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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe Centre des congrès de Winnipeg fourmille. À l’intérieur, des centaines de militants néo-démocrates de partout au pays. Il s’agit du premier congrès du Nouveau Parti démocratique (NPD) depuis sa défaite électorale historique le printemps dernier.
Pour les militants, c’est première grande occasion de se retrouver avec quelque chose à célébrer.
Depuis leur dernier congrès, les mauvaises nouvelles se sont accumulées : défaite historique, démission du chef, perte du statut de parti officiel.
Comme si ce n’était pas suffisant, le départ surprise de Lori Idlout vers le caucus libéral a été un autre coup dur pour le NPD.

Lori Idlout a rejoint le caucus libéral sous les applaudissements de ses nouveaux collègues.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Dans ce contexte, l’élection d’un nouveau chef est vue par plusieurs comme une occasion de tourner la page. Vendredi, un hommage a d’ailleurs été rendu à Jagmeet Singh. L’ex-chef n’a pas pris la parole, mais il était dans la salle lorsqu’une vidéo de remerciements a été diffusée sur écran géant.
En 2017, il avait remporté la chefferie dès le premier tour avec 53,8 % des voix, lui qui n’avait pas de siège à Ottawa. L’écart avec son plus proche rival, le député ontarien Charlie Angus qui avait recueilli 19,4 % des suffrages, en avait surpris plus d’un. Le même scénario se répétera-t-il?

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), lors de la soirée électorale.
Photo : Reuters / Chris Helgren
Le favori
Tous, ou presque, s’entendent : Avi Lewis est le favori dans cette course. Le documentariste britanno-colombien a récolté plus de 1,2 million de dollars, soit deux fois plus que sa plus proche rivale, Heather McPherson. Au-delà du pactole amassé, il a aussi un nombre de donateurs bien supérieur à celui de ses rivaux : un appui qui témoigne d’une mobilisation réelle sur le terrain.
Si Avi Lewis aime se présenter comme un candidat antisystème, son pedigree dit le contraire. Sa famille est profondément ancrée dans le parti. Son père, Stephen Lewis, était chef du NPD en Ontario et son grand-père, David Lewis, est un des fondateurs du parti fédéral.
Son épouse, l’essayiste Naomi Klein, est aussi une figure de proue de la gauche.

Avi Lewis s’est appliqué à critiquer le « virage à droite » de Mark Carney et du gouvernement libéral.
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
Autre avantage : son français. Sa maîtrise de la langue est loin d’être parfaite, mais elle est nettement supérieure à celle de ses adversaires. Lors du dernier débat à Vancouver, il était le seul à pouvoir répondre aux questions des journalistes en français.
Avi Lewis se revendique ouvertement de la gauche socialiste : une posture qui enthousiasme une partie de la base, mais qui en fait sourciller certains.
Et sa campagne n’a pas été sans accroc.
Dans le Hill Times cette semaine, l’ex-chef néo-démocrate Thomas Mulcair a eu des mots durs pour le prétendant chef : Pour quelqu'un qui n'a jamais réussi à se faire élire, Lewis ne semble pas prêt à faire des efforts pour rallier davantage de gens à sa cause. Il veut simplement être aux commandes.

Thomas Mulcair célèbre son élection en tant que député d’Outremont en compagnie du chef du NPD, Jack Layton, le 17 septembre 2007.
Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Lors du débat à Montréal, le candidat s'est par ailleurs dit préoccupé par l’impact des grands projets d’intérêt national sur les femmes autochtones. Ces grands projets, virils, impliquent d’énormes chantiers dans des régions reculées, avait-il déclaré. Certains avaient ensuite accusé le candidat de stéréotyper les cols bleus.
Dans les dernières semaines, des vidéos où Avi Lewis critique le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley ont aussi refait surface… et ont irrité bien des néo-démocrates albertains.
Finalement, il y a son parcours électoral : deux tentatives de se faire élire aux Communes, deux échecs. Lui-même le dit clairement : s’il devient chef, il n’est pas pressé de briguer un siège à Ottawa.

Le candidat à la chefferie du NPD, Avi Lewis.
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
La députée
Heather McPherson est sa principale rivale. Son argument central est simple : des cinq candidats, elle est la seule à siéger à la Chambre des communes. Elle répète qu’elle sait comment battre les conservateurs, notamment en Alberta, où elle a été élue.
Heather McPherson représente la circonscription d’Edmonton Strathcona à Ottawa depuis 2019. Lors des dernières élections, elle a résisté à l’effondrement du NPD, conservant son siège avec une avance de plus de 8000 voix sur son rival conservateur. Elle est d’ailleurs la seule députée néo-démocrate élue en Alberta.

