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Un ancien chef national veut poursuivre Ottawa pour son programme d’espionnage

4 weeks ago 10

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Ovide Mercredi est un homme aux multiples facettes, mais certainement pas un terroriste. Avocat, poète et membre de l'Ordre du Canada, il est un chef cri accompli qui a présidé l'Assemblée des Premières Nations (APN) pendant deux mandats dans les années 1990. Pourtant, assis dans son salon à Winnipeg à feuilleter une pile de documents de renseignement autrefois secrets, M. Mercredi se sent obligé de rétablir la vérité.

Je n'apprécie pas qu'on me qualifie d'Autochtone extrémiste, déclare catégoriquement l'ancien chef national, car je ne suis pas un terroriste.

Pourtant, son nom figure noir sur blanc dans un rapport secret de 1997 du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) sur le contre-terrorisme intérieur. Ce document qualifie son appel à une journée nationale de protestation contre l'inaction du gouvernement fédéral d'extrémisme autochtone.

Les pages suivantes, bien que fortement censurées, exposent les priorités de la section antiterroriste du SCRS à l'époque, confirmant que l'agence de renseignement canadienne considérait encore en 1999 les griefs non résolus des peuples autochtones comme un terreau fertile pour la violence extrémiste.

Un document confidentiel de la GRC.

Une copie d'un message envoyé par le commandant de district du service de sécurité de la GRC à Saskatoon au quartier général du service de sécurité chargé de l'« extrémisme autochtone ».

Photo : Radio-Canada / Hannah Spray

Selon le SCRS, dans ce document, les préoccupations des Autochtones concernant les revendications territoriales, l'exploitation des ressources, les droits de pêche, l'autonomie gouvernementale, la fiscalité, les services policiers et les soins de santé avaient créé un contexte propice à des affrontements d'intensité et de violence variables.

Dans une entrevue exclusive, l'ancien chef national affirme que ce langage évoque des stéréotypes raciaux cautionnés par l'État, présentant le mouvement pour les droits des Autochtones comme dangereux et menaçant, ce qui pourrait dissuader les gens de défendre leurs droits.

M. Mercredi réagit à une enquête menée depuis des années par CBC Indigenous sur le prétendu programme de surveillance de l'extrémisme autochtone au Canada. Il promet d'agir, arguant que les poursuites judiciaires sont le seul moyen d'obtenir des réponses et justice.

Cette histoire ne fait que commencer; je ne pense pas que ce soit la fin. Et je vais demander des comptes au gouvernement, à titre personnel. J'intente une action en justice.

Après avoir examiné 6000 pages de dossiers autrefois secrets compilés par le Service de sécurité de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), l'agence de renseignement intérieur canadienne de l'époque de la guerre froide, une équipe de journalistes a découvert que la GRC avait eu recours à des informateurs rémunérés, à l'infiltration, aux écoutes téléphoniques et à la surveillance physique pour infiltrer des organisations autochtones légitimes dans les années 1970.

Un panneau indiquant le bâtiment du Service canadien du renseignement de sécurité.

Le Service canadien du renseignement de sécurité assure ne plus espionner les Autochtones. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mais CBC News a également obtenu séparément, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, 1000 pages de documents du SCRS fortement expurgés, confirmant ainsi que le service a relancé et géré sa propre version du vaste programme de lutte contre l'extrémisme autochtone à partir de 1988.

D'autres personnes se manifestent

Les documents révèlent que la GRC espionnait de manière informelle des politiciens autochtones dès 1968, mais qu'elle a intensifié ses investigations en 1973, en réaction à la radicalisation du mouvement militant Red Power.

Rapidement, la GRC s'est infiltrée dans des organisations légitimes, comme la Fraternité nationale des Indiens (aujourd'hui l'Assemblée des Premières Nations) et la Nation Dénée, tout en surveillant des chefs respectés. Ces révélations incitent d'autres personnes visées à prendre la parole.

Cela n'a fait que confirmer et prouver ce que je savais depuis toujours, déclare Sol Sanderson, chef cri qui a collaboré avec la Fédération des Indiens de la Saskatchewan (FSI), aujourd'hui la Fédération des nations autochtones souveraines, dans les années 1970 et 1980.

Sol Anderson.

Sol Sanderson a accusé la GRC d'avoir commis des cambriolages à motivation politique contre des chefs des Premières Nations en Saskatchewan tout au long des années 1970, mais ses allégations ont été rejetées.

Photo : Don Somers/CBC

M. Sanderson soutient que, depuis des décennies, la GRC a eu recours à des méthodes déloyales contre la fédération. De fait, des documents montrent qu’elle a espionné M. Sanderson ainsi que d'autres chefs de la Saskatchewan, comme le futur chef national Noel Starblanket. L'ampleur de cet espionnage demeure incertaine.

Bibliothèque et Archives Canada a indiqué à CBC News qu'il lui faut deux ans pour examiner un dossier de renseignement en 11 volumes compilé par la GRC sur le FSI entre 1968 et 1983. Cela repousserait la date de publication potentielle à 2028, une prolongation que le commissaire à l'information du Canada examine actuellement.

Entre-temps, M. Sanderson se fait l'écho de l'appel de M. Mercredi à intenter une action en justice. Je demande réparation pour moi-même, ma famille et toutes les autres personnes impliquées dans ce processus d'activités illégales, déclare-t-il lors d'une entrevue à Saskatoon.

Cela a porté atteinte à notre histoire, à nos dirigeants et à nos moyens de subsistance. Délibérément.

Le nom de Norman Zlotkin, professeur auxiliaire de droit à l'Université de la Saskatchewan, apparaît également dans les dossiers de la GRC, notamment pour une interaction directe avec un informateur en 1975.

