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Cri d’alarme des Autochtones argentins face à la dépossession de leurs terres

1 month ago 11

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Des communautés autochtones de l’Argentine dénoncent les politiques du gouvernement de Javier Milei qui visent, disent-elles, à les dépouiller de leurs terres au profit de grands propriétaires et d’entreprises étrangères.

Des représentants de communautés situées dans différentes régions du pays ont tenu une conférence de presse virtuelle, vendredi, à partir de leurs terres respectives, pour alerter la communauté internationale sur ce qu’elles estiment être une offensive coordonnée contre les droits des peuples autochtones.

C’est important que le monde sache ce que nous vivons, a expliqué Noelia Huenumil, Inan Longko (vice-cheffe) de Lof Melo, une communauté mapuche, qui a récemment fait l’objet d’une tentative d’éviction.

Nous avons des droits constitutionnels, mais ils ne sont pas respectés. Le monde doit connaître notre réalité.

Nous pensions avoir consolidé la démocratie, mais elle est en train d’être détruite, a ajouté Mauro Millan, de la communauté Pillán Mahuiza, dans la province de Chubut, qui a subi des perquisitions massives en 2025. Le gouvernement accusait les Mapuches d’être responsables d’incendies qui ont ravagé la région.

Depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2023, le président Javier Milei a mis en place une série de mesures qui ont augmenté l’insécurité des communautés, ont dénoncé les participants à la conférence de presse.

Il a d’abord restructuré l’organisme responsable des Autochtones, l’Institut national des affaires autochtones (INAI), lui enlevant toute autonomie. Il a ensuite dissous la Commission sénatoriale sur les peuples autochtones et mis fin au registre national des communautés. Plus symboliquement, il a changé le nom du Salon des peuples autochtones, dans le palais présidentiel, qui s’appelle maintenant Salon des héros des Malouines.

Javier Milei, Jorge Macri et Martin Menem devant des officiers de la marine.

Le président argentin, Javier Milei, assiste à une cérémonie commémorant le 44e anniversaire de la guerre des Malouines, en compagnie du maire de Buenos Aires, Jorge Macri, et du président de la Chambre des députés, Martín Menem, sur la place San Martín, le 2 avril 2026, à Buenos Aires.

Photo : Getty Images / Tomas Cuesta

En novembre 2024, l’Argentine a été le seul pays à voter contre une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU concernant la protection et la promotion des droits des peuples autochtones.

En décembre 2024, le président Milei a décrété la fin de l'état d'urgence territoriale qui suspendait les expulsions des peuples autochtones de leurs territoires ancestraux tant que des relevés des terres traditionnellement occupées n’étaient pas effectués.

Selon le gouvernement, cet état d’urgence engendrait une insécurité juridique et portait gravement atteinte au droit de propriété des propriétaires légitimes […] ainsi qu’au droit de propriété sur les ressources naturelles des provinces.

Le gouvernement national érige en l'un de ses piliers fondamentaux le respect absolu de la propriété privée, en considérant ce droit non seulement comme un principe de justice, mais aussi comme un facteur clé pour attirer les investissements nécessaires au véritable bien-être du pays, est-il écrit dans l’Acta de mayo (l'Acte de mai), un document politique d’orientation signé en juillet 2024 par le président et les gouverneurs de 18 provinces (sur 23).

Le gouvernement Milei tente maintenant de faire adopter la Loi sur l'inviolabilité de la propriété privée, pour que les évictions soient traitées selon un mécanisme accéléré, qui autoriserait la restitution du bien avant même que le litige ne soit tranché.

Des policiers s'approchent d'une hutte.

Des policiers fédéraux notifient les membres du Lof Pailako, une communauté appartenant au peuple Mapuche-Tehuelche, de leur éviction imminente, en janvier 2025.

Photo : Roxana Sposaro

Vous pouvez occuper votre territoire depuis 200 ans et avoir légalement entamé une procédure de reconnaissance de votre titre de propriété, mais on vous expulse d'abord, et ce n'est qu'ensuite que l'on examine le fond de l’affaire, explique en entrevue la militante mapuche Moira Millan, une des organisatrices de la conférence de presse.

