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Et si les élections de 2022 avaient eu lieu dans les nouvelles circonscriptions du Québec?

7 hours ago 3

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Répartir les voix exprimées il y a quatre ans en fonction de la carte électorale qui servira cet automne ne génère guère de résultats surprenants : dans cet univers parallèle, la Coalition avenir Québec (CAQ), majoritaire, aurait simplement remporté deux sièges de plus. Or, l'exercice en vaut tout de même la peine, et voici pourquoi.

Au-delà des chiffres, il y a une grosse game politique dans le redécoupage électoral, affirme sans détour Philippe Gougeon, qui a travaillé comme directeur de cabinet du ministre des Finances, Eric Girard, de 2020 à 2022.

Après un processus anormalement politisé d'environ trois ans, le Québec s'est doté d'une nouvelle carte électorale à quelques mois du prochain scrutin. Deux nouvelles circonscriptions y ont été ajoutées, faisant passer leur nombre de 125 à 127 : Bellefeuille, dans les Laurentides, et Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, dans le Centre-du-Québec.

Or, deux comtés appelés à disparaître – Gaspé et Anjou–Louis-Riel – ont aussi été conservés, et ce, malgré l'avis contraire de la Commission de la représentation électorale, un organisme apolitique chargé de redessiner la carte, une élection générale sur deux, afin de refléter les mouvements d'électeurs.

Philippe Gougeon explique que, si la CAQ s’est battue pour conserver ces deux circonscriptions qu'elle a remportées en 2022, c'est en bonne partie parce qu'elle voulait montrer qu'elle défend les régions; une condition sine qua non pour former un gouvernement au Québec, selon lui.

Idem pour le Parti libéral du Québec (PLQ), Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ), qui ont tous appuyé la création de la nouvelle carte, et qui, ce faisant, défendaient eux aussi leurs intérêts, selon M. Gougeon.

Selon les projections actuelles, le PQ devrait l'emporter dans Gaspé, et le PLQ dans Anjou–Louis-Riel, fait-il remarquer. Et si on regarde les deux nouvelles circonscriptions créées, elles sont dans des régions propices au PQ et à la CAQ. Le parti qui formera le gouvernement risque de remporter les deux.

Ce redécoupage a eu un effet domino sur le reste de la carte, entraînant des changements pour 39 circonscriptions au total. Même si le contexte politique a largement évolué depuis 2022, Radio-Canada a voulu voir quelles auraient été les répercussions sur le scrutin si cette nouvelle carte avait alors été en vigueur.

L’objectif? Se donner les outils pour mieux comprendre les résultats des élections de l’automne prochain, notamment quelle incidence ces changements de frontières pourraient avoir sur l'issue des courses les plus serrées, en distinguant l'effet du redécoupage de la carte électorale des avancées réelles réalisées par les partis.

Bellefeuille et Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie

La conclusion principale : dans les deux nouvelles circonscriptions, la CAQ aurait aisément remporté la victoire en 2022 avec une avance d’une trentaine de points.

Les électeurs de Bellefeuille – qui couvre la moitié de la ville de Saint-Jérôme, la totalité de Saint-Colomban et le secteur nord de Mirabel – auraient envoyé un député de la CAQ à l’Assemblée nationale avec 49 % des voix, alors que le PQ n'en aurait récolté que 19 %.

Dans Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, qui inclut une partie de Drummondville et 11 municipalités voisines, le gouvernement sortant aurait également remporté la mise, avec 52 % des votes, tandis que le Parti conservateur du Québec (PCQ), deuxième, aurait obtenu 16 %.

Selon le site de projections de sondages Qc125, une référence dans le domaine, ces deux circonscriptions pourraient toutefois suivre une tendance observée à l'échelle du Québec et participer à la formation d'un gouvernement péquiste en octobre.

Si des élections générales avaient lieu aujourd'hui, le PQ récolterait près de 40 % dans les deux comtés, et c’est la CAQ qui arriverait deuxième, avec près de 30 % des suffrages.

Mille-Îles

À Laval, la nouvelle carte fait aussi passer une partie de la circonscription de Laval-des-Rapides dans Mille-Îles. Un tel changement, quatre ans plus tôt, aurait engendré des résultats encore plus serrés qu'ils ne l'ont été. Le PLQ serait demeuré vainqueur dans Mille-Îles, mais son avance sur la CAQ serait passée de 425 voix à seulement 106.

Quatre ans plus tard, un résultat aussi serré paraît pour le moins improbable, les projections de Qc125 laissant entrevoir des victoires libérales dans les six circonscriptions lavalloises. Néanmoins, le redécoupage pourrait avoir une incidence plus marquée dans d'autres comtés où de chaudes batailles se préparent.

L’Assomption

L’Assomption, par exemple, a obtenu la ville de Lavaltrie du comté voisin de Berthier, alors qu'elle a cédé Charlemagne à la circonscription de Repentigny en échange de Saint-Sulpice.

Ces changements, selon notre analyse, pourraient bénéficier aux troupes de Paul St-Pierre Plamondon, qui a gagné 1,5 point de pourcentage dans le processus basé sur les résultats de 2022.

Or, le fief lanaudois de l’ancien premier ministre François Legault pourrait bien changer d'allégeance, à en croire Qc125, qui présente le comté comme une lutte à deux entre le PQ et la CAQ; le genre de bataille qui pourrait jouer un rôle décisif, si la tendance se maintient, entre un gouvernement péquiste majoritaire ou minoritaire.

Richmond

Il en va de même pour Richmond, une circonscription de l’Estrie, qui s’est délestée d’une dizaine de municipalités de la MRC des Sources et de la MRC Val-Saint-François pour intégrer celle de Stoke, mais aussi et surtout l’ancienne ville de Brompton, aujourd’hui fusionnée à Sherbrooke.