La députée néo-démocrate Heather McPherson et le chef du NPD Jagmeet Singh tiennent une conférence de presse dans le foyer de la Chambre des communes sur la Colline du Parlement à Ottawa, en mars 2024.
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Une bonne partie de ses appuis dans la course à la chefferie viennent de cette province, qui compte un nombre important de délégués. Elle a aussi reçu le soutien (nouvelle fenêtre) de figures importantes du parti, dont l’ex-première ministre albertaine Rachel Notley.
Mais la députée peine à prendre son élan. Les sondages ne lui sont pas particulièrement favorables. Certains observateurs estiment que son positionnement plus pragmatique cadre mal avec l’état d’esprit actuel du parti.
Les courses à la chefferie, au NPD comme ailleurs, tendent à récompenser les candidatures ancrées dans les valeurs militantes plutôt que dans une logique électorale.

La candidate à la direction du NPD Heather McPherson lors du débat en anglais à New Westminster, en Colombie-Britannique, du 19 février 2026. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / ETHAN CAIRNS
Son français demeure aussi un point faible. Lors du premier débat à Montréal, elle avait fait l’effort de répondre aux questions des journalistes dans la langue de Molière. À Vancouver, quelques mois plus tard, elle a plutôt choisi de répondre en anglais à des questions posées en français.
Il faut travailler avec mon français, je comprends, ce n'est pas suffisant, a-t-elle admis en entrevue à Radio-Canada, en réitérant l'importance du Québec pour le NPD.
Malgré ces bémols, l'équipe McPherson espère qu’une majorité silencieuse d’électeurs lui accorderont leur confiance grâce à son expérience politique.
La surprise possible
Rob Ashton, lui, mise sur une autre stratégie pour l’emporter.
Le leader syndical britanno-colombien, novice en politique, espère devenir le deuxième choix d’un nombre suffisant de délégués pour se faufiler jusqu’à la victoire.

Rob Ashton, candidat à la direction du NPD, prend la parole lors d'un forum sur la direction du NPD à Ottawa, le mercredi 22 octobre 2025. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby
En entrevue avec CBC il y a quelques semaines, il reconnaissait l’existence d’une fracture entre le camp Lewis et le camp McPherson. Dans ce contexte, il espère que les supporteurs de l’un et de l’autre feront de lui leur deuxième choix.
D’ailleurs, selon des informations du Toronto Star, l’équipe de Heather McPherson aurait tenté de conclure une entente avec celle de Rob Ashton pour s’échanger des appuis de deuxième choix – un pacte que le camp Ashton aurait refusé. Je ne veux pas dire aux membres comment voter, a-t-il expliqué en entrevue avec Radio-Canada.
En plus de la stratégie du deuxième choix, Rob Ashton peut compter sur l’appui de plusieurs syndicats. C’est son argument principal face à ses adversaires : il veut ramener le NPD à ses racines ouvrières – une proposition qui plaît à plusieurs, le NPD ayant perdu beaucoup de ses châteaux forts dans des régions de cols bleus, en Ontario par exemple.
Sa victoire est d’ailleurs celle qui inquiète le plus les conservateurs.
Or, son manque d’expérience politique risque de lui nuire. Et avec des candidatures plus marginales qui fragmentent le vote au bas du bulletin, celles de Tony McQuail et de Tanille Johnson, la possibilité d’une percée surprise demeure limitée.
Les défis
Une fois l’élection terminée, le travail du prochain chef néo-démocrate ne fera que commencer.
Dans les plus récents sondages, le parti stagne autour de 10 % des intentions de vote. Un coup de sonde Angus Reid publié cette semaine indiquait par ailleurs que, parmi 1100 répondants ayant tous voté pour le NPD au moins une fois depuis 2015, un quart estimait que le parti n’était plus pertinent.

Le chef libéral Mark Carney, à gauche, et le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Les néo-démocrates devront aussi se rallier derrière leur nouveau leader — un défi de taille, alors que les trois principaux candidats incarnent des visions très différentes de l’avenir du parti.
Le prochain chef devra aussi réussir un exercice délicat : mobiliser la base, tout en élargissant son attrait auprès de l’électorat canadien dans son ensemble. Cela pourrait passer par un certain recentrage… ou, à tout le moins, par un adoucissement de certaines positions.
Son avantage : le calendrier électoral pourrait lui laisser le temps de remodeler le parti à son image. Alors qu’un déclenchement d’élections paraissait très probable il y a quelques mois, les Libéraux paraissent désormais en voie d’obtenir une majorité parlementaire… ce qui repousserait la date de possibles élections à 2029.


2 months ago
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