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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes projets de parcs éoliens pullulent au Québec depuis quelques années et si Hydro-Québec atteint ses objectifs, la province triplera sa capacité éolienne installée d’ici 2035. Alors que ce développement accéléré soulève beaucoup de questions, quelle est l’efficacité de ces parcs éoliens et sont-ils avantageux économiquement pour les communautés? Voici quelques éléments de réponse.
1- Les communautés s’enrichissent-elles lorsqu’elles accueillent un projet éolien?
Ça dépend des projets. Des redevances sont versées aux propriétaires des terrains où sont implantées les éoliennes. Ces redevances sont déterminées en fonction du nombre de mégawatts (MW) installés.
Par exemple, pour le parc éolien de Pohénégamook–Picard–Saint-Antonin–Wolastokuk (PPAW), présentement en construction au Bas-Saint-Laurent, une redevance annuelle de 5700 $ par MW est prévue. Comme le parc aura une capacité de 349,8 MW, une somme de près de 2 millions de dollars par année sera versée à l’ensemble des propriétaires pour une période de 30 ans, soit la durée de vie estimée du parc. Pour certaines municipalités qui sont elles-mêmes propriétaires de terrains, ces redevances pourraient représenter une hausse de 2,7 % à 7,6 % de leurs revenus annuels.
Selon les projets et les contrats, les propriétaires des terrains voisins des éoliennes peuvent aussi être dédommagés. Pour donner un ordre de grandeur, une compensation de 3000 $ par année est prévue pour les propriétaires des terrains qui se trouvent à une distance de 1,5 km ou moins du futur parc éolien de TES Canada en Mauricie.
Qui plus est, certaines municipalités sont aussi partenaires des projets éoliens par le biais de régies intermunicipales, comme c’est le cas dans l’Est-du-Québec avec l’Alliance de l’énergie de l’Est. Cette façon de faire permet aux communautés de profiter des bénéfices de l’exploitation des parcs pour lesquels elles sont partenaires, en plus des redevances qui sont accordées lorsque les éoliennes se trouvent sur leur territoire.

L'Alliance de l'énergie de l'est est partenaire à 50 % du parc éolien de Dune-du-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine. L'autre partenaire est l'entreprise NGE Renouvelable. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Steve Rompré
Pour donner une idée des bénéfices qui sont redistribués, depuis 2017, près de 66,8 millions de dollars ont été versés aux MRC du Bas-Saint-Laurent et à la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk par l’intermédiaire de l’Alliance de l’énergie de l’Est pour les parcs éoliens en cours d’exploitation dont ils sont partenaires. L’Alliance est, règle générale, actionnaire à 50 % des projets qu'elle déploie en partenariat avec des entreprises privées.
Ce modèle a toutefois été critiqué dans une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) l’automne dernier, qui stipulait qu’il comportait un important déficit démocratique, notamment puisque cette structure n’est pas assujettie à la Loi d’accès à l’information, bien que ses investissements dépendent de fonds publics.
2- Les parcs éoliens créent-ils beaucoup d’emplois?
Un parc éolien génère habituellement des centaines d’emplois, mais ces emplois ne durent que pendant la période de construction.
À titre d’exemple, le chantier du parc PPAW fournit du travail à 400 personnes et doit durer deux ans et demi. À cela s’ajoutent ceux qui travaillent à l’usine Marmen de Matane où sont construites les tours d’éoliennes pour ce projet.

Le chantier du parc Pohénégamook–Picard–Saint-Antonin–Wolastokuk (PPAW) au Bas-Saint-Laurent. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
Toutefois, lorsque le parc sera en service, seulement 23 travailleurs seront nécessaires pour l’exploitation et l’entretien du parc.
Selon l’expert en éolien et ex-professeur à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) Jean-Louis Chaumel, maintenant qu’Hydro-Québec est devenue maître d'œuvre des grands projets éoliens, Québec a une marge de manœuvre pour créer davantage d’emplois en mettant en place des exigences de contenu local et en incitant les grands fabricants à implanter des usines dans la province.
Ça devrait être profitable si Hydro-Québec continue à se créer une stratégie industrielle. Dans la pratique, actuellement, les trois quarts des entreprises qui fabriquent des éoliennes sont chinoises. Avant, c’était les Allemands, maintenant, c’est les Chinois. Si on ne fait pas attention, on va continuer à être dépendants complètement industriellement pour la fabrication, plaide-t-il.

Marmen fabrique des tours d'éoliennes dans ses usines de Trois-Rivières et de Matane. (Photo d'archives)
Photo : ICI Radio-Canada/Claude Brunet
Présentement, la province compte des usines de fabrication de composantes d’éoliennes notamment à Trois-Rivières, Gaspé et Matane. Mais ces usines ne seront pas suffisantes pour répondre à la demande des prochaines années, selon Jean-Louis Chaumel, si Hydro-Québec concrétise ses projets.
Pour l’instant, le gouvernement provincial n’a pas indiqué si une exigence de contenu québécois serait imposée pour les nouveaux projets en développement.
3- Quelle est la hauteur des éoliennes et seront-elles de plus en plus grosses?
Les éoliennes du premier parc éolien du Québec, implanté à la fin des années 1990 à Cap-Chat, en Gaspésie, mesuraient près de 80 mètres de haut et avaient une capacité de produire 0,75 MW. Depuis, cette taille a doublé.

