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Québec va ignorer les conseils d’un organisme partenaire sur les aires protégées

13 hours ago 5

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Le gouvernement du Québec n'a pas l'intention d'utiliser le plan proposé par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP Québec) pour atteindre la cible d'aires protégées et se dissocie de la démarche de l'organisme, pourtant partenaire.

Déplorant l'absence d'une stratégie gouvernementale pour atteindre la cible de 30 % d'aires protégées d'ici 2030, la SNAP Québec a proposé une feuille de route au ministère de l'Environnement, dont la mesure phare serait d'établir des cibles adaptées à la réalité de chaque région.

D'ici quatre ans, la province doit ajouter 225 000 km2 d'aires protégées à son réseau. L'État s'y est engagé en signant l'accord de Kunming-Montréal, en décembre 2022, en marge de la COP15 tenue dans la métropole québécoise.

Le document de la SNAP Québec prévoit des cibles adaptées aux réalités locales de chaque région administrative. Elles tiennent compte de la superficie de chaque territoire, de sa proportion de terres publiques et de l'importance de l'exploitation des ressources naturelles dans l'économie régionale.

Ce papillon monarque se nourrit du nectar d'une verge d'or.

Les aires protégées visent à maintenir les écosystèmes et leur biodiversité. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jayden Dill

L'heure des choix approche

L'initiative de la SNAP Québec découle d'un appel à projets lancé en 2024 par le ministère de l'Environnement. L'organisme avait alors été mandaté par Québec afin de mobiliser les dossiers de candidature aux quatre coins de la province.

Des consultations régionales sont d'ailleurs en cours pour les 400 propositions qui se sont qualifiées.

Le directeur général de la SNAP Québec, Alain Branchaud, n'a jamais eu l'impression que Québec avait un plan de match quand viendrait le temps de faire le tri et d'optimiser les résultats de son appel à projets. Pendant deux ans, l'organisme a fortement conseillé au Ministère de préparer une feuille de route, sans succès.

Alain Branchaud lors d'une conférence de presse

Alain Branchaud est directeur général de la SNAP Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À l'aube des décisions, la SNAP Québec a choisi de foncer. Rien ne bougeait de ce côté. On a donc décidé de prendre les devants [...] pour aider le gouvernement à y voir plus clair, explique M. Branchaud. Considérant l'ampleur de la tâche et de la cible, ce dernier y voit une nécessité.

Pour atteindre un objectif aussi ambitieux que la cible de 30 %, il te faut une feuille de route, une stratégie.

Au Québec, 1 % du territoire représente 17 000 km2, soit 37 fois la taille de la ville de Québec. La province doit trouver un peu plus de 13 % afin d'atteindre sa cible d'ici quatre ans.

Proposition écartée

Invité à réagir à la proposition de la SNAP Québec, le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) s'est dissocié de l'initiative.

Ce rapport ne reflète pas les orientations gouvernementales ni les paramètres qui guideront les décisions relatives à l'atteinte de la cible de conservation de 30 % d'ici 2030, a répondu par écrit une porte-parole du Ministère.

Le lac de l'Est entouré de montagnes et dont on voit aussi le fond marin avec ses algues.

Le réseau d'aires protégées du Québec doit être bonifié de 225 000 km2 pour atteindre l'objectif de 30 % d'ici quatre ans. (Photo d'archives)

Photo : JC Lemay Photo / SNAP Québec

Selon l'État québécois, le plan fourni par l'organisme n'est qu'une contribution au débat public sur la conservation du territoire comme une autre, alors que les cibles régionales qui y sont proposées reposent sur une méthodologie qui lui est propre.

Les travaux de l'appel à projets d'aires protégées doivent donc se poursuivre indépendamment des cibles régionales proposées par cet organisme.

Pourtant, les critères de Québec énumérés à Radio-Canada ressemblent à ceux établis par la SNAP Québec. La réussite de l'exercice repose sur la recherche de solutions concertées, adaptées aux réalités écologiques, sociales et économiques de chaque région, y dit-on.

La stratégie de la SNAP Québec, de son côté, vise notamment à s’assurer d’une contribution équitable de chacune des régions.

La méthodologie tient notamment compte de l’activité économique liée aux ressources naturelles. Cette condition vise à contrecarrer la résistance observée dans des régions dépendantes de certaines activités économiques, comme la foresterie ou l'industrie minière.

Selon la stratégie de la SNAP Québec, chaque région administrative aurait sa propre cible de protection du territoire. Des régions comme la Côte-Nord et le Nord-du-Québec, de par leur superficie, contribueraient davantage (plus de 30 %). D'autres régions, selon l'économie locale, la taille et la proportion de terres privées, auraient des contributions plus faibles.

Pas suffisant

Dans son document, la SNAP Québec prévient que l'appel à projets, malgré les centaines de propositions reçues, ne suffira pas à atteindre la cible de 30 % d'aires protégées d'ici 2030. Même si tous les projets présentés au gouvernement du Québec étaient implantés, la province n'atteindrait pas son objectif.

Selon le bilan accompagnant les cibles régionales de l'organisme, la région de Montréal est la seule à avoir déjà atteint sa contribution recommandée, le potentiel d'expansion des aires protégées y étant limité, voire inexistant.

En tout, à peine cinq régions du Québec ont reçu suffisamment de propositions (en superficie) pour combler leurs contributions manquantes.

Selon nous, il est impossible d'atteindre 30 % dans toutes les régions d'ici 2030. Il est toutefois possible d'atteindre 30 % à l'échelle du Québec d'ici 2030, insiste Alain Branchaud.

La région du Nord-du-Québec est actuellement surreprésentée dans le réseau d'aires protégées québécois à 20,5 %. Cette réalité sera maintenue selon la feuille de route de la SNAP Québec, alors qu'une contribution supplémentaire de 102 000 km2 y est souhaitée, ce qui porterait le ratio à 33,5 %. À elle seule, la région représenterait près de la moitié des nouvelles superficies d'aires protégées.

D'autres mesures à venir, dit Québec

Le ministère de l'Environnement assure que d'autres mesures seront mises en place afin de respecter la cible de 30 % d'ici 2030, comme la création ou l'agrandissement de parcs nationaux.

Deux appels à projets d'aires protégées étaient initialement prévus, incluant celui de 2024. La province ne s'engage pas encore à lancer le deuxième.

Le gouvernement s'affaire à tout mettre en œuvre pour atteindre son engagement. Il s'agit d'un grand défi qui demandera la collaboration de l'ensemble des acteurs.

Il reviendra au prochain gouvernement de trancher. L’analyse interministérielle finale des projets retenus sera réalisée au cours de l’année 2027 en vue d’une prise de décision gouvernementale, explique-t-on.

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