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Sio Silica : le Manitoba ne doit pas sacrifier son eau au nom du progrès

14 hours ago 9

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Le premier ministre Mark Carney est sous pression. Il doit démontrer que le Canada avance, que sa vision économique tient la route, que le pays peut augmenter sa productivité, créer des emplois et jouer un rôle sérieux sur les marchés internationaux.

Dans cette vision, les minéraux critiques occupent une place centrale. Les gouvernements parlent de transition énergétique, de sécurité économique, de défense, de semi-conducteurs, de batteries et de chaînes d’approvisionnement. Dans ce monde où chaque pays cherche à sécuriser les matériaux de demain, le Manitoba se retrouve avec quelque chose qui intéresse beaucoup de monde.

C’est dans ce contexte que le projet de Sio Silica est revenu dans l’actualité. Lors du G7, Mark Carney a fait référence à de nouveaux partenariats impliquant cette entreprise, notamment dans le contexte des relations économiques entre le Canada et l’Allemagne. La silice de haute pureté peut servir à la fabrication de panneaux solaires, à des usages industriels avancés et possiblement à certaines composantes liées aux semi-conducteurs. Pour un premier ministre qui veut montrer que le Canada est ouvert aux affaires et prêt à participer à l’économie mondiale, le projet a certainement un attrait.

Voilà l’argument économique.

Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.

L’eau, la vraie ligne de fracture

Mais il existe un autre argument, beaucoup plus près de nous : l’eau.

Sio Silica n’est pas simplement un projet minier de plus. Au Manitoba, c’est un projet controversé. Sa version précédente a été refusée par le gouvernement provincial à cause de préoccupations liées à l’eau potable, aux aquifères et aux risques à long terme pour les communautés de l’est de la province.

Il y avait aussi une méfiance politique autour de la façon dont le dossier avait été géré sous l’ancien gouvernement conservateur provincial. Ces inquiétudes ne disparaissent pas parce qu’un projet est retravaillé, renommé ou mentionné dans une annonce internationale.

Leah Gazan, députée néo-démocrate de Winnipeg-Centre et porte-parole en matière d’environnement et d’affaires autochtones, a critiqué le gouvernement Carney pour être allé trop vite. Elle soutient que le fédéral a envoyé un mauvais signal en faisant la promotion du projet avant la fin du processus environnemental provincial et sans le consentement clair des Premières Nations concernées.

Brokenhead Ojibway Nation a tenu un référendum et a voté contre un partenariat avec Sio Silica. Cela doit être pris au sérieux. Le consentement libre, préalable et éclairé n’est pas un slogan. C’est une exigence politique, juridique et morale.

Mais je crois aussi que ce débat ne doit pas être rapetissé.

S’il devient seulement une question de droits autochtones, plusieurs Manitobains risquent de décrocher. Cela ne veut pas dire que les droits autochtones ne sont pas importants. Ils le sont profondément. Mais en politique, il faut aussi construire des ponts. Il faut additionner les gens, pas les placer dans des camps séparés.

Au-delà des clivages politiques et identitaires

Il y a ici une leçon plus large. Partout au pays, plusieurs personnes commencent à réagir au langage de l’EDI (équité, diversité et inclusion). Ce n’est pas toujours parce qu’elles s’opposent à la justice, aux droits autochtones ou à l’équité. Souvent, elles posent une question plus simple : et nous, là-dedans? Qu’en est-il de nos emplois, de nos fermes, de nos puits, de nos enfants et de nos communautés?

Chaque personne qui dépend de l’eau potable dans l’est du Manitoba devrait se sentir concernée. Les agriculteurs devraient se sentir concernés. Les parents devraient se sentir concernés. Les Premières Nations, les municipalités, les villages, les villes et les communautés rurales devraient tous se sentir concernés.

Mark Carney voit une occasion économique. Sio Silica aussi. Soyons honnêtes : le Manitoba a besoin d’emplois, d’investissements et de projets structurants. Il ne faut pas automatiquement dire non à tout développement. Un projet bien fait, bien encadré et bien accepté pourrait devenir une occasion importante.

Mais pour y arriver, il ne suffit pas de dire que tout ira bien.

Sio Silica porte encore un bagage politique. Plusieurs Manitobains se souviennent de l’époque où le projet semblait lié à une manière de faire de la politique où les règles paraissaient parfois être contournées plutôt que respectées. Nous avons même vu d'anciens ministres reconnus coupables de graves manquements à l'éthique et condamnés par la législature à de lourdes amendes. Cette histoire rend la confiance plus difficile à reconstruire.

Si Mark Carney veut que ce projet avance, il ne peut pas simplement l’annoncer au G7 et espérer que le Manitoba suive. Le gouvernement fédéral, les députés libéraux locaux, la province et l’entreprise doivent s’engager directement auprès des Premières Nations, des municipalités, des agriculteurs, des groupes environnementaux et des résidents.

Ils doivent répondre aux questions difficiles. Ils doivent montrer la science. Ils doivent expliquer les risques. Ils doivent accepter que les gens ne soient plus comme il y a 50 ou 60 ans. Aujourd’hui, les citoyens ont accès à l’information. Ils savent s’organiser. Ils savent reconnaître lorsqu’on essaie de les gérer plutôt que de les écouter.

Le leader du NPD, Avi Lewis, sent bien qu’il y a quelque chose dans l’eau politique du Manitoba. Leah Gazan a trouvé un vrai enjeu. Mais si cet enjeu doit devenir un enjeu gagnant, il doit être plus grand que la seule politique partisane.

Ce n’est pas seulement une question de droits autochtones.

Ce n’est pas seulement une question de développement économique.

C’est une question d’eau.

Et l’eau appartient à tout le monde.

Carney parcourt le monde, contrats en main
Buveur de Perrier, le sourire serein
Au Manitoba, on entend monter la peur :
Notre eau deviendra-t-elle celle des réserves oubliées?

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