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L’Association canadienne des boissons peine à défendre ses breuvages énergisants

3 days ago 5

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L'Association canadienne des boissons (ACB), qui représente notamment les marques Red Bull et Monster, a passé un mauvais quart d’heure, mardi, devant les parlementaires qui la questionnaient dans le cadre des consultations particulières concernant le projet de loi visant à interdire les boissons énergisantes caféinées aux moins de 16 ans.

L'ACB devait expliquer pourquoi elle ne croit pas qu’une interdiction aux moins de 16 ans soit une solution pour éviter des histoires tragiques comme celle de Zachary Miron, mort subitement à l'âge de 15 ans après avoir consommé une boisson énergisante qui a interagi avec sa médication pour son TDAH.

Devant les députés, la ministre de la Santé et la directrice nationale de santé publique du Québec, l'Association a reconnu que les boissons énergisantes caféinées n’ont aucun effet bénéfique sur la santé, comme l'a fait avant elle l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Vous êtes d'accord avec l'affirmation qu'il n'existe aucun bénéfice à consommer des boissons énergisantes?, a demandé la ministre de la Santé, Sonia Bélanger.

Oui, a répondu la directrice principale affaires publiques de l’ACB au Québec, Carole Grenier, après une hésitation.

Donc, vous êtes d'accord avec l’INSPQ?, a insisté la ministre Bélanger.

Euh, je vais juste aller dans le même sens que mon collègue [de l’INSPQ] tout à l'heure, a opiné Mme Grenier.

Sonia Bélanger assiste aux consultations parlementaires avec la directrice nationale de santé publique du Québec, Caroline Quach Thanh.

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, avait plusieurs questions pointues à poser à la représentante de l'Association canadienne des boissons.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

D’entrée de jeu, l’ACB a défendu l’idée que les consommateurs sont invités à lire les mises en garde indiquant que les boissons énergisantes caféinées contiennent un maximum de 180 mg de caféine, l’équivalent d’un petit café, et qu’une consommation modérée est sans danger pour les adultes et les adolescents en santé.

Vous dites quoi aux parents québécois qui ont des jeunes de moins de 16 ans? Vous leur dites que, si les jeunes en prennent avec modération, c'est correct? Je veux vous entendre là-dessus, parce que c'est ça, l'essence de notre projet de loi, a poursuivi la ministre.

Eh bien oui, c'est ce que je vais dire, a répondu Carole Grenier. Comme je n'ai pas d'enfant, c'est difficile pour moi de dire : "Voici, avec mon enfant, ce que j'ai eu comme discussion". Je ne peux pas dire ça. Par contre, j’écouterais d'autres parents pour savoir quels sont [leurs] échanges, quels sont [leurs] discussions avec [leurs] enfants, a-t-elle ajouté.

La directrice principale affaires publiques de l’ACB a précisé qu'elle rassurerait ces parents à l'effet que c'est un produit sécuritaire, réglementé par Santé Canada et vendu depuis 20 ans au Canada.

Trop boire de boissons énergisantes, c'est la même chose que trop boire de café, et vice-versa.

Est-ce que vous comprenez que c’est rare qu’on va caler un café? J’aurais aimé vous entendre sur les moins de 16 ans, a rétorqué la ministre.

Un lobby actif

L’ACB a par ailleurs confirmé qu'elle compte quatre lobbyistes enregistrés à Québec, comme le révélait Radio-Canada la semaine dernière. Qui ont-ils rencontré?

Monsieur le président, est-ce que je dois répondre à cette question?, a demandé Mme Grenier, avant de se faire répondre positivement.

Des boissons énergisantes.

De nombreuses marques de boissons énergisantes sont en vente libre au Québec.

Photo : Getty Images / Ivan Miladinovic

Alors, on a rencontré le personnel et discuté avec le personnel de madame la ministre de la Santé. J'ai d'autres discussions avec d'autres parties aussi, s’est limitée à dire la directrice principale affaires publiques de l'ACB, après avoir confirmé l'envoi de lettres à plusieurs parlementaires et avoir eu des discussions avec du personnel politique, visiblement mal à l’aise.

La ministre Bélanger a aussi voulu savoir si l’ACB faisait des campagnes de prévention, puisqu’elle se dit sensible à la problématique soulevée.

Est-ce que vous vendez des Red Bull pendant le mois de la prévention en mars?

