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Une Québécoise parmi l’élite mondiale du soccer freestyle

2 days ago 19

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Mathilde Fortier a commencé à s’amuser avec un ballon dehors, chez elle. Un simple passe-temps, une passion, qui allait un jour devenir son gagne-pain. Jamais la Charlevoisienne aurait pu se douter qu’elle deviendrait, quelques années plus tard, championne nord-américaine et 3e au monde en soccer freestyle (soccer libre).

La jonglerie a toujours fait partie du soccer, mais certaines des bases du soccer freestyle sont nées notamment du monde du cirque. Le fameux tour du monde, qui consiste à faire un tour du ballon avec son pied entre deux jongleries, aurait été rendu populaire par le jongleur et acrobate italien Enrico Rastelli, au 19e siècle.

Dans les années 1970 et 1980, la routine d’échauffement de la légende Diego Maradona, où il présentait plusieurs variantes de jonglerie, était un moment attendu avant chacun des matchs du club de Naples. Une séquence mythique qu’on a nommée Life is Life.

Un joueur comme le Brésilien Ronaldinho fait aussi partie de ceux qui ont participé à l’essor du style. L’Association mondiale de football freestyle (WFFA) a cependant été créée seulement en 2017.

Au cours de la dernière décennie, le sport a connu une ascension fulgurante et les compétitions se sont multipliées. Il allie la technique et la créativité, et unit le soccer et l’art. Il faut être habile au sol, en position debout, être capable d’utiliser autant le haut que le bas du corps. Les juges évaluent le contrôle, l’exécution, l’originalité, la variété, la difficulté et la musicalité.

Une autodidacte

Mais bien que le soccer freestyle gagne constamment en popularité aux quatre coins du globe, il demeure encore plutôt méconnu au Québec et au Canada. Mathilde Fortier, qui a grandi à Charlevoix, n’était donc certainement pas prédestinée à connaître du succès sur la scène internationale.

Elle a joué au futsal à l'école secondaire, sans réellement faire partie d'équipes pendant un certain temps. Quand elle était en voyage ou en camping avec ses parents, elle passait des heures à jouer avec un ballon de soccer à l'extérieur.

J'ai fini par me joindre à une équipe, mais je voulais surtout améliorer ma technique, alors je regardais des vidéos sur YouTube. J'ai réalisé que ce que j'aimais, ce n'était pas vraiment les matchs, mais plutôt de jongler avec le ballon. J'ai fini par tout arrêter et j'ai commencé à me concentrer sur le freestyle à l'âge de 13 ou 14 ans, explique-t-elle en entrevue à Radio-Canada Sports.

Une athlète tient un ballon sur son pied alors qu'elle se trouve la tête en bas.

Mathilde Fortier est championne nord-américaine en soccer freestyle.

Photo : Gracieuseté Mathilde Fortier

Elle n'a jamais eu d'entraîneurs. Elle a récemment fait appel à une kinésiologue pour la première fois pour l'aider dans sa préparation physique, à mieux comprendre son corps et à avoir un horaire d'entraînement plus structuré. Sinon, elle a tout appris seule. Une autodidacte qui s'est inspirée de vidéos sur les réseaux sociaux et qui a par la suite commencé à créer ses propres séquences.

C’est devenu vraiment addictif, raconte-t-elle. Je pouvais passer des heures à répéter un mouvement jusqu'à temps que je le réussisse. J'adorais ça.

La piqûre du sport

Elle avait 15 ans lorsque d'autres adeptes du soccer freestyle lui ont offert de participer aux Championnats canadiens à Toronto. Avec ses parents, elle s'est rendue dans la Ville Reine et, même si les résultats n'ont pas été au rendez-vous, ce premier contexte de compétition lui a donné la piqûre pour le sport.

Puis, la pandémie de COVID-19. Une période qui aura ironiquement été déterminante dans ce qui allait devenir sa carrière.

Je m'entraînais pendant des heures. Je n'avais rien d'autre à faire. En 2022, je partais en Europe avec mes parents et j'ai fait des recherches pour finalement trouver une compétition en Tchéquie, se souvient-elle.

Cette compétition, c'était le Super Ball World Open, l'une des plus importantes organisées sur la planète. Contrairement aux Championnats du monde où l'on doit obtenir sa place lors de compétitions internationales, n'importe qui peut s'inscrire au Super Ball.

