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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa parution d'un rapport de chercheurs canadiens a alimenté l'idée d’une tentative d’ingérence russe dans le débat indépendantiste albertain. Des experts en désinformation consultés par les Décrypteurs jugent toutefois son impact quasi nul et estiment que les preuves d'une véritable campagne d'influence demeurent minces.
Le rapport en question a été publié par Cipher AI, une entreprise qui vend un outil d’intelligence artificielle qui écume le web afin de déceler, définir et évaluer les activités coordonnées de désinformation et d’influence. Son PDG est le codirecteur du Centre for Artificial Intelligence, Data, and Conflict de l’Université de Regina, Brian McQuinn.
Cipher AI et des évaluateurs humains ont découvert que des sources liées à des acteurs russes ont publié, du 30 juillet au 12 août, 44 articles susceptibles d'amplifier les griefs des Canadiens, d’affaiblir la cohésion sociale ou de porter atteinte à l'unité nationale. Notons que certains des exemples inclus dans le rapport ne mentionnent pas l’Alberta, ni même le Canada. L’un d’entre eux porte, par exemple, sur la commission du Sénat américain sur les origines de la pandémie et sa gestion.
Mais, selon les auteurs du rapport, un contenu n'a pas nécessairement besoin de traiter directement de l'Alberta pour influer sur le débat. Il suffit d’attiser des tensions, qui trouveront ensuite un écho chez les souverainistes albertains.
La plupart des articles proviennent du réseau de propagande Pravda, une constellation de sites web qui publient des articles alignés sur les intérêts russes dans plusieurs langues. Au total, le réseau a publié 3,6 millions d’articles en 2024, selon l’organisme NewsGuard.
Le volet canadien de Pravda que citent les chercheurs dans leur rapport, Pravda Canada, a obtenu 213 visites au courant du mois de juillet, selon les données de la société d'analyse de trafic web SimilarWeb.
Je pense que tout le monde s'entend pour dire qu'aucun Canadien ne va consulter le réseau Pravda – la plupart n’ont absolument aucune idée de ce que c'est. Mais le réseau Pravda nous est très utile pour comprendre ce qui intéresse le Kremlin, quels enjeux il va exploiter, et pour évaluer l'ampleur des efforts qu'il pourrait déployer pour tenter de les instrumentaliser, a expliqué en entrevue Marcus Kolga, fondateur de l’organisme DisinfoWatch, qui collabore avec Cipher AI pour ses recherches liées à l’Alberta.
L'objectif des rapports et des bulletins que nous publions est d'informer les journalistes et les intervenants clés sur ce qui intéresse la Russie et le type de récits qu’elle produit à cet effet. Ce n’est pas de mesurer l'impact de ce qui est dit.
Un rapport plus récent de Cipher AI révèle une augmentation nette des contenus destinés à diviser l'opinion canadienne. Au plus fort de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, du 13 au 26 août, les éléments attribuables à des acteurs russes sont passés de 44 à 258. Le rapport précise toutefois que les références explicites à l'Alberta et au référendum demeurent relativement limitées.
Le réseau Pravda aurait publié 1200 articles susceptibles d'amplifier les griefs des Canadiens, d'affaiblir la cohésion sociale ou de porter atteinte à l'unité nationale depuis le début de l’année, selon les chercheurs.

