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Des artefacts dénichés sur le chantier de la Maison de Radio-Canada désormais accessibles

4 hours ago 10

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Dans le cadre des travaux de la nouvelle Maison de Radio-Canada, plusieurs milliers d’artefacts témoignant de la vie ouvrière du Faubourg à m’lasse ont été trouvés par des archéologues. Cette collection, d’une « valeur exceptionnelle », a été récemment remise à la Ville de Montréal, qui la rendra accessible aux chercheurs.

Pour l’instant, aucune exposition n’est dans les cartons. Toutefois, le fait que cette collection soit désormais en possession de la Réserve des collections archéologiques de la Ville permet de la rendre accessible aux chercheurs qui souhaiteraient en faire l’étude, souligne un porte-parole de l'administration montréalaise.

Entre octobre 2016 et décembre 2017, plus de 5000 objets ont été extirpés du site bordant la rue Papineau. Les plus intéressants, soit 2 % d'entre eux, ont été catalogués.

Ils témoignent des débuts de la société de consommation et du passé ouvrier du Faubourg à m’lasse, un quartier populaire dont le cœur a été rasé en 1963 pour faire place à la Maison de Radio-Canada.

C’est une collection d’une valeur exceptionnelle, car riche d’informations quant à la vie domestique urbaine de familles ouvrières ou bourgeoises qui ont occupé les lieux au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle, explique Isabelle Hade, gestionnaire du laboratoire chez Ethnoscop.

La grande quantité d’objets entiers est également impressionnante et une mise en valeur de type exposition pourrait être intéressante à réaliser.

Voici une dizaine d’objets qui ont retenu notre attention... Une passionnante plongée (imaginez ici la voix de Charles Tisseyre) à saveur archéologique et historique, avec aussi un petit côté téléachat.

150 ans avant Consignaction

Au début des années 1900, la bouteille ci-dessous a révolutionné le marché par l’utilisation d’une capsule de métal permettant d'assurer une meilleure étanchéité, un gain non négligeable à l’heure de la popularité grandissante des sodas.

La cicatrice d’aspiration présente sur la base de la bouteille permet de la relier à une production par l’Owens Automatic Bottle Machine, indique le rapport d’archéologues.

Cette machine automatique, inventée en 1903 par Michael J. Owens à Baltimore, était capable de remplacer près de 200 souffleurs de verre. Elle a davantage contribué à l'élimination du travail des enfants dans les verreries que toutes les mesures législatives prises jusqu'alors, mentionne l’American Society Of Mechanical Engineers sur son site web.

Un montage photo montrant une vieille machine complexe et une bouteille.

L’Owens Automatic Bottle Machine a marqué les débuts de la production industrielle de bouteilles, comme celles de la marque Gurd.

Photo : Canva

Incrustée dans le verre de la bouteille, on peut lire la mention Chas Gurd Co, en référence à Charles Gurd, qui a fondé l’entreprise en 1868. À l’époque, on vendait de l’eau gazéifiée et de l’eau aérée (pour éliminer le goût et les odeurs de soufre), ainsi que des boissons gazeuses de meilleure qualité que l’eau de la ville, non filtrée et polluée, mentionne le site web de l'entreprise familiale qui est toujours en activité.

En 2020, après plusieurs années de dormances, les descendants de Charles Gurd ont racheté les droits sur la marque à la société Keurig Dr Pepper Inc, afin de relancer l'entreprise.


Autres bouteilles d’intérêt

Un photomontage de trois bouteilles anciennes.

Un montage de bouteilles retrouvées sur le site archéologique. À gauche, une bouteille de « fluid beef ». En bas à droite, une bouteille de type torpille. Et en haut à droite, une bouteille de médicament de la firme R.R.R. Radway de New York, capable de guérir presque tout.