Le 6 août dernier, le Sénat a accordé son approbation à la loi après le retrait de deux chapitres, dont un qui ouvrait la porte à l’achat de terres par des étrangers sans aucune restriction.

Même si la chambre des représentants doit encore se prononcer sur le projet de loi, les efforts d’expulsion se multiplient sur les terres autochtones convoitées pour l’exploitation minière et d'autres formes d’extractivisme, dont le président est un promoteur.

Capture d'écran d'Amancay Quintriqueo et de Noelia Huenumil.

Amancay Quintriqueo et Noelia Huenumil, des Lof Kinxikew et Lof Melo, ont dénoncé les évictions lors de la visioconférence du 4 septembre.

Photo : Capture Zoom

Amancay Quintriqueo est de la communauté mapuche Lof Kinxikew, située près de Bariloche, dans le nord de l’Argentine. Sa communauté a été visée en même temps que celle de Lof Melo, le 19 août dernier. Il s’agissait de la huitième tentative de les expulser d’une zone qu’une famille d’origine belge réclame depuis 2011, a-t-elle expliqué. Plus de 130 personnes issues des deux communautés revendiquent une occupation ancestrale des lieux sur les rives du lac Nahuel Huapi, dans le parc national du même nom.

La communauté s'est opposée à l’assaut des forces de sécurité, aidée par un millier de militants venus de l’extérieur, et les expulsions n’ont finalement pas eu lieu.

Un tribunal argentin a par la suite suspendu l’éviction, invoquant un vice de procédure dans la mise en œuvre de l'expulsion elle-même.

Nous allons résister jusqu’aux dernières conséquences afin de préserver ce territoire et ses ressources naturelles, a insisté Noelia Huenumil.

Ils veulent prendre l’eau et les ressources. Il faut être conscients que c’est pour cela qu’ils viennent, pas seulement pour la terre, mais pour les richesses que nous avons préservées pendant tant d’années.

Mauro Millan, de la communauté Pillán Mahuiza, a dénoncé l’arrivée de capitaux pervers et de magnats de la technologie, qui veulent ouvrir des centres de données dans des régions où habitent les communautés autochtones, riches en eaux et en minéraux critiques.

Vue sur une saline.

Un de plus grands déserts de sel du monde, Salinas Grandes, se trouve à cheval sur les provinces de Jujuy et de Salta. Il est convoité pour ses réserves de lithium.

Photo : Reuters / AGUSTIN MARCARIAN

Le nord de l’Argentine, et particulièrement les provinces de Jujuy et de Salta, fait partie du triangle du lithium, une zone qui abrite 85 % de toutes les réserves connues de ce métal.

Or, la protection des ressources de la Patagonie dépasse largement les Autochtones de l’Argentine, a souligné Mauro Millan. C’est comme pour la préservation de l’Amazonie : l’enjeu concerne l’humanité en entier, a-t-il estimé.

Ici, dans le Cône sud, il y a plus de 50 peuples autochtones qui luttent pour cette planète, pour l’eau, pour que le monde soit encore respirable, a affirmé M. Millan.

Nous avons besoin de solidarité parce que nous sommes persécutés, assassinés, dépouillés de nos territoires.

C’est le même message que porte l'activiste Moira Millan : Nous faisons un appel au monde entier parce que nous avons espoir que cette pression sociale globale pourra avoir une incidence sur l’opinion publique argentine. Nous sommes dans une période de recul total et de danger.

À la conférence de presse était également présente Florencia Solis, une représentante du collectif Marche de Warmis-Femmes du Kollasuyu, un groupe de sept femmes kollas qui ont marché depuis la province de Jujuy jusqu'à Buenos Aires pour dénoncer au Congrès l'extractivisme, la pollution de l'eau et la spoliation des communautés.

Les communautés comptent poursuivre leurs moyens de pression à l'échelle nationale et internationale. La cause a également été portée devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme.

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