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L’ARC préfère une entreprise américaine aux Commissionnaires pour un contrat de sécurité

13 hours ago 1

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« Faites ce que je dis et non ce que je fais. » L'Agence du revenu du Canada (ARC) a préféré une entreprise américaine plutôt que le Corps canadien des commissionnaires pour assurer la sécurité dans ses bâtiments, alors que l'agence fédérale s'était dotée d'une politique « Achetez canadien » en décembre 2025.

Le contrat, d'une valeur de 12 millions $, a été remporté par l'entreprise américaine Allied Universal, dont l'offre était inférieure de 80 000 $ à celle des Commissionnaires, une organisation à but non lucratif qui est le plus grand employeur de vétérans du Canada.

De passage à Tout un matin, le PDG de la division du Québec des Commissionnaires, Marc Parent, peine à comprendre. Ce qu'on déplore, c'est qu'on défend beaucoup actuellement, dans le discours, la souveraineté de notre pays et de favoriser les entreprises canadiennes. [...] C'est un paradoxe qu'on s'explique mal, cette décision.

Les Commissionnaires détenaient le contrat avec l'ARC depuis 2012. L'entreprise est dans tous les édifices fédéraux, explique Marc Parent, et a le premier droit de refus pour les contrats concernant la sécurité de certains bâtiments fédéraux, selon une entente conclue il y a plusieurs décennies.

Or, l'ARC n'est pas soumise à cette entente et s'est donc entendue avec Allied Universal dans le cadre d'un processus de renouvellement annuel. Par ailleurs, plusieurs médias ont rapporté que le gouvernement allait mettre fin à ce droit de premier refus au début de 2027.

Les commissionnaires embauchent de nombreux vétérans de l'armée et de la police. L'OSBL fondé en 1925 compte parmi ses rangs 22 000 employés, dont 3500 vétérans de l'armée et de la GRC. L'organisation soutient également, selon Marc Parent, plusieurs causes liées aux vétérans.

Un homme aux cheveux et à la barbe poivre et sel regarde vers sa gauche. Il porte des lunettes rectangulaires et une veste sur laquelle on peut lire le mot « commissionnaires ».

L'actuel PDG de la division du Québec des Commissionnaires, Marc Parent, était autrefois directeur du SPVM. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Les Commissionnaires contrôlent les entrées et sorties des bâtiments fédéraux, mais leur offre ne se limite pas à cela. Ils offrent aussi des services de cybersécurité, la prise d'empreintes digitales et la vérification d'antécédents judiciaires, notamment.

L'entreprise compte également le gouvernement du Québec et des entreprises du secteur privé parmi ses clients.

Une entreprise avec des liens à l'ICE

Allied Universal est de bien plus grande taille que le Corps des commissionnaires, employant 770 000 personnes à travers le monde et offrant une plus grande panoplie de service, dont la vidéosurveillance et la détection d'armes et d'explosifs.

À l'échelle internationale, l'entreprise mène ses activités sous le nom de G4S, qu'elle a acquis en 2021. Elle avait pu acquérir G4S aux termes d'un processus acrimonieux qui l'a opposée à GardaWorld.

Le Toronto Sun rapporte par ailleurs qu'Allied Universal a conclu plusieurs contrats avec l'ICE, l'agence de contrôle de l'immigration américaine.

Malgré les effectifs élevés d'Allied Universal, Marc Parent estime que cette entreprise pourrait avoir à sous-traiter une bonne partie de ce contrat, puisqu'elle n'a pas d'empreinte assez robuste au Canada.

Le PDG de la division du Québec des Commissionnaires estime que les critères du gouvernement fédéral pour l'octroi de contrats devraient aller au-delà du simple aspect financier.

On devrait accorder une certaine importance à la question de la mission sociale, de l'emploi qu'on offre aux vétérans. On doit aussi regarder du côté sécurité, du contrôle des données. Qui sont les propriétaires de ces entités?

Ça amène beaucoup d'anxiété. On souhaite que le gouvernement prenne un temps d'arrêt et qu'on aille à la table pour avoir une réelle conversation, parce que nous sommes convaincus que nous pouvons offrir des emplois de qualité et être bons pour la sécurité.

Un fournisseur canadien, selon Ottawa

Joint par téléphone, le porte-parole du ministère de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l'Approvisionnement a redirigé Radio-Canada vers l'ARC, notant au passage que cet approvisionnement n'a rien à voir avec SPAC (Services publics et Approvisionnement Canada).

En réponse aux questions de Radio-Canada, le cabinet du Secrétaire d'État responsable de l'ARC a assuré par écrit que le contrat en question a été attribué à une filiale canadienne qualifiée, à l’issue d’un processus d’approvisionnement concurrentiel, en notant qu'Allied Universal, décrit comme un fournisseur canadien, emploie un effectif important au Canada, réparti sur plus de 20 sites à travers le pays, et son siège social est situé à Mississauga.

Selon la porte-parole Katelyn Adey, les critères d'évaluation ne se limitent pas au coût global.

Ces critères peuvent inclure, entre autres, le rendement antérieur dans le cadre de contrats similaires, la planification de la continuité des activités, ainsi que la capacité à recruter et à déployer du personnel de manière constante, explique-t-elle dans sa réponse écrite.

Réactions politiques

Le député conservateur Michael Barrett, vice-président du comité permanent des anciens combattants, a déploré la décision de l'ARC.

L’administration Trump a insulté nos forces armées et fait des menaces injustifiées à l’encontre de notre pays, a-t-il déclaré par voie de communiqué. Malgré cela, le gouvernement libéral a choisi d’attribuer le contrat de sécurité de l’ARC à une entreprise américaine proche du gouvernement américain.

Le premier ministre a dit aux Canadiens qu’il voulait faire du Canada “son propre meilleur client”. Les libéraux affirment qu’ils ”mettent les travailleurs et les industries du Canada d’abord”. Leurs actions démontrent pourtant une tout autre réalité : depuis l’entrée en fonction de Mark Carney, 6  des 10 plus importants fournisseurs fédéraux ont leur siège social aux États-Unis.

Le député du NPD Gord Johns a également interpellé le gouvernement à la Chambre des communes.

Pour une différence de prix de moins de 1 %, une institution canadienne qui soutient les anciens et anciennes combattant·es a perdu ce contrat au profit d’une société étrangère. Le gouvernement doit expliquer en quoi ses décisions en matière d’approvisionnement respectent ses engagements envers les travailleuses et travailleurs du Canada et les personnes qui ont servi notre pays.

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