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Israël ne cesse de repousser « la ligne jaune », qui délimite les parties de Gaza sous son contrôle, l'étendant bien au-delà des frontières établies dans le plan de paix d'octobre 2025 proposé par les États-Unis, révèle une analyse de CBC News. Entre octobre et avril, les soldats israéliens ont tué près de 200 Palestiniens – dont des femmes et des enfants – lors d'attaques répertoriées près de la limite de la zone contrôlée par Israël à Gaza.
Une enquête visuelle de CBC News confirme que les Forces de défense israéliennes (FDI) ont déplacé des blocs de béton jaunes qui délimitent la frontière plus loin à l'intérieur de Gaza — dans certaines zones, de plus d'un kilomètre — détruisant des biens civils et créant unilatéralement ce que certains analystes appellent une zone de mise à mort (ou kill zone, en anglais).
Cette ligne s'étend de 1,5 km à 6,5 km à l'intérieur de Gaza depuis la frontière orientale avec Israël. Initialement, elle plaçait un peu plus de la moitié de Gaza sous le contrôle d’Israël. Mais depuis l'annonce du cessez-le-feu d'octobre 2025, le tracé fluctue au détriment des Palestiniens.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, cette zone d'accès restreint, qu'Israël appelle la ligne jaune, s'est étendue pour couvrir 64,9 % de la bande de Gaza en juin 2026, contre 53 % plus tôt dans l'année. Le mois dernier, le premier ministre Benyamin Nétanyahou s'est engagé à étendre cette zone à 70 %.

Le plan de paix de Donald Trump prévoit plusieurs phases de retrait de l'armée israélienne. La première phase de retrait a été effectuée le 10 octobre 2025.
Photo : Radio-Canada / Francis Lamontagne
Si des Palestiniens s'approchent des blocs, ils seront la cible de tirs, indique Andreas Krieg, maître de conférences à l'École d'études de sécurité du King's College de Londres, au Royaume-Uni. C'est donc devenu une sorte de zone de mise à mort.
Entre octobre dernier et début avril, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé a confirmé que l'armée israélienne a tué 196 Palestiniens – dont 18 femmes et 43 enfants – lors d'attaques de la FDI signalées près de la ligne jaune.

Des soldats de l'armée israélienne se rassemblent près de véhicules de combat d'infanterie à un poste situé le long de la barrière frontalière entre Israël et Gaza, le 10 octobre 2025.
Photo : Getty Images / JACK GUEZ / AFP
L'armée israélienne affirme de son côté qu'elle ne cible pas les civils simplement parce qu'ils s'approchent de la ligne de front. La FDI a établi des règles d’engagement qui […] exigent le recours à des mesures d’avertissement avant tout usage de la force.
Celle-ci ajoute que ces règles sont conformes au droit international, et qu’elle n'agit que contre des éléments hostiles tout en prenant les précautions possibles pour limiter les dommages causés aux civils non impliqués.
Comment fluctue la ligne?
En octobre dernier, l'armée israélienne a annoncé la mise en place de blocs de béton jaunes tous les 200 mètres le long de la ligne afin de clarifier la situation tactique sur le terrain. Le chef d'état-major des armées a qualifié cette mesure de nouvelle frontière.

Sur cette image composée, des blocs de béton délimitant la ligne jaune sont visibles dans trois zones différentes de Gaza.
Photo : Associated Press
Hazem Saeed, un habitant de l'est de Deir Al-Balah, a été témoin du déplacement arbitraire de cette frontière et des conséquences qui s'ensuivent. En entrevue à Al Jazeera, il a raconté que des véhicules militaires avaient progressé sous le couvert de la nuit, poussant les blocs jaunes de 300 à 350 mètres vers l'ouest et menaçant de tirer sur quiconque refuserait de partir.
L'un de ces cubes est désormais placé à moins de quatre mètres d'habitations, souligne M. Seed, qui ajoute que plusieurs familles ont perdu au passage les terres agricoles qui constituaient leur unique source de revenus. Et gare à ceux qui franchiraient la ligne.
Le 29 juin, plusieurs utilisateurs de Telegram, de Facebook et de X ont publié une photo de l'un de ces blocs, certains messages affirmant qu'il se trouve désormais à seulement deux mètres de la route Salah al-Din. Radio-Canada a vérifié que l'image est récente (datant du 29 juin) et authentique.

Une illustration montre la distance entre la route Salah al-Din, le bloc jaune géolocalisé et le tracé initial de la ligne jaune.
Photo : CBC / Google Earth
En analysant des images satellites et en les comparant au contenu de la photo, l'équipe d'enquête visuelle de CBC News a localisé le bloc dans un champ situé à un kilomètre de la ligne jaune d'origine, confirmant ainsi que la ligne de démarcation se trouve maintenant à quelques mètres seulement de l'autoroute Salah al-Din, une voie de transport cruciale qui traverse la bande de Gaza a proximité de deux grands camps de réfugiés, Nousseirat et Al-Bureij.
Le contrôle de la route Salah al-Din fait partie des intérêts de la FDI en matière de découpage du territoire, ce qui lui permet de mieux contrôler les mouvements de population et d'imposer ainsi ce qui constitue, de fait, une occupation illégale.
Dans le nord de Gaza, l'avancée de la ligne jaune s'accompagne d'une destruction totale du paysage. Suhail Ouda, un habitant, a déclaré à Al Jazeera que la ligne avait été avancée jusqu'à 1,5 km. Il a décrit comment les bulldozers israéliens rasent quotidiennement des maisons, tandis que des drones font exploser les structures restantes derrière la ligne.
Une quarantaine d’avant-postes militaires auraient aussi été construits, selon Al Jazeera.
La ligne jaune est renforcée par des infrastructures militaires et se matérialise en frontière physique, menaçant de pérenniser la concentration de 2,1 millions de Palestiniens sur moins de la moitié du territoire de Gaza, a déclaré Ray Adams Row Farr, rédacteur de recherche au sein de l'équipe Gaza de Forensic Architecture, un organisme de recherche de la Goldsmiths, University of London.
Vers un désarmement du Hamas?

Une exposition d'armes du Hamas à Gaza en 2021. (Photo d'archives)
Photo : afp via getty images / MAHMUD HAMS
Donald Trump a annoncé jeudi soir la conclusion d'un accord sur le désarmement du Hamas, alors que des négociations se tenaient depuis des semaines en Égypte pour mettre en œuvre la deuxième phase du plan de paix.
Ce dernier prévoit, en principe, qu'Israël devra se retirer en deux étapes. La part de Gaza sous son emprise passerait à 40 % puis à 15 %, selon le Council on Foreign Relations, un groupe de recherche indépendant américain.
L'étape finale du plan de paix stipule qu'il pourrait y avoir un périmètre de sécurité autour de l'enclave jusqu'à ce qu'elle soit sécurisée, toujours d'après le Council on Foreign Relations.
Des sources proches du Hamas ont affirmé à Reuters que la milice chiite est disposée à enfermer et à stocker ses armes lourdes sous la supervision du NCAG, mais qu'elle se refuse à les remettre à Israël.
Côté israélien, une source politique a déclaré à l'AFP que le retrait israélien de la ligne jaune se fera uniquement quand le Hamas aura été totalement désarmé et la bande de Gaza démilitarisée.
La gestion quotidienne de Gaza doit être, selon le plan de paix, assurée par une instance de technocrates palestiniens : le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG).
Avec les informations de CBC, Al-Jazeera et AFP et Reuters


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