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L’immobilisation de milliers de navires dans les golfes Persique et d’Oman à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait poser une « grave menace internationale pour la biosécurité », craignent des experts.
Selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue scientifique Biological Invasions, l’encrassement biologique — c’est-à-dire l’accumulation d’organismes marins sur les coques, les hélices et autres surfaces externes des navires — pourrait mener à la propagation d’espèces envahissantes à travers le monde.
À l'heure actuelle, environ 1500 navires sont encore immobilisés dans le golfe Persique et des centaines d'autres sont bloqués dans le golfe d'Oman.

Environ 20 % du trafic mondial de pétrole et de gaz naturel passe par le détroit d'Ormuz.
Photo : Radio-Canada
Pour Mario Tamburri, auteur principal de cette étude et professeur au Centre des sciences de l’environnement de l’Université du Maryland, la fermeture du détroit d’Ormuz est le pire scénario possible.
Le nombre et la taille des navires, leur proximité, ainsi que la durée de leur arrêt sont tous des facteurs aggravants, dit-il.
En temps normal, les navires s’arrêtent dans un port pour une durée d'un à trois jours, et peuvent naviguer pendant plusieurs années sans que leur coque ne soit nettoyée. Or, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, certains de ces navires ont été retenus jusqu'à 40 fois plus longtemps qu'à l'accoutumée, ce qui pose un risque supplémentaire.
Afin de limiter la propagation d'espèces envahissantes, [les navires] devraient tous être nettoyés avant leur départ, mais, en pratique, la plupart devront partir avant, déplore Mario Tamburri.
Les entreprises de nettoyage ne sont pas équipées pour faire face à une telle demande dans un court délai, explique-t-il, et le conflit met à risque les travailleurs.
Par ailleurs, certaines espèces marines qui habitent les golfes Persique et d'Oman tolèrent bien les eaux chaudes et salées, ce qui en fait des espèces particulièrement envahissantes, surtout avec le réchauffement climatique, affirme le chercheur.
Le défi du transport maritime
La propagation d’espèces envahissantes par l'entremise du transport maritime, notamment la décharge des eaux de ballast — de grands volumes d'eau pompée et stockée dans des réservoirs à bord des navires afin de les stabiliser — est un phénomène bien documenté.
Quand la moule zébrée est apparue dans les Grands Lacs au milieu des années 1980, les gouvernements et l’industrie du transport maritime se sont intéressés aux espèces transportées dans les eaux de ballast, souligne Meghan Mathieson, directrice de la stratégie et de l’innovation pour ClearSeas, un organisme à but non lucratif dédié à la sensibilisation aux enjeux entourant le transport maritime.

La moule zébrée est une espèce originaire du bassin de la région Ponto‑Caspienne, qui s’étend de la mer Caspienne à la mer Noire. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté de Meghann Bruce
Le transport d'espèces envahissantes par encrassement biologique n'est toutefois pas un phénomène autant étudié. On était tout simplement moins conscient du fait que des organismes pouvaient s’accrocher à la coque d’un navire, puis se détacher dans de nouveaux écosystèmes, explique Mme Mathieson.
Les tuniciers en sont un bon exemple. Ces invertébrés visqueux, qui se propagent par le biais de l’encrassement biologique et des eaux de ballast, compétitionnent avec les moules dans les fermes aquacoles le long de la côte est du Canada.

Des tuniciers envahissants sont arrivés en Nouvelle-Écosse au cours de la dernière décennie. (Photo d'archives)
Photo : Pêches et Océans Canada
C'est presque impossible d'éliminer ces espèces une fois qu'elles se sont établies dans un nouvel écosystème, selon Anthony Ricciardi, professeur de biologie et directeur de l’École de l'environnement Bieler de l'Université McGill. Une invasion, une fois qu’elle s’est installée, entraîne des coûts à long terme, dit-il.
L’Organisation maritime internationale a d'ailleurs mis à jour ses lignes directrices sur l’encrassement biologique en 2023. Toutefois, contrairement aux eaux de ballast, il n’existe pas encore de réglementation au niveau mondial pour l'encadrer, même si des textes sont en cours d’élaboration, précise Mme Mathieson.
D’après un texte de Mitchell Fox de CBC News (nouvelle fenêtre)


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