Photo : Ethnoscop

  • Une bouteille de fluid beef. Outre la préparation des repas, le bouillon était considéré comme un fortifiant capable « d’enrichir le sang ».
  • Une bouteille de type torpille servant à conserver du soda ou de l’eau minérale de façon couchée pour assurer l’étanchéité du bouchon de liège.
  • Une bouteille de médicament de la firme R.R.R. Radway de New York, capable de guérir à la fois les névralgies, la goutte, la sciatique, la nervosité, la fièvre, lʹindigestion, la variole, la rougeole, les crampes, les spasmes, le lumbago, les maux de tête et les maladies cardiaques.

Une pipe blanche dont le tuyau est fendillé rendant la pipe inutilisable.

Cette pipe mesure 10,7 cm de longueur et possède un tuyau représentant une branche d’arbre, tandis que le fourneau a la forme d'un gland de chêne.

Photo : Ethnoscop

Des pipes à la pelle

Durant les fouilles, les archéologues ont retrouvé les fragments de près de 200 pipes.

Pas étonnant. Durant la seconde moitié des années 1800, Montréal est devenue une plaque tournante dans l’industrie pipière canadienne avec l’établissement des pipiers écossais Henderson et Bannerman, qui utilisent entre autres l’argile locale et dont les fabriques se trouvaient dans le quartier.

Comme aucune date n'apparaît sur l’objet représentant un gland de chêne, les archéologues supposent qu’il a été produit avant 1891. C’est cette année-là que le McKinley Tariff Act est entré en vigueur. Cette loi imposait l’identification du pays d’origine de tous les produits étrangers entrant aux États-Unis. Ils étaient ensuite généralement frappés d’un droit de douane de 50 %.

Bref, à l’époque, on parlait déjà des tarifs imposés par nos voisins du Sud!


Un montage photo. À gauche, un bouchon avec des inscriptions à l'encre bleue. À droite, un croquis montrant le biberon au complet.

Un bouchon associé au biberon Princesse (à gauche). Ce dernier a été produit de 1871 à 1890, en Angleterre, avant d'être retiré du marché comme les modèles similaires d'autres marques, dont le biberon Alexandra (à droite).

Photo : Ethnoscop / Baby Nottle Museum

Un bouchon du biberon tueur

Ce bouchon en terre cuite contient une perforation ronde en son centre pour faire passer un tube en caoutchouc qui relie la tétine au contenu du biberon.

Ce bouchon est associé au biberon Princesse et a été produit de 1871 à 1890 par Guillaume Mather à Manchester, en Angleterre. Ce genre de bouchon de biberon est rarement rencontré sur les sites archéologiques du Québec, écrivent les archéologues qui ont trouvé cet artefact dans les latrines d’un professeur habitant le quartier.

Cette variété de biberons a connu un grand succès. Très difficile à nettoyer et formant conséquemment un véritable nid de bactéries, il fut nommé le "biberon tueur" et interdit en 1910.

C’est à cette époque que le monde médical recommande de faire bouillir le lait et les biberons. Avant, le lait était souvent vendu en vrac dans les épiceries après avoir patienté des heures durant dans des bidons pas toujours bien nettoyés.

Le rôle protecteur des latrines

Une bonne partie des objets qui ont été découverts par l’équipe d’archéologues se trouvaient dans d’anciennes latrines. Ce n'est qu'à partir des années 1870 que le quartier commence à être raccordé aux égouts. Avant cela, il revenait donc à chaque maisonnée, commerce ou établissement de gérer ses déjections.

Dans les latrines et les fosses à déchets, des objets souvent entiers ou brisés sont jetés ensemble, dans une même zone, ce qui permet aux archéologues de reconstituer l’objet plus facilement, permettant ainsi d’en retirer plus d’informations, explique Isabelle Hade, gestionnaire du laboratoire chez Ethnoscop.


Les deux côtés d'une vieille pièce oxydée.

Cette pièce de un cent a été émise par la Banque du Canada à partir de 1837 pour pallier le manque de petite monnaie.

