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La communication : une gestion difficile pour les partis d’opposition à Québec

4 hours ago 5

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Si Christine Fréchette espérait avoir le champ libre pour installer son « nouveau gouvernement », elle a assurément compris le sens du mot « opposition » ces dernières semaines.

Pas question de laisser la nouvelle première ministre multiplier les projets de loi pour gonfler son bilan à la veille d’une campagne électorale sans devoir faire de concessions. Rarement a-t-on vécu une fin de mandat où chaque mesure législative était aussi âprement négociée, tant par les partis d’opposition que par les députés indépendants.

Et pourtant, ils semblaient en hibernation au début de l’année, ne sachant plus trop vers qui diriger leurs salves à l’Assemblée nationale.

Devant eux se tenait un premier ministre qui attendait qu'une personne le remplace, mais, curieusement, cette longue période de flottement ne les a pas avantagés. Ils ont passé plusieurs mois à chercher la lumière des projecteurs, tournée vers la course à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ). Et une fois élue, Christine Fréchette a tout fait pour la garder sur elle.

Quand ils obtenaient finalement une occasion de briller, les chefs d’opposition bafouillaient, balbutiaient, ou bien ils auraient dû tourner leur langue sept fois avant de parler. Pire encore, certains n’étaient pas entendus ni écoutés.

La capacité de bien communiquer s’est avérée la lacune de chacun d’entre eux, à différents niveaux. Comme il s’agit d’un atout essentiel en campagne électorale, les chefs d’opposition doivent se demander comment l’améliorer d’ici le déclenchement de la course, à la fin août.

Trop impulsif, le chef du Parti québécois?

Paul St-Pierre Plamondon a encore trouvé le moyen de terminer sa session parlementaire en devant justifier des déclarations. La dernière fois, en décembre, il avait provoqué l’ire des artistes en reprochant à leurs représentants leur « aplaventrisme » pour avoir salué l’arrivée d'un nouveau ministre fédéral de l'Identité et de la Culture canadiennes.

Puis, au lieu de s’en tenir au débat concernant la pertinence du projet de TGV entre Toronto et Québec, il s’est lancé dans un calcul imprécis sur l’argent qu’on devrait obtenir si Ottawa l’abandonne. Dans la même semaine, il a également fait un lien entre le Parti libéral du Québec et le « crime organisé », ce qui l’a encore obligé à préciser sa pensée.

Dernièrement, le chef péquiste a aussi dit craindre que son parti soit espionné par le gouvernement fédéral et a dénoncé les idéologues marxistes sur les ondes de Radio-Canada. Ce qu’il considère comme de la spontanéité et de l’authenticité provoque.

Des propos qui n’auraient sûrement pas fait autant de bruit s’il ne dominait pas les sondages. Chacune de ses déclarations sont désormais passées au crible et ses actions, minutieusement analysées.

Il en a eu la démonstration durant le discours inaugural de la nouvelle première ministre. Paul St-Pierre Plamondon ne s’est levé à aucun moment pour applaudir, pas même quand le gouvernement a annoncé son intention d’adopter la loi pour les victimes de violence conjugale.

Outrés, des élus anglophones au Salon rouge lui ont crié : Read the room! (Adapte ton comportement.)

Le chef péquiste comprend certainement les codes de la politique, sans quoi il n’aurait jamais réussi l’exploit de redresser la barre d’un parti au bord de l’abîme et dans les bas-fonds des sondages, comme il a su le faire pour le Parti québécois (PQ).

Toutefois, maîtriser la communication politique et bien évaluer l’humeur ou l’atmosphère d’une situation est un art que tout aspirant premier ministre doit approfondir.

Paul St-Pierre-Plamondon admet qu’il en est encore à acquérir de l'expérience en la matière. En faisant du porte-à-porte pour l’élection partielle de Chicoutimi, il a finalement reconnu les inquiétudes des gens qui trouvent le contexte géopolitique trop anxiogène pour réaliser la souveraineté.

Il a donc adapté son message, laissant entendre qu’il pourrait attendre la fin du mandat de Donald Trump avant de lancer le Québec dans un exercice référendaire. Nul doute qu’il voit aussi la perspective d’un mandat majoritaire lui filer entre les doigts, à calculer le nombre d’indécis dans les sondages et l’appui à la souveraineté, qui stagne autour de 30 %.

Malgré les écarts cités plus tôt, quand venait le temps de parler du référendum, le chef péquiste a globalement adouci le ton et s’est montré moins doctrinal. Paul St-Pierre-Plamondon s’est appliqué à tenir un discours rassurant et, surtout, plus rassembleur. Il a notamment redoublé de prudence dans ses propos sur l’immigration.

Il s’est même rapproché d’Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, à qui il en a déjà voulu d’essayer de recruter ses meilleurs éléments.

Charles Milliard en entrevue sur le plateau de RDI, le 5 juin 2026.

Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le chef du Parti libéral du Québec devrait-il parler plus fort?

