’une autre affaire. Jeffrey Cowan, un marchand d’art reconnu coupable de quatre infractions liées à la vente de faux Morrisseau, attend toujours sa peine. Les audiences reprendront le 11 septembre devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario, à Barrie.

Dans une déclaration déposée au tribunal, la succession de Norval Morrisseau a présenté les enfants du peintre comme des victimes de la fraude. Art Experts Canada conteste cette version. Son cofondateur, John Zemanovich, spécialiste de l’œuvre de Morrisseau, a déjà témoigné pendant deux jours au sujet des liens que certains d’entre eux auraient entretenus avec des faussaires.

Jonathan Sommer reconnaît le caractère inconfortable de cette intervention, puisque son entreprise se trouve à présenter des éléments pouvant servir la défense d’un homme dont elle condamne pourtant les agissements.

Nous pensons que Jeff Cowan est une très mauvaise personne et nous étions heureux qu'il ait été reconnu coupable. Mais si nous voulons dire la vérité devant le tribunal, nous devons raconter toute la vérité sur cette affaire, résume-t-il.

Une autre procédure doit déterminer le sort du millier de faux saisis par les autorités durant leur enquête. Elle a été reportée, vraisemblablement jusqu’en 2027, en attendant les conclusions du tribunal sur l’implication potentielle des enfants de Morrisseau.

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