La hauteur des éoliennes a grandement évolué depuis le premier parc éolien installé à Cap-Chat, à la fin des années 1990.
Photo : Radio-Canada / Gabriel Rochette-Bériau
Selon le professeur agrégé en génie électrique de l’Université McGill François Bouffard, il serait toutefois étonnant que les éoliennes deviennent encore plus grandes et plus puissantes. On arrive probablement à une limite, affirme-t-il, notamment en raison des coûts et de la logistique associés au transport des composantes d’éoliennes entre les usines de fabrication et les parcs.
Jean-Louis Chaumel est aussi de cet avis. Le problème des très très grosses éoliennes, c’est plutôt la question des pales, souligne-t-il, puisque plus une éolienne est puissante, plus ses pales sont longues, ce qui pose d’importants défis techniques.
En 2024, la construction d’un parc éolien en mer a d’ailleurs dû être interrompue, au large de Cape Cod, aux États-Unis, en raison d’un bris sur une pale de 107 mètres. Il s’agissait, à l’époque, des pales les plus longues au monde.
4- Quelles sont les conditions idéales pour produire de l’énergie éolienne?
Des vents d’au moins 12 à 14 km/h sont requis pour produire de l’électricité à basse puissance, mais c’est autour de 50 à 60 km/h que les éoliennes peuvent produire de l’énergie à leur plein potentiel.
Si les vents soufflent au-delà de 90 km/h, la production est interrompue. L’éolienne va se mettre hors ligne pour se protéger. On ne veut pas une pale d’éolienne qui part au vent parce que les vents sont trop forts, explique François Bouffard.

Des vents d’une vitesse moyenne annuelle de six mètres par seconde (m/s) et plus sont requis pour envisager le développement d’un parc éolien. Les zones indiquées en vert foncé présentent potentiellement des vents de 7 à 8 m/s, tandis que celles en gris présentent des vents de plus de 8 m/s.
Photo : Gouvernement du Québec
Les éoliennes ont tendance à produire davantage en hiver, puisque les vents sont plus forts et plus fréquents.
5- Un parc éolien de 200 MW produit-il réellement 200 MWh?
Un parc comportant 100 éoliennes de 2 MW a théoriquement la capacité de produire 200 MWh. Or, en réalité, les conditions nécessaires à la conversion de l’énergie du vent en électricité ne sont pas toujours au rendez-vous; la production est donc variable.
C’est comme la différence entre la capacité d’un restaurant et le nombre de clients qui sont servis, image le professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie Pierre-Olivier Pineau. On peut avoir un restaurant qui peut recevoir une capacité de 50 clients, mais il peut y avoir seulement trois personnes qui viennent manger, une journée, et donc, il n’y aura pas plus de trois repas servis.

La quantité d'énergie produite par les éoliennes est intermittente et leur efficacité est variable selon la force des vents.
Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau
Ainsi, les éoliennes ont beau avoir la capacité de produire, par exemple, 200 MW, s’il y a peu de vent ou que les vents sont trop forts, elles produiront moins d’énergie.
La fréquence à laquelle on obtient 200 MW est assez faible. Généralement, au Québec [...] on va se trouver typiquement dans une fourchette de 25 à 35 % de taux d’utilisation.
Donc, un parc qui a la capacité installée de 200 MW par heure pourrait produire, théoriquement, 1,75 million de MWh par année (8760 heures).
Cependant, comme la vitesse du vent n’est pas constante et permet de produire en moyenne 35 % de la capacité installée d’un parc, ce parc produira, en réalité, environ 613 200 MWh par année.
Pour un parc de 200 MW
| 1,75 million de MWh par année | 613 200 MWh par année |
Le nombre de MWh produits dans une année peut être plus ou moins élevé, selon la force des vents.
6- Combien coûte ce type d’énergie par rapport aux autres?
Le coût élevé de l’énergie éolienne a maintes fois été décrié et a même contribué à faire augmenter la facture d’électricité des Québécois par le passé. À certains moments, l’énergie éolienne pouvait même être quatre fois plus chère que l’hydroélectricité, selon des données fournies par Hydro-Québec.

L'éolien coûte plus cher que la production d'hydroélectricité. (Photo d'archives)
Photo : Hydro-Québec
L’éolien qu’on a installé au Québec a toujours coûté plus cher que les kWh hydroélectriques qu’on a installés par le passé. [L’énergie produite par les barrages] Baie James, Manic, ce sont des kWh qu’on achète moins cher que toutes les éoliennes qu’on a installées, explique Pierre-Olivier Pineau.
Cependant, le coût de l’éolien a baissé. Alors qu'il en coûtait entre 11 et 15 ¢/kWh pour de l’énergie éolienne avant 2021, aujourd’hui, les plus récents appels d’offres indiquent que les coûts de l’éolien se situent généralement entre 6 et 8 ¢/kWh, indique la société d’État.
Les éoliennes sont maintenant devenues de plus en plus hautes, de plus en plus grosses et avec plus de puissance, donc il y a des économies d’échelle qui sont réalisées.
Qui plus est, le coût de l’hydroélectricité a légèrement augmenté au cours des dernières années en raison des plus faibles niveaux d’eau dans les barrages. Alors qu’il en coûtait en général autour de 2 ¢/kWh auparavant pour ce type d’électricité, la facture a augmenté à 2,7 ¢/kWh en 2025. Aujourd’hui, l’énergie éolienne est donc de deux à trois fois plus chère que l’hydroélectricité.
Jean-Louis Chaumel ajoute que lorsqu'Hydro-Québec fera partie des actionnaires des grands projets éoliens, tel qu’annoncé, il lui sera plus facile de négocier des prix intéressants pour acquérir l’énergie produite par les parcs.
Hydro-Québec pourra mieux maîtriser les prix au lieu de se fier sur l’industrie privée, précise M. Chaumel.


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