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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySAVANNAH, Georgie - Alors que les États-Unis s’apprêtent à célébrer leur 250e anniversaire, plus de 350 000 ressortissants haïtiens n’ont pas le cœur à la fête dans le pays. Rongés par l’incertitude, ils sauront bientôt si la Cour suprême américaine les autorisera à rester sur le territoire.
La situation est ironique, souligne l’historien et activiste Amir Jamal Touré. Voici un pays fondé en partie sur la participation des Haïtiens et qui, aujourd'hui, se retourne contre eux, explique-t-il.
Nous l’avons rencontré dans l’un des parcs verdoyants de Savannah, en Georgie, face au monument dédié aux Chasseurs volontaires de Saint-Domingue. Six soldats y sont représentés avec leurs chapeaux tricornes et leurs mousquets.
Le rappel d’une contribution méconnue, voire ignorée, à la guerre d’indépendance américaine.
Le corps d'infanterie des Chasseurs volontaires a été formé dans la colonie française de Saint-Domingue, devenue Haïti.
Commandé par des officiers blancs, c’est l'un des plus importants contingents de soldats d'ascendance africaine ayant combattu durant la Révolution américaine.
Plus de 500 chasseurs volontaires ont joué un rôle déterminant lors du siège de Savannah.

Lors de la bataille de Savannah, les combattants de Saint-Domingue ont repoussé une violente contre-attaque britannique près de la fortification de Spring Hill.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouin
Le 9 octobre 1779, les troupes françaises et les insurgés américains mènent une attaque désorganisée pour tenter de prendre la ville aux Britanniques.
Confrontés à un échec sanglant et à une contre-attaque, ils doivent battre en retraite.
Imaginez le petit matin, le brouillard, les canons et les mousquets qui font feu, raconte Amir Jamal Touré.
À un moment crucial, les Chasseurs volontaires, profitant d'une position surélevée, s’interposent et offrent une vaillante défense. Ils sauvent l’armée en repli d’une destruction totale.
Les patriotes sont donc protégés et peuvent se retirer grâce à l’intervention des Haïtiens, explique l’historien.
Les survivants pourront se réorganiser en de nouvelles unités et combattre lors de batailles ultérieures qui mèneront à l’indépendance américaine.
Les Chasseurs volontaires ont créé les conditions qui ont permis aux Américains de devenir une nation.
Plusieurs membres de ce régiment, dont le futur roi Henri Christophe, mèneront plus tard la lutte pour la création d’Haïti, qui deviendra le premier État noir indépendant du monde.

Un jeune Henri Christophe, futur roi d’Haïti, a combattu dans le corps des Chasseurs volontaires de