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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAprès des mois de campagne, les Albertains sauront lundi s’ils entament des démarches en vue d’un référendum contraignant sur leur indépendance ou s’ils ferment la porte à cette option. Dans cette province divisée, pendant que les électeurs s’apprêtent à voter, militants et politiciens se préparent pour le lendemain du scrutin.
Ici, pas de camp du oui ou du non. Le long de la route 2, entre Edmonton et Calgary, d’immenses affiches invitent les Albertains à voter pour l’option 1 ou l’option 2 le 19 octobre. S’ils choisissent l’option 1, l'Alberta reste une province canadienne. S’ils choisissent l’option 2, ils veulent entamer le processus menant à la tenue d’un référendum contraignant sur l’indépendance de leur province.
Depuis des mois, des groupes aux noms divers multiplient les assemblées citoyennes sur le terrain. Mais c’est l’opération charme de Mark Carney, cette semaine, qui a marqué la fin de la campagne.

Des partisans acclament le premier ministre Mark Carney à un rassemblement « Forever Canadian », à Calgary, le jeudi 15 octobre 2026.
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
De passage à Calgary et à Edmonton, le premier ministre a réitéré l’importance de l’unité canadienne, rappelant ses propres racines albertaines et son affection pour les Oilers d’Edmonton.
Un vote contre le Canada est un bluff dangereux qui mènera à des années d’incertitude profonde et d’occasions manquées pour les Albertains et les Canadiens, a-t-il déclaré, un rappel des conséquences du Brexit au Royaume-Uni, alors qu’il était gouverneur de la Banque d’Angleterre.

Mark Carney et Danielle Smith se sont croisés à Red Deer vendredi et ont affiché leur soutien à l'option fédéraliste à la question 10.
Photo : Radio-Canada / Lina Elsaadi
Dans une brasserie de Red Deer, à mi-chemin entre Calgary et Edmonton, le politicien le plus populaire auprès des Albertains en ce moment a poussé la note, chantant l'Ô Canada en compagnie de son homologue Danielle Smith, signe que, malgré les différends politiques, la discussion est toujours possible.
On a vu des changements importants ces derniers mois, a souligné la première ministre, en faisant allusion aux avancées des derniers mois, notamment le projet de pipeline Pacific Link et l’annonce récente de 8 milliards de dollars d’investissements militaires en Alberta. J’ai l’impression que, pour la première fois depuis longtemps, l’Alberta et le Canada travaillent main dans la main.

À Edmonton, le 17 octobre, des partisans se rassemblent pour appuyer la séparation de l'Alberta.
Photo : Radio-Canada / Tristan Mottershead
Pas en reste, les militants séparatistes ont tenu, samedi, devant l’Assemblée législative, leur propre love-in albertain. Des centaines de personnes sont venues soutenir la cause indépendantiste.
Un exercice à 10 questions
Annoncé en février, l’exercice populaire comprenait au départ neuf questions sur l’immigration et de nature constitutionnelle, visant notamment à obtenir plus de pouvoirs sur l’immigration, à restreindre l’accès des nouveaux arrivants à des programmes et à des services provinciaux, ainsi qu’à abolir le Sénat canadien et à obtenir le pouvoir de nommer des juges.
La question sur la séparation s’est ajoutée à la suite d’initiatives citoyennes demandant la tenue d’un référendum sur l’indépendance à la faveur de la loi sur les initiatives citoyennes.

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, lors de son discours télévisé diffusé le 21 mai 2026 annonçant l'ajout d'une question référendaire sur l'avenir de l'Alberta au sein de la Confédération.
Photo : The Canadian Press / HO
Une fois aux urnes, lundi, les Albertains devront ainsi remplir dix bulletins de vote distincts et les déposer dans 10 boîtes différentes. Un exercice sans précédent dans l’histoire de la province, souligne la sondeuse Janet Brown : Comme sondeuse, ça m’inquiète, ça rend les prédictions difficiles.
Des prédictions d’autant plus difficiles que les militants séparatistes sont extrêmement mobilisés sur les réseaux sociaux et sur le terrain. Plusieurs observateurs n’hésitent d'ailleurs pas à comparer l’exercice référendaire albertain au Brexit au Royaume-Uni.
Le piège pour le camp de l’option 1, ce sera le taux de participation, comme avec le Brexit, ajoute Janet Brown. Qu’est-ce qui va se passer si 100 % des séparatistes se pointent et seulement 50 % des non-séparatistes?
Des citoyens mobilisés
En date de samedi, dernière journée où les électeurs pouvaient voter par anticipation, plus de 1,2 million d’électeurs s’étaient déjà exprimés, soit plus du tiers des citoyens.
À la sortie des urnes, les avis divergent. On doit s’assurer d’être entendus, raconte Alex Stohanic, une infirmière de Red Deer et qui a voté pour l’option 1. On ne peut pas laisser une minorité bruyante dicter le futur de notre province.
Rencontré à Calgary, Brad Cooper, lui, juge que l'exercice constitue une perte d’argent et de temps.
Andrew Campbell, qui a travaillé dans l’industrie pétrolière dans les années 1980, estime pour sa part qu'un résultat serré donnerait à la province une voix renforcée pour négocier avec Ottawa.
J’aime le Canada, mais je voudrais voir l’Alberta avoir une voix plus forte au sein de la Confédération et prendre en main sa propre destinée sur certains dossiers.

