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Zone 17 : la reprise de la chasse à l’orignal dépend d’un récent inventaire aérien

2 months ago 23

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À la mi-février 2026, l'heure de vérité a sonné. Pour savoir si les efforts de conservation des dernières années portent fruit, une équipe de recherche du ministère de l'Environnement du Québec s'envole en hélicoptère pour survoler les forêts boréales de la zone 17, près de Waswanipi. L'opération est d'une précision chirurgicale.

La zone a environ 20 000 km² d'habitat de l'orignal, puis on va en survoler environ le quart, détaille le biologiste Vincent Brodeur, du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. L'hélicoptère va survoler la parcelle à une altitude d'environ 100 mètres, à 500 mètres d'intervalle. Donc, on fait une couverture vraiment très serrée.

Le travail se fait en deux étapes. D'abord, l'équipe repère du haut des airs des pistes et les ravages d'orignaux, pour ensuite dénombrer un maximum de bêtes. Ces inventaires permettent d'évaluer la taille de la population, mais surtout sa capacité de reproduction, un indicateur clé pour l’avenir.

Non seulement on dénombre les orignaux, mais on va aussi procéder à l'identification de la proportion de faons par 100 femelles pour chacune des parcelles, précise M. Brodeur.

Les résultats de cette étape cruciale détermineront si le cheptel se stabilise, continue son déclin ou commence à se rétablir.

Vincent Brodeur à bord d'un hélicoptère.

Le biologiste Vincent Brodeur travaille pour le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Pour de nombreux résidents de la Jamésie, la chasse fait partie de l’identité régionale.

Nous, on est originairement des chasseurs de gros gibiers, affirme Guy Lafrenière, maire de Lebel-sur-Quévillon. Mais depuis trois ans, la chasse sportive est interdite pour un temps indéterminé.

Cette interdiction a pour lui des conséquences qui vont bien au-delà du loisir.

On nous a enlevé ce qu’on aimait. On nous a enlevé une des raisons pour lesquelles on vit dans le Nord-du-Québec, dit-il.

L'interdiction de chasser repose sur une réalité écologique et légale stricte. Elle vise les chasseurs sportifs, mais pas les membres de la Nation crie.

Un reportage de Benoît Livernoche à ce sujet sera présenté à l'émission La semaine verte diffusée sur ICI Télé samedi à 17 h (18 h 30 HA).

Une espèce vulnérable et en déclin

Contrairement à d'autres régions du Québec, la zone 17 offre un habitat plus difficile pour l'orignal.

La forêt boréale n’est pas très propice pour l’orignal parce qu’elle est dominée par les épinettes noires et les conifères. L’orignal va être beaucoup plus associé aux peuplements mixtes ou feuillus.

Cette réalité écologique se reflète directement dans les données des suivis scientifiques. Alors qu'on peut trouver quatre à cinq bêtes par 10 km² ailleurs au Québec, on peut s'attendre à avoir des densités d'environ un orignal par 10 km² dans la forêt boréale, observe M. Brodeur.

Une forêt de conifères.

L'orignal ne s'épanouit pas aussi bien dans la forêt boréale, où on trouve surtout des conifères, que dans les régions où il y a des arbres feuillus.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Pourtant, l'inventaire de 2009 avait apporté de très bonnes nouvelles : le cheptel se portait remarquablement bien. On estimait qu'on pouvait avoir une population d'environ deux orignaux par 10 km², se rappelle le biologiste. Un chiffre inespéré pour ce type d'habitat.

Or, cet élan a été brutalement freiné.

Douze ans plus tard, l'inventaire suivant a plutôt montré une détérioration majeure. En 2021, on était à un demi-orignal par 10 km², indique M. Brodeur.

Plusieurs facteurs peuvent affecter les populations animales : la présence de prédateurs comme les loups, l'incidence des maladies ou les changements climatiques. Mais dans la zone 17, les données du ministère pointent vers l’activité humaine.