Même si le comté a été largement remporté par la CAQ en 2022, il est désormais considéré comme pivot par Qc125 entre le PLQ, le PQ et la CAQ.

QS, dont le candidat avait terminé deuxième à la dernière élection, paraît cette fois loin derrière. La transposition des résultats de 2022 dans la carte de 2026 montre néanmoins que le parti, qui a gagné 2 points dans la redistribution, ne devrait pas être ignoré pour autant.

C’est que la circonscription a absorbé une partie du comté de Saint-François, où QS a obtenu 10 points de plus à la dernière élection, en plus de se départir de milieux ruraux où le parti de Ruba Ghazal et de Sol Zanetti obtient généralement moins de succès.

La Peltrie

Troisième exemple : celui de La Peltrie, dans la Capitale-Nationale, où l’ex-ministre caquiste Maïté Blanchette Vézina, actuellement députée de Rimouski, souhaiterait se faire élire sous la bannière du PCQ.

Si une victoire du parti d'Éric Duhaime dans cette circonscription est jugée probable par Qc125, son avance n’est pas considérée comme solide pour autant. Et le redécoupage y est peut-être pour quelque chose.

La circonscription a dû intégrer Les Saules, un quartier de Québec qui se trouvait autrefois dans le comté de Vanier-Les Rivières. En contrepartie, elle a dû céder les villes de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, de Fossambault-sur-le-Lac et de Lac-Saint-Joseph à Portneuf.

Le PCQ, selon notre analyse, a légèrement perdu des votes de 2022 à travers ces changements, contrairement aux autres formations politiques.

Quand l’exception devient la règle

La nouvelle carte électorale est le fruit d’un bras de fer qui s'est étalé sur environ trois ans entre la Commission de la représentation électorale et la très grande majorité des députés, tous partis confondus.

Même si le processus est censé être exempt de toute influence politique, la CAQ et les partis d'opposition, mécontents du retrait planifié de Gaspé et d'Anjou–Louis-Riel, ont d'abord tenté de suspendre l'exercice pour un autre cycle électoral.

Un premier projet de loi, adopté en 2024, a été contesté devant les tribunaux, mais la Cour suprême du Canada a statué, en avril dernier, que cette intervention de l’Assemblée nationale portait atteinte au droit de représentation proportionnelle des électeurs touchés.

En réaction à cette décision, le gouvernement et l'opposition ont adopté deux mois plus tard un nouveau projet de loi protégeant le tracé de 12 circonscriptions, expliquant vouloir préserver le poids politique de l’Est-du-Québec et de Montréal.

Le député indépendant Youri Chassin a été le seul à s'y opposer, mais en vain. Même le PCQ n’a pas osé mener cette bataille, souligne Philippe Gougeon, alors que Maïté Blanchette Vézina avait initialement dénoncé une tentative de manipulation des règles du jeu électoral.

Pour mener le combat contre l’intervention politique, ça prenait du courage, parce que tu risquais de te faire dire que tu es contre les régions.

Le politologue Louis Massicotte a lui aussi critiqué fortement l’intervention de l'Assemblée nationale dans ce processus censé être indépendant.

Dans la revue Options politiques, en septembre 2024, cet ancien commissaire au redécoupage fédéral déplorait déjà que le principe d'équité du vote soit sacrifié aux dépens de régions en forte croissance, comme les Laurentides.

Les redécoupages affectent maintenant assez peu la force respective des différents partis, d’où la tentation parmi ceux-ci de se faire du capital politique à bon marché en se bousculant pour défendre "les régions", où l’on dit que se décident les élections, observait-il alors.

À l'époque, huit circonscriptions comptaient moins d'électeurs que permis par la Loi électorale et jouissaient, de ce fait, d'un poids démesuré sur la composition de l'Assemblée nationale. Cette situation subsiste avec la nouvelle carte.

Méthodologie

Avec le redécoupage, seules 6 circonscriptions ont changé de nom, mais les frontières de 39 d’entre elles ont bougé. Radio-Canada a redistribué les résultats des quelque 18 000 sections de vote de 2022 dans les nouveaux comtés. La méthodologie s’appuie largement sur celle établie par Élections Québec en 2011.

Les polygones de 2022 et de 2026 ne sont pas tracés au mètre près les uns des autres. Une section a seulement été considérée comme partagée lorsqu’aucune des deux circonscriptions ne couvrait à elle seule au moins 90 % de son territoire.

Seules 17 sections franchissent ce seuil, contre près de 4000 si nous n’avions pas appliqué cette marge d’erreur. Nous avons alors transposé les données des adresses de Statistique Canada dans ces sections pour déterminer quelle proportion de votes attribuer à chacune des circonscriptions touchées.

Exceptions :

  • Les votes par anticipation ne sont pas rapportés au niveau des sections de vote, mais bien pour un groupe de plusieurs sections. Ces votes ont donc été répartis au prorata du nombre d’électeurs inscrits par section, au sein de ce groupe.

  • Environ 15 % des votes par anticipation ne comportaient pas ce niveau de détail. Ces votes ont alors été redistribués au prorata des électeurs inscrits dans les sections de vote ordinaires de la même ancienne circonscription.

  • Les votes en circonstances particulières, soit au bureau du directeur du scrutin, hors circonscription, en installation d'hébergement (résidences, CHSLD) et itinérant à domicile, ne sont rapportés que par circonscription. Ils ont donc eux aussi été redistribués au prorata du nombre d’électeurs inscrits.

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