Photo : Ethnoscop

Un jeton de commerce

Cette pièce de un cent a été émise à l'intention de l’une des quatre banques autorisées (la Banque de Montréal, la Banque du Peuple, la City Bank et la Quebec Bank), et ce, afin de pallier le manque de petite monnaie à la suite d'une décision gouvernementale.

On y voit un homme habillé des traditionnels bonnet et ceinture fléchée qui ressemble fortement à l'iconographie utilisée pour représenter le chef des patriotes, Louis-Joseph Papineau.

Ces jetons émis autour de 1837 prendront d’ailleurs rapidement le surnom de papineaux. Exemple : Tu me dois trois papineaux.


Montage photo d'un bouton noir et d'un pot en terre cuite avec des inscriptions écrites à l'encre de Chine.

À gauche, un bouton de 2,1 centimètres qui porte la mention « GOODYEAR/P.T. 1851/N&R Co ». À droite, un pot de pâte d'anchois fabriqué par Charles Wix, avec les armoiries britanniques : la rose, le lion, la licorne et le chardon.

Photo : Ethnoscop

Accessoires de la vie quotidienne

Des boutons faits de différents matériaux (verre, métal, os, nacre) ont été trouvés en très grande quantité sur le site, mentionnent les archéologues.

Toutefois, un bouton en caoutchouc, c’est plutôt rare : seul un tel bouton a été trouvé aux abords de l'autoroute Bonaventure il y a une quinzaine d’années.

Le bouton porte l’abréviation P.T, ce qui signifie qu’il est protégé par un brevet (patent en anglais). C’est l’Américain Charles Goodyear qui, en 1839, a inventé accidentellement le procédé de vulcanisation associé au caoutchouc en échappant du caoutchouc indien dans du soufre sur un poêle chaud, mentionne le rapport des archéologues.

Un contenant de pâte d’anchois de la compagnie Wix fait aussi partie des artefacts d'intérêt trouvés sur le site.

La pâte de ce petit poisson de la Méditerranée servait depuis l’Antiquité (c’est-à-dire environ 2400 ans) à relever la saveur de certains plats. Bref, c’est l'ancêtre du ketchup!

Il s’agit d’un produit d’importation probablement destiné à une clientèle aisée. C’est un goût typiquement anglais que les familles bourgeoises du faubourg ont adopté, évoque le rapport.


Un site de fouilles avec des échelles et des pelles.

En 2016 et 2017, des interventions archéologiques ont été effectuées dans le stationnement de Radio‐Canada (site BjFj‐185), avant et pendant les travaux d’excavation requis pour la construction de la nouvelle Maison de Radio‐Canada.

Photo : Ethnoscop

De l'intérêt pour les « écofacts »

Parmi les milliers d'éléments extirpés durant les fouilles, une bonne partie n'était pas des artefacts, mais plutôt des os d'animaux, des coquilles ou des graines, surnommés « écofacts » dans le jargon.

Ceux-ci permettent d'évaluer le régime alimentaire des habitants du quartier, mais aussi d'analyser les différences selon le statut social. Certaines plantes non comestibles apparaîtront aussi dans les dépôts provenant des latrines ou d’ailleurs; il s’agira souvent de mauvaises herbes, mais parfois de plantes médicinales ou d’autres cultivées pour leur fibre, prévoyaient les archéologues dans un document rédigé avant le début des fouilles.

Des analyses en zooarchéologie et en macrorestes végétaux sont toujours pertinentes en archéologie, résume Isabelle Hade. Elles permettent de reconstituer les habitudes alimentaires de l'époque, les types cultivés ou en vente au marché, l'état de l’agriculture locale et de la cueillette ainsi que les types d'aliments importés.

L'intérêt des chercheurs pour le quartier ne date pas d'hier. Depuis 1987, une vingtaine de fouilles archéologiques y ont été menées. À l'échelle montréalaise, c'est encore plus. Les fouilles sur le site de Radio-Canada portent la classification administrative BjFj‐185, ce qui signifie qu'il s'agit du 185e site étudié sur l'île à l'est du mont Royal. Actuellement, on est rendu à BjFj-230.

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