Je considère cela comme une grave violation de mes droits et de ce que l'on est en droit d'attendre d'un gouvernement démocratique dans un pays démocratique, affirme-t-il par téléphone.

M. Zlotkin est particulièrement préoccupé par les rapports de renseignement concernant des réunions politiques privées à la Fraternité nationale des Indiens, une organisation à laquelle il a été associé de diverses manières entre 1970 et 1981.

De là découle toute une question de légalité, ajoute-t-il, notamment si des réunions où il discutait de questions juridiques avec ses clients ont été espionnées.

Mais plus j'y pense, plus je me dis qu'il s'agissait d'activités illégales. Il est important, pour aller de l'avant, que le gouvernement admette leur illégalité et, à tout le moins, présente des excuses, affirme-t-il.

Finalement, en 1978, n'ayant trouvé aucune preuve d'activité subversive, les hauts gradés de la GRC à Ottawa ont réduit le programme, jugeant la situation pas suffisamment explosive pour justifier une surveillance accrue ou le déploiement de techniques d'enquête lourdes.

Cependant, la surveillance s'est poursuivie en 1979, l'ingérence étrangère dans les affaires autochtones légitimes étant l'objectif principal. Le Service de sécurité de la GRC faisait également l'objet d'une enquête publique après avoir été pris en flagrant délit de recours à des manœuvres déloyales contre le mouvement séparatiste au Québec.

Des gendarmes avec leur chapeau.

La GRC considérait les Autochtones qui militaient pour leurs droits comme des potentiels terroristes. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jason Frason

C’est également en 1979 que des chefs des Premières Nations, comme M. Sanderson, ont commencé à exhorter la commission d’enquête publique McDonald à examiner si la GRC avait utilisé des tactiques similaires contre le mouvement autochtone, mais leurs allégations ont été rejetées.

On nous a ignorés, se souvient M. Zlotkin, qui a rédigé un mémoire juridique pour la commission, et maintenant, le gouvernement en subit les conséquences.

M. Sanderson se souvient de faits similaires, mais souhaite aujourd'hui que le sujet soit réexaminé. L'enquête que j'ai réclamée il y a 20 ans aurait dû avoir lieu depuis longtemps, affirme-t-il.

La Commission McDonald a mené à la création du SCRS en 1984, qui, tout comme son prédécesseur, s'est rapidement inquiété de la montée de la résistance autochtone. Les vieilles habitudes ont refait surface, et une manifestation au Labrador a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Des Autochtones dans la nature et des journalistes.

Le chef national Ovide Mercredi (assis) se rend sur les lieux de l'affrontement armé au lac Gustafsen, en Colombie-Britannique, en août 1995, afin de tenter de négocier la paix et d'éviter un bain de sang entre les militants des Premières Nations et la GRC. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

En décembre 1988, un agent du SCRS s'est rendu à Goose Bay, alors que des manifestations des Premières Nations innues locales protestaient contre l'OTAN, qui menait des entraînements aériens à basse altitude, extrêmement bruyants, au-dessus de leurs territoires de chasse.

Deux jours plus tard, des responsables du SCRS à Ottawa ont approuvé une enquête nationale sur l'« extrémisme autochtone, relançant officiellement le programme de surveillance des Autochtones du Canada.

L'enquête s'intensifia et devint plus intrusive après l'affrontement armé de Kanesatake, plus connu sous le nom de crise d'Oka de 1990, s'étendant pour couvrir non seulement les mouvements guerriers, mais aussi les questions autochtones en général.

En 1995, le service de renseignement opérait à l'échelle nationale lors des affrontements du lac Gustafsen en Colombie-Britannique et du parc provincial d'Ipperwash en Ontario, comme l'avait révélé CBC News. En 1997, lorsque l'appel de M. Mercredi à une journée de protestation apparut dans les dossiers antiterroristes intérieurs du SCRS, le service semblait considérer que toute manifestation, n'importe où et n'importe quand, pouvait dégénérer en violence.

Un document indique que le SCRS disposait d'un réseau de sources ciblées [informateurs], de contacts protégés et d'agents de liaison avec la police. On revivait les événements de 1975.

M. Mercredi se sent trahi par son pays. Il veut savoir qui avait accès aux rapports, ce qui se cachait derrière les passages caviardés et qui, au sein du gouvernement, a autorisé la surveillance. Son message au gouvernement fédéral et à ses dirigeants politiques est sans équivoque.

Nous allons vous demander des comptes, non seulement pour avoir violé notre vie privée, mais aussi pour avoir présenté notre mouvement comme terroriste et extrémiste, et pour avoir entretenu cette image, déclare-t-il.

Chaque fois que nous défendons nos droits fonciers, vous êtes là pour nous dénoncer. Et quand on vous demande de nous communiquer ce rapport, voilà ce que vous nous donnez, poursuit-il en montrant une page entièrement noircie.

Des informations caviardées. C’est non seulement injuste, mais aussi malveillant, à mon avis.

Gary Anandasangaree en point de presse au parlement à Ottawa, le 23 mars 2026.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le bureau du ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a refusé notre demande d’entrevue, rappelant une déclaration antérieure selon laquelle le gouvernement prend ces questions au sérieux et qu'il collaborera avec les dirigeants autochtones afin d’assurer la transparence et la reddition de comptes.

La GRC a publié un communiqué d’excuses en mars, et le premier ministre Mark Carney a déclaré qu’il devrait présenter des excuses. Le SCRS a affirmé ne plus mener d’enquêtes de renseignement à caractère raciste et s’est engagé à rétablir les relations.

Quant à Ovide Mercredi, il a déclaré qu’il ne le croirait que lorsqu’il verrait ce qui se cache sous l’encre noire.

D'après un texte de Brett Forester, de CBC Indigenous

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