De gauche à droite : Cory Morgan, Tanya Clemens et Chris Scott, trois des leaders du mouvement séparatiste albertain.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Au sein du mouvement séparatiste, c’est d’ailleurs souvent l’argument avancé pour inciter les gens à voter pour l’option 2 : il ne s’agit pas réellement d’un vote pour la séparation.
Si on vote pour l'option 2, ça va donner à notre gouvernement provincial le pouvoir et l’appui nécessaire pour négocier avec Ottawa notre avenir dans la Confédération, disait le mois dernier Tanya Clemens, de Let Alberta Decide lors d’une assemblée citoyenne à Calgary.
Préparer l’après-référendum
Selon les récents sondages, moins de 30 % des électeurs sont favorables à la séparation. Plusieurs militants séparatistes se préparent à une défaite le 19 octobre.
On a tous les partis fédéraux et provinciaux et toutes les municipalités en Alberta qui sont ouvertement dans le cadre du non, déplore le militant souverainiste Benoit Trudeau, pour qui il s'agit d’un combat de David contre Goliath. Pendant que Danielle Smith prend 4 millions de dollars de nos taxes (pour faire la promotion de l’unité canadienne), depuis mars, je paye de ma poche mon essence pour faire campagne.
Même avec un résultat de 20 à 25 % (en faveur de l’option 2), ça va déjà être un miracle, parce que, si les règles avaient été solides et égales, ce que ça me dit, c'est que le résultat aurait été beaucoup plus haut.
Les sondages nous donnent perdants, mais je vois des pancartes bleues partout, alors je ne sais pas ce que ça va donner lundi, raconte Chris Scott, de Let’s Talk Alberta. Depuis plusieurs mois, lui et son groupe ont roulé à travers l’Alberta à la rencontre de la population. Je ne sais pas ce que ça va donner le 19 octobre, mais peu importe le résultat, les gens commencent à en parler, dit-il.

Le chef du NPD albertain, Naheed Nenshi, lors d'un événement à Calgary pour maintenir l'Alberta au sein de la fédération canadienne.
Photo : Radio-Canada / Jordan Zee
Rencontré à l’occasion de son dernier blitz, le chef néo-démocrate, Naheed Nenshi, de son côté, craint le lendemain de l’exercice référendaire.
Il y aura beaucoup de gens en colère, car ils sont dans une chambre d’écho et ont passé les derniers mois en pensant que tout le monde était d’accord avec eux. Quand on perd un référendum, particulièrement si on perd de façon importante, c’est très difficile.

Les indépendantistes constituent plus de la moitié des militants au sein du Parti conservateur uni.
Photo : Radio-Canada / Emmanuel Prince-Thauvette
Une colère qui pourrait aussi se retourner contre la première ministre, Danielle Smith, accusée par l’aile fédéraliste de son parti d’avoir donné des ailes au mouvement séparatiste et par les séparatistes – qui sont majoritaires au sein du Parti conservateur uni (PCU) – d’avoir créé un exercice référendaire pour faire taire le mouvement.
Déjà, on prépare la bataille à l'intérieur du Parti conservateur uni, souligne le politologue Frédéric Boily de l’Université de l’Alberta, rappelant que le parti tiendra son assemblée générale annuelle du 27 au 29 novembre prochains.
Comme si on savait déjà qu'avec le référendum on avait peut-être perdu, mais que la bataille continue à l'intérieur du parti.


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