C'est essentiellement la chasse autochtone qui serait la principale cause de mortalité des populations d'orignaux, confirme le biologiste Vincent Brodeur. On estime qu'il y a eu une libéralisation de la récolte et une croissance du nombre de chasseurs ou de la quantité d'orignaux prélevés par les Autochtones.

Un orignal marche dans la neige.

Le cheptel d'orignaux a baissé de plus du tiers, de 2009 à 2021, dans la zone 17.

Photo : Getty Images / Philippe Henry

Des droits protégés par traité

La situation est rendue encore plus complexe par les règles de la Convention de la Baie-James, signée en 1975 entre le gouvernement du Québec et la Nation crie. Ce traité garantit aux Cris un droit prioritaire de chasse pour leur subsistance.

Concrètement, les chasseurs cris ont droit à un minimum de 158 orignaux par année, de tout sexe, et ce, sans limite de saison. La Convention de la Baie-James n'établit pas de maximum et laisse aux Cris le soin de bien gérer la ressource. En comparaison, les chasseurs sportifs étaient autorisés à récolter environ 50 orignaux, seulement des mâles, pendant une courte période à l’automne.

Mais avec le déclin de la population, les scientifiques ont réduit la récolte totale recommandée à seulement 104 orignaux pour protéger l’espèce. Ce nombre reste inférieur au minimum garanti aux Cris par traité. Le partage avec les chasseurs sportifs devient mathématiquement impossible.

La solution immédiate a été d’interdire la chasse sportive en 2022.

Cette décision a inévitablement créé des tensions, raconte Guy Lafrenière, qui décrit une coexistence devenue plus fragile.

La décision d’arrêter la chasse sportive, ça a fait du frimas, ça a éloigné les Cris des Jamésiens. Tout le monde se surveille, ce n'est pas plaisant. Vivre sur le même territoire, c’est ensemble, c’est pas séparé.

Plan rapproché de M. Lafrenière.

Guy Lafrenière est le maire de Lebel-sur-Quévillon, dans le Nord-du-Québec.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

La Nation crie met en place sa propre gestion

Conscients de la fragilité de la population d'orignaux, les Cris ont entrepris de mieux encadrer leur chasse. C'est le travail de Gordon Saganash, gestionnaire de l’orignal pour la Nation crie d'Oujé-Bougoumou.

Je vais souvent sur le terrain pour rendre visite aux chasseurs dans leurs camps. Je dois rapporter au gouvernement de la Nation crie combien d’orignaux ils ont abattus, explique-t-il.

Des règles ont été mises en place, notamment une limite de prises par territoire de trappe.

En principe, c’est seulement deux orignaux par ligne de trappe, pas plus, renchérit M. Saganash. Aussi, il est interdit de chasser le soir, et d'utiliser la motoneige et les drones pour pourchasser les orignaux.

Gordon Saganash montre un formulaire.

Gordon Saganash est gestionnaire de l’orignal pour la communauté crie d'Oujé-Bougoumou.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Ce système repose sur le suivi, la déclaration et la responsabilisation des chasseurs. Cette réglementation s’apparente finalement aux modèles de gestion de la faune utilisés ailleurs.

C’est une façon d’instaurer la gestion de la faune, comme le Québec l'a fait, souligne le trappeur cri James Wapachee. Maintenant, nous appliquons la nôtre à la Nation crie. De cette façon, on évite la chasse excessive.

Un espoir fragile, mais partagé

Les données de ce nouvel inventaire aérien dicteront la suite des choses, mais il faudra du temps et des efforts soutenus pour que la population d'orignaux se rebâtisse.

La leçon de la zone 17 résonne aujourd'hui partout : pour que la cohabitation perdure sur le territoire, le partage et la conservation doivent aller de pair.

Malgré les divisions, plusieurs personnes souhaitent une solution équilibrée.

J’ai beaucoup d’amis blancs et je suis triste de ce qu’ils vivent. Il faudrait trouver une solution de partage avec eux, pour réussir à rouvrir la zone 17.

De son côté, Guy Lafrenière garde espoir de pouvoir retourner à la chasse.

Le minimum, c'est que les Jamésiens aient le droit d'aller à la chasse sur leur terrain, estime-t-il.

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