Être « présent » dans l’espace public ne veut pas nécessairement dire qu’on est « visible ». Pour y arriver, il faut parfois s’imposer… ce que le chef libéral, Charles Milliard, peine à faire.

Depuis sa nomination à la tête du parti en février, il s’est fendu en quatre pour être présent auprès de ses députés, auprès de l’exécutif de son parti, auprès des militants et dans la circonscription d’Orford, qu’il souhaite remporter.

Il ne peut pas se permettre de négliger quoi que ce soit s’il veut éviter le même sort que son prédécesseur, Pablo Rodriguez, qui ignorait ce qui se tramait dans son dos.

Charles Milliard profite aussi de toutes les tribunes. Il accepte tous les dîners de chambres de commerce, et même ceux de l’Economic Club of Toronto. Il refuse très rarement les entrevues. À croire qu’il possède le don d’ubiquité.

Même s’il participe à toutes les conversations, c’est rarement lui qui les dirige. Jusqu’à maintenant, il a mis peu de propositions au jeu qui forcent ses adversaires à réagir et à se positionner.

Au lieu de renchérir, ils ont plutôt ignoré son plan pour construire 100 000 logements par année grâce à un crédit de TVQ, sans doute sa mesure la plus accrocheuse. Ils n'ont pas non plus tenté de discréditer sa future plateforme de télémédecine. Autrement, son plan de cinq priorités claires en matière d'économie, de santé, de culture et de régions manque de détails.

L’ancienne cheffe libérale Dominique Anglade avait dévoilé sa plateforme électorale trop tôt, lors d'un conseil général en début d’été. Quand la campagne a été déclenchée, deux mois plus tard, bien des électeurs n’avaient pas envie de l’entendre se répéter. Ils ont plutôt tourné l’oreille vers les autres chefs pour écouter ce qu’eux avaient à dire. Il y a une marge entre tout déballer d’un trait et réserver presque toutes ses idées pour plus tard.

Comme il occupe peu l’espace, Charles Milliard laisse la place aux autres pour le faire. Les journalistes se mettent alors à le questionner sur tout et rien. Sur l’immigration, sur la laïcité, ou sur la protection de la langue française, par exemple. Des sujets risqués pour un chef libéral qui veut plaire à l’électorat francophone, tout en protégeant sa base anglophone.

Sa position nuancée concernant la disposition de dérogation pour blinder la loi 96 sur la langue française a davantage retenu l’attention que sa cinquantaine d’annonces de candidatures (le plus grand nombre de nouveaux candidats présentés par un parti jusqu’ici). Depuis sa gaffe sur la loi 96, il pèche par un excès de prudence, n’osant pas avancer de réponses qui pourraient le compromettre. À son bilan, il a admis lui aussi devoir poursuivre son apprentissage communicationnel.

Pour expliquer sa baisse dans un sondage cette semaine, ses députés répètent qu’il souffre encore d’un manque de notoriété. Ils n’ont pas tort. Le défi est plus grand pour lui qui n’a jamais siégé ni participé à une campagne électorale.

Nouvellement arrivé en politique depuis quatre mois, Charles Milliard est le chef le moins connu. En politique, la notoriété se bâtit notamment en prenant des risques communicationnels, lesquels, bien calculés, augmentent la visibilité.

Le risque que Charles Milliard prend actuellement, c’est de provoquer le désintéressement des électeurs qui souhaitent apprendre à le connaître davantage.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti en conférence de presse.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti, porte-paroles de Québec solidaire

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Les porte-paroles de Québec solidaire prêchent-ils dans le désert?

Le combat communicationnel de Québec solidaire (QS) est bien différent. C’est pourtant un parti qui appuie sur tous les bons boutons : coût de la vie, logement abordable, pouvoir d’achat…

Les députés solidaires parlent de ce que bien des Québécois veulent entendre. Ils ont bien saisi leurs priorités. Celles qui vont orienter leur vote, selon un sondage Léger paru en mai.

Jour après jour, ils exposent ces enjeux. Au risque de paraître détachés de l’actualité quotidienne, qui dicte souvent d’autres sujets. Même au Salon rouge, quand tous les autres partis s’y mettent pour essayer de déstabiliser le gouvernement sur quelque chose d’embarrassant, Québec solidaire fait souvent bande à part et revient avec ses questions concernant les logements.

Depuis le début de l’année, QS conserve sa ligne de communication et s’en tient aux mêmes dossiers qui concernent spécialement sa base militante.

S’il est le seul parti qui réussit véritablement à mettre le doigt sur ce qui tourmente les gens, pourquoi se retrouve-t-il bon dernier dans les sondages, derrière le Parti conservateur du Québec?

Une piste peut-être : Québec solidaire semble avoir été étiqueté par les électeurs. Pelleteux de nuages, idéalistes, chicaniers… depuis quelques années, on entend ces qualificatifs pour décrire le seul parti restant à la gauche de l’échiquier politique.