C'était ma première compétition internationale et je me suis presque rendue dans le top 8, dit-elle fièrement.

À la fin de l'année 2023, elle a cumulé les bons résultats. Elle s’est d’abord qualifiée pour les Championnats du monde au Kenya. Une expérience marquante, la plus belle de sa vie. Puis, elle a été invitée à une compétition organisée par Red Bull en Belgique, où elle a terminé 2e. Et c’est là que tout a décollé.

Trois athlètes soulèvent un trophée.

Mathilde Fortier a terminé 2e lors d'une compétition organisée par Red Bull en Belgique.

Photo : Gracieuseté Mathilde Fortier

En 2024, au Super Ball, elle a fini 4e, en battant notamment une ancienne championne du monde. Au Championnat nord-américain, elle a pris la 2e place, se qualifiant à nouveau pour les mondiaux. Encore une fois, elle a fini 4e.

J'ai refait le Championnat nord-américain l'année passée et j'ai perdu en finale. Encore 2e et ça m'a vraiment blessée. J'ai demandé de l'aide à une coach mentale. Je n'allais pas bien. Mais je ne pouvais pas abandonner. Le freestyle, c'est toute ma vie, confie-t-elle.

Elle s'est reprise en main, a pris du mieux, au point de finalement grimper sur la troisième marche du podium au Championnat du monde en Pologne l’année dernière.

Le week-end dernier, à Teotihuacán, au Mexique, elle est devenue championne nord-américaine. Un autre rêve devenu réalité pour l’athlète de 22 ans et elle n'a pas l'intention de s'arrêter là. Le prochain défi aura lieu au début du mois de décembre, aux Championnats du monde.

Un style bien à elle

Au cours des dernières années, Mathilde Fortier a développé son style, devenant particulièrement habile dans les tricks assis, ce qui est plutôt rare du côté féminin. Elle passe des heures, chaque jour, à créer, à répéter des gestes.

Il y a des entraînements où ce sera juste de la création. Parfois, je ne touche même pas au ballon. Je vais simplement bouger mon corps pour essayer de comprendre certaines choses. Parfois, ce sera plus artistique. Je vais mettre de la musique et j'essaie de faire des trucs sur le rythme. D'autres fois, c'est plus planifié et je vais répéter le même geste sans arrêt, explique-t-elle.

La création, c'est plus de janvier à mars, quand il y a moins de compétitions. Ensuite, je travaille la constance, surtout l'été et l'automne. Il faut que je sois capable de faire le même geste 150 fois de suite pour que ce soit parfait en compétition, ajoute-t-elle.

Une athlète fait tenir le ballon sur le côté de sa tête.

Mathilde Fortier est devenue championne nord-américaine de soccer freestyle.

Photo : Gracieuseté Mathilde Fortier

Elle arrive habituellement en compétition avec une séquence bien préparée d’environ 25 secondes sur une routine totale de 30 secondes, mais elle se laisse parfois une petite marge de manœuvre pour l'improvisation.

Vivre de son sport

Si Mathilde Fortier vit aujourd’hui de son sport, c’est avant tout grâce à des ateliers qu’elle donne dans les écoles ou à des spectacles. Les commanditaires se font rares et les bourses, même si elle est parmi les meilleures au monde, sont quasi inexistantes.

Pour le Championnat nord-américain, par exemple, tu obtiens une qualification pour les mondiaux et tu gagnes l'honneur, en quelque sorte. Les compétitions avec Red Bull, il y avait de l’argent, mais c’était peu. Le Super Ball, c’était juste la première place qui en avait. Les titres aident cependant à obtenir des contrats, souligne-t-elle.

Est-ce qu’elle rêve de devenir la meilleure au monde? Ce serait fou que de dire que non, mais au-delà des trophées, ce sont les valeurs et les liens qu’elle a créés qui auront marqué Mathilde Fortier depuis le début de son parcours en soccer freestyle.

Mon objectif n’a jamais été de gagner. Le freestyle m’a permis de prendre confiance en moi. Ce sport m’a permis de rencontrer mes meilleures amies. C’est toute ma vie. Que je gagne ou que je perde, je sais le travail que j’ai mis et je peux juste être fière de moi, assure-t-elle.

Ce n’est pas pour l’argent qu’on fait ça. C’est par passion.

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