Ce n'est pas l'Association qui vend ou qui va dicter les règles d'affaires de nos membres, a répondu Carole Grenier. Mais de la sensibilisation, c'est vraiment pour expliquer comment lire l'étiquette ou de prendre connaissance de l'étiquette sur un contenant avec la mise en garde qui est adressée à tous et indiquer également que ces produits sont réglementés par Santé Canada.

Malgré l’insistance du député libéral Monsef Derraji, l’ACB n’a pas été en mesure de chiffrer les impacts financiers ou économiques qu’aurait le projet de loi sur l’industrie des boissons énergisantes caféinées.

Est-ce que vous avez chiffré l'impact économique d'un tel projet de loi? Si c'est oui, il est de combien?, a demandé l’élu.

Ça n'a pas été chiffré, à ma connaissance, a-t-elle dit, refusant également de dire quelle est la part de marché que représente la part des ventes de boissons énergisantes caféinées aux moins de 16 ans. Vous savez, on représente différents membres, alors ça fait partie de leurs chiffres qui [sont] gardés confidentiellement.

On ne fait pas exprès pour exposer le fœtus

L’Ordre des pharmaciens est venu soutenir sans équivoque le projet de loi et défendre le principe de précaution.

À un moment donné, lorsqu'on a des effets secondaires rares mais tragiques, comme on a eu dans ce cas-là, des rapports de cas qui s'accumulent, ça permet aux scientifiques de prendre un pas de recul et de dire : "Je crois qu’avec ce qu'on a en main, nous pouvons agir dès maintenant tout en poursuivant les observations, et les études". Mais on n'aura jamais une étude de 10 000 patients qu’on va exposer. Ce ne serait pas éthique, a expliqué le directeur général de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Patrick Boudreault.

Le président de l’Ordre, Jean-François Desgagné, est allé dans le même sens.

On voit la même chose avec les médicaments et la grossesse. On ne fait pas exprès pour exposer un fœtus et de dire à une femme enceinte : "On va voir l'effet que ce produit va avoir chez le fœtus", a imagé M. Desgagné.

La connaissance qu'on accumule, ce sont des cas qui sont rapportés suite à des expositions fortuites d'une femme enceinte à un médicament. Et ça, ça nous amène à prendre des décisions comme professionnels, c'est-à-dire, par exemple, de ne pas recommander ou d'interdire l'utilisation de certains médicaments chez une femme enceinte ou de mieux monitorer. Donc, c'est le même principe de précaution qu'on voit aujourd'hui, a expliqué le président de l'Ordre des pharmaciens.

L’Association des cardiologues est quant à elle venue confirmer que les gens qui ont un problème cardiaque l’apprennent souvent au moment où ils souffrent d’une arythmie. Autrement dit, ils ne se savent pas atteints d’un problème cardiaque avant d’en subir les symptômes, qui sont parfois mortels. Oui on le voit, oui ça nous est arrivé de voir des décès tant chez les adolescents que les adultes.

Le président a confirmé que l’Association peut souscrire à l’affirmation de l’INSPQ, qui ne voit aucun bénéfice pour la santé publique de consommer ces boissons.

C’est urgent d’agir… Ce n'est peut-être pas pour demain matin : la mort subite, c’est rare. Mais le processus a commencé en 2019. Là, on est sept ans plus tard… c’est long, a indiqué le Dr Bernard Cantin.

Le gouvernement Fréchette espère pouvoir adopter le projet de loi d’ici vendredi, qui sera le dernier jour de la session parlementaire. Les conservateurs, qui s’opposaient à l’adoption du projet de loi la semaine dernière, semblaient satisfaits, mardi matin, des consultations rapidement organisées en quelques jours.

Éric Duhaime et Maïté Blanchette Vézina en point de presse.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, et la députée conservatrice Maïté Blanchette Vézina assistaient aux consultations.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

On n’est pas ici pour faire de l’obstruction systématique, a déclaré le chef conservateur Éric Duhaime à l’entrée de la commission.

Nous, on est là pour qu’il y ait un débat démocratique. Ce matin, il y en a un. On ne voulait pas une adoption un-deux-trois sans aucun expert entendu, sans aucun débat, sans même que les parlementaires aient lu le projet de loi. C’est à peu près ça qui s’est passé la semaine dernière. On ne peut pas empêcher l’adoption ou non du projet de loi. On va voter pour ou contre, dépendamment du projet de loi final, a conclu M. Duhaime.

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