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, s'est dite au courant des recherches de Cipher AI, lors d'une récente entrevue télévisuelle.
Photo : CBC
Faible influence, selon des experts
Les auteurs insistent : l’objectif de leur démarche n’était pas de mesurer l’impact de campagnes d’ingérence russe dans le débat sur la séparation en Alberta, qui serait d’ailleurs actuellement presque nul, selon d’autres experts que nous avons consultés.
C’est que l’objectif du réseau Pravda n’est pas d’être lu par des êtres humains, mais bien d’influencer les réponses de robots conversationnels comme ChatGPT, selon plusieurs recherches sur le sujet (nouvelle fenêtre). Ces technologies d’intelligence artificielle s’alimentent de tout ce qui se trouve sur le web, et peuvent dans certains cas recracher des récits alignés avec ceux de la Russie – un concept parfois baptisé empoisonnement des données d’un modèle de langage.
Mais dans le cas de l’Alberta, le volume de contenu produit par des sources fiables est juste trop gros. Tu ne seras jamais capable d'empoisonner un modèle avec ce genre d’article [comme en produit Pravda], puisque c’est déjà un enjeu très bien couvert, croit Aengus Bridgman, directeur de l'Observatoire de l'écosystème médiatique et professeur adjoint à l'École de politiques publiques Max Bell de l'Université McGill.
Selon M. Bridgman, le rapport de Cipher AI a eu pour effet de répandre l'idée que la Russie s'ingère dans le débat référendaire en Alberta, notamment en raison de la couverture médiatique qu'il a obtenue. Or, les preuves à cet effet sont minces.
Il n’y a rien dans ce rapport qui me convainc qu'il y a de l’ingérence ou même un effort [visant à] influencer le référendum en Alberta. Selon ce qu’on voit à l'Observatoire, les discours en ligne sur l’Alberta viennent presque tous de l’Alberta. Ce sont vraiment des Albertains qui sont engagés dans cette conversation, soutient-il.
Son de cloche semblable du côté de Jean-Christophe Boucher, professeur agrégé au Département de science politique à l'Université de Calgary et ancien membre du Mécanisme de réponse rapide d'Affaires mondiales Canada, dont le mandat est notamment de détecter les campagnes de manipulation de l'information par des acteurs étrangers.
Ce que je vois dans mes bases de données en ce moment, c'est ni plus ni moins que ce que je vois depuis trois ans. S’il y a vraiment une opération d'influence, ils vont commencer à s’activer deux, trois semaines avant le référendum le 19 octobre, et on verra un pic d’activité, explique Jean-Christophe Boucher.

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant l'Assemblée législative à Edmonton pour l'indépendance de l'Alberta, samedi.
Photo : Radio-Canada / Logan Boucher
Un risque malgré tout
Selon Jean-Christophe Boucher, les opérations de désinformation russes qui impliquent la création de fausses nouvelles et de propagande ne sont plus aussi efficaces qu’avant, notamment parce qu’elles sont facilement décelées par des chercheurs.
Ce qu’ils risquent plutôt de faire, c'est de l'amplification. Il y a tellement de contenu d'extrême droite pro-séparatiste qu’ils n’ont pas besoin d’en créer. Ils ont juste besoin d’amplifier, par exemple, toute la désinformation sur l’intégrité lors de l'élection publiée par cette droite, illustre le professeur.
Ce type d’ingérence est beaucoup moins facile à détecter, en partie parce que les acteurs russes passeront par des tiers basés à l'étranger ou des fermes de clics pour propulser massivement ces contenus à l’aide de mentions J’aime, de partages et de commentaires.
L'ombre de l’influence américaine
Si la menace russe reste pour l’instant limitée, les experts consultés s’entendent pour dire que l’influence qui vient du sud de la frontière, aux États-Unis, représente une menace.
Marcus Kolga de DisinfoWatch et Brian McQuinn de Cipher AI citent notamment en exemple des figures de la droite radicale américaine à forte audience, comme Benny Johnson et Alex Jones, qui ont récemment multiplié les sorties au sujet de l'indépendance de l’Alberta. Ces derniers sont très suivis au Canada, bien que leur audience soit majoritairement américaine.
Selon ces chercheurs, la frontière entre les États-Unis et la Russie peut dans certains de ces cas être poreuse : des documents publiés en 2024 par le département américain de la Justice ont par exemple révélé que Benny Johnson avait été financé à son insu par le Kremlin.
Aengus Bridgman et Jean-Christophe Boucher estiment également que les discours provenant des États-Unis – tant d’influenceurs que de membres de l’administration américaine – pourraient avoir une incidence sur le référendum albertain.
Pour moi, la vraie menace en ce moment vient des États-Unis et non de la Russie, estime Aengus Bridgman.
Le directeur de l’Observatoire de l'écosystème médiatique croit toutefois qu’il ne faut pas crier au loup avec l’ingérence russe. Selon lui, entretenir ce type de discours peut avoir une forte incidence sur la confiance dans le système.
Quand il y a de la vraie ingérence, il faut l’identifier, la nommer et la surveiller. Mais avec le séparatisme albertain, le discours public tend un peu trop à dire que le mouvement séparatiste vient de l’étranger, alors que notre recherche montre que ce sont des Albertains et des Canadiens qui discutent de cet enjeu et qui essaient d’avoir une vraie conversation démocratique, soutient Aengus Bridgman.


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