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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayCes dernières semaines, la municipalité de Val-David, dans les Laurentides, est devenue le théâtre, malgré elle, d’actes homophobes inquiétants. Brûlé, coupé, déchiré : le drapeau arc-en-ciel hissé devant la petite gare pour souligner la semaine de la Fierté a été vandalisé à cinq reprises.
Un matin, c’est le mât qui était carrément arraché. Le drapeau, en lambeaux, se trouvait par terre. Je trouve ça triste, se désole le maire, Jean-Claude Rocheleau, qui n’aurait jamais pensé voir de tels actes commis dans sa municipalité.
On a quand même une importante communauté de personnes LGBTQ+, ici. On n'a jamais eu de problèmes. Je pense que ce sont quelques individus qui font ça. Ce n’est pas le reflet du tout de mes citoyens de Val-David, poursuit-il.
Cette violence, l’équipe municipale a aussi pu la constater sur ses réseaux sociaux, où elle avait présenté l’installation du drapeau. On a eu des commentaires haineux, déplacés, vraiment inappropriés. Notre service de communication a dû faire le ménage sur la page Facebook de la municipalité, déplore Jean-Claude Rocheleau.

Le drapeau arc-en-ciel, hissé sur la petite gare de Val-David pour souligner la semaine de la Fierté, a été vandalisé à cinq reprises.
Photo : Courtoisie municipalité de Val-David
En tant qu’allié de la communauté LGBTQ+, le maire a lui-même été victime de propos haineux en ligne. Malgré cette vague de gestes homophobes, la municipalité a choisi de réinstaller le drapeau.
À Val-David, on est inclusifs, on est pour la diversité et on veut continuer à l'afficher. On ne se laissera pas intimider non plus.

Jean-Claude Rocheleau, le maire de Val-David. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Denis Wong
Un conseiller municipal ciblé
Cette montée de la violence homophobe se fait sentir jusque dans les conseils municipaux. À Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie, un conseiller municipal raconte avoir été la cible de propos homophobes dans le cadre de ses fonctions.
Sur le coup, j'ai été stupéfait, parce que je ne m'attendais pas à ça. Ce n'est pas arrivé fréquemment. Ici, à Saint-Hilaire, c'est une petite communauté, donc les gens se connaissent pas mal plus, réagit Gaston Meilleur, qui a été réélu à ce poste lors des élections municipales de 2025.
Les propos hostiles à son égard, prononcés lors d’un conseil municipal, n’ont malheureusement pas été captés par la caméra qui l’enregistrait, regrette l’élu. Il précise que la personne qui en est à l’origine avait déjà fait des commentaires désobligeants auparavant, pas nécessairement homophobes.
Avec les années, je me suis quand même fait une carapace par rapport à ça. Je trouve juste ça désolant pour les gens qui le font.
Il salue la réaction de la municipalité, qui a pris l’incident au sérieux. Je pense que c'est important de le dénoncer, puis je vais continuer à le faire aussi, promet-il.
Vague de haine en ligne
Ces actes hostiles sont loin d’être des cas isolés. À quelques semaines des élections provinciales, des candidats de plusieurs partis issus de la diversité sexuelle et de genre tirent la sonnette d'alarme face à une avalanche de messages haineux.
La présidente de Québec solidaire (QS) et candidate dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Roxane Milot, qui s’identifie comme bisexuelle, observe une vague de haine en ligne d'une ampleur exceptionnelle et inquiétante ciblant les candidats 2ELGBTQI+.