Dans le passé, Québec solidaire a lancé des propositions mal ficelées pour taxer les plus riches et les véhicules polluants. Le parti s’est parfois lancé dans des propositions qui manquaient de réalisme aux yeux des électeurs. La formation a aussi souvent fait la manchette pour ses crises internes.

C’est à se demander si le parti n’a pas fini par perdre sa crédibilité à gouverner… même si, ces dernières semaines, il a travaillé à étoffer sa réforme fiscale pour la rendre vraisemblable et incontournable dans le débat politique.

Il perd aussi deux poids lourds avec les départs de Manon Massé et de Gabriel Nadeau-Dubois, que les Québécois considéraient comme des chefs sérieux, qui inspiraient confiance. Les deux ne se représentent pas.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti, les deux porte-paroles actuels, ont encore leurs preuves à faire, si on se fie aux derniers coups de sonde. Pourtant, ils se débattent pour attirer des candidatures reconnues, comme le député fédéral Alexandre Boulerice. Les autres députés du caucus se font aussi remarquer pour leur implication active dans tous les dossiers de l’Assemblée nationale.

Le recul de la gauche en Occident peut probablement expliquer une partie des difficultés de Québec solidaire, qui en subit les répercussions. Mais son incapacité à se faire entendre par un électorat plus large fait sûrement pencher la balance des sondages.

Éric Duhaime et Maïté Blanchette Vézina en conférence de presse.

Éric Duhaime a attiré la députée Maïté Blanchette Vézina au sein du Parti conservateur du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le chef du Parti conservateur du Québec manque-t-il de cohérence?

Éric Duhaime a reproduit le même coup d’éclat d’il y a quatre ans, en recrutant une ancienne députée caquiste déçue, prête à lui donner les clés du parlement. Attirer Maïté Blanchette Vézina dans ses rangs lui a permis de donner des conférences de presse à l’Assemblée nationale et, par le fait même, d'augmenter la légitimité et la visibilité de son parti.

Justement, on se rappelle avoir rédigé cette phrase presque mot pour mot en 2022 en remplaçant le nom de Maïté Blanchette Vézina par celui de l’ancienne caquiste Claire Samson. Recruter un transfuge ne lui avait pourtant pas permis d’obtenir de siège au Parlement.

Le Parti conservateur du Québec ne stagne pas pour autant. Il a progressé dans les intentions de vote, se professionnalise de plus en plus et obtient (un peu) plus de considération des autres partis politiques, qui l’ont souvent regardé de haut.

Pas au point de gagner leur respect, toutefois. Ses positions souvent « champ gauche » (ou droit dans son cas) continuent de surprendre. Son opposition à l’abattage d’arbres pour le projet de tramway semblait incohérente avec ses déclarations antérieures.

Sa divergence concernant l'interdiction de la vente de boissons énergisantes aux jeunes était aussi difficile à défendre. S’il parvient à mieux aligner ses idées, le chef conservateur deviendra un adversaire non négligeable en campagne électorale. Comme ancien animateur de radio, il demeure celui qui s’exprime le mieux. En tout cas, il est le plus craint au débat des chefs, nous ont confié des conseillers politiques de tous les autres partis.

Sont-ils tous moins habiles que Christine Fréchette pour communiquer? Pas nécessairement. Mais ils devront être meilleurs. Avec cinq partis sur les blocs de départ de la campagne électorale, chaque jour devient une bataille pour faire la manchette et s’attirer les votes.

Mentions spéciales à :

André Fortin (chef parlementaire du Parti libéral du Québec) :

Redoutable adversaire à la période des questions, il garde un ton ferme et sans partisanerie. La première ministre ne peut pas se permettre de baisser sa garde quand elle lui répond. Il relève toutes ses failles.

Marie-Karlynn Laflamme (députée du Parti québécois dans Chicoutimi) :

Les autres élus ont encore de la difficulté à bien prononcer son nom, mais ils l’apprendront bien vite. Elle est nouvellement élue depuis l’élection partielle de Chicoutimi, mais elle a rapidement révélé sa verve durant les travaux parlementaires et semble apprendre rapidement à maîtriser la joute médiatique.

Guillaume Cliche-Rivard (député de Québec solidaire dans Saint-Henri–Sainte-Anne) :

Tous les partis politiques le disent : ils en voudront toujours un comme lui dans leur équipe. Travailleur acharné, faisant preuve d’une grande sensibilité durant les débats et toujours prêt à collaborer, il parvient à s’illustrer lors de chaque session parlementaire.

Les 10 députés indépendants :

Ils ont démontré leur pertinence en fin de mandat, en insistant pour prendre le temps de bien analyser des articles de projets de loi. Dans quelques dossiers, ils ont obtenu la balance du pouvoir et ont démontré qu’ils ne sont pas des plantes vertes, une expression couramment utilisée au Parlement pour décrire ceux qu’on entend moins souvent.

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