Roxane Milot est la présidente de Québec solidaire. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby
Elle raconte avoir été elle-même la cible, encore une semaine auparavant, de messages haineux et de trolls sur les réseaux sociaux.
Son parti a lui-même fait les manchettes récemment, avec le retrait d'une de ses candidates, Vanessa Durand, qui avait proféré des propos haineux en ligne à l'égard des partisans du Parti québécois issus des communautés 2ELGBTQI+.
Le péquiste Philippe Schnobb, candidat dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques et issu de la diversité sexuelle et de genre, se dit aussi exposé à des messages haineux à caractère homophobe, dont certains ont pris récemment la forme de menaces plus inquiétantes.
Sur une de ses publications en ligne, on peut lire ce genre de commentaires : Les tapettes, on n’en veut pas sur cette planète, si tu viens chez nous, un 2x4 t’attend que je vais te mettre dans ton trou de cul.
L'individu derrière ce commentaire ciblerait régulièrement le candidat avec des propos intolérables qui sont ni plus ni moins que des menaces, selon. M. Schnobb. Il indique ne pas vouloir, pour le moment, poursuivre cet individu en justice.
LGBTQ+ ou 2ELGBTQI+?
Les personnes interrogées dans le texte utilisent les deux acronymes, et nous avons choisi de garder celui auquel elles se réfèrent.
L’acronyme LGBTQ+, souvent utilisé dans le langage courant, regroupe les personnes lesbiennes (L), gaies (G), bisexuelles (B), transgenres (T) et queers (Q). Le + sert de symbole inclusif pour toutes les autres identités (asexuelles, pansexuelles, etc.) sans les nommer.
L’acronyme 2ELGBTQI+, adopté par le gouvernement du Canada en 2022, représente les personnes bispirituelles (2E), lesbiennes (L), gaies (G), bisexuelles (B), transgenres (T), queers (Q) et intersexuées (I), ainsi que les personnes faisant partie des communautés de la diversité sexuelle et de genre qui utilisent une autre terminologie (+).
C'est un problème auquel font face tous les principaux partis au Québec, confirme Philip Laflamme, conseiller principal, contenu et communications au Parti libéral du Québec (PLQ). Même des candidats qui ne sont pas nécessairement issus de la diversité sexuelle et de genre peuvent recevoir des insultes à caractère homophobe et transphobe, des fois juste parce qu'on est membre du parti et que le chef est gai.
Le chef du Parti libéral, Charles Milliard, ouvertement gai, est fréquemment la cible de propos haineux en ligne.

Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
L'équipe du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, lui aussi ouvertement gai, dit être confrontée au même phénomène, mais affirme ne pas vouloir lui donner de l’importance.
Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), une veille serrée des réseaux sociaux des candidats est assurée, fait savoir le directeur des communications de la première ministre, Christine Fréchette, qui déplore bien sûr ce genre d'attaques.
Un recul considérable
Pour Olivier Ferlatte, professeur à l'École de santé publique de l’Université de Montréal, la recrudescence de l’hostilité envers les élus et les membres de la communauté LGBTQ+ au Québec est un véritable recul social. Selon lui, elle s’explique par plusieurs facteurs.
Il pointe l’instrumentalisation des enjeux de diversité, utilisés comme symboles dans la guerre culturelle que mènent des partis de la droite populiste. Ils se servent des enjeux trans ou des enjeux LGBTQ+ pour dire que la gauche est allée un peu trop loin avec ses politiques d'équité ou ses politiques de droit, souligne-t-il.
Ensuite, il y a le rôle délétère des médias sociaux dans la propagation de la désinformation et la normalisation des discours haineux, qui peut nuire gravement à la santé mentale des personnes ciblées.

Olivier Ferlatte, professeur à l'École de santé publique de l’Université de Montréal (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier
Des rumeurs racontent que les enfants doivent mettre en question leur identité de genre, ou même qu’ils subissent des chirurgies de changement de sexe. Elles sont largement démenties par les données scientifiques, mais elles circulent énormément sur les réseaux sociaux et d'une certaine façon, alimentent la peur, rappelle-t-il.
Il énumère des pistes de solution : lutter contre la désinformation, soutenir les organismes communautaires souvent sous-financés, investir dans l'éducation ou encore créer des espaces de dialogue pour favoriser une meilleure compréhension des réalités.
Il prône aussi un leadership politique plus fort et plus affirmé sur ces questions.
Cette année, on va avoir des élections au Québec. Je pense que c'est une occasion de réaffirmer que les droits des personnes LGBTQ+ sont des droits fondamentaux, et non des enjeux de polarisation politique.

2:14
Le reportage de Camille Kasisi-Monnet
QS et le PLQ disent avoir pris des mesures pour soutenir leurs candidats issus de la diversité sexuelle et de genre, en créant des groupes de soutien et des formations pour apprendre à gérer les situations violentes.
Car, avec cette montée de la haine envers ces élus, la crainte est évidemment qu'ils renoncent à s’engager en politique.
J'espère que les gens qui veulent se présenter, qui ont des idées, qui ont des opinions, vont le faire. Peu importe l'orientation, peu importe la couleur, peu importe l'identité de genre, réagit Gaston Meilleur.
Avec les informations de Camille Kasisi-Monet et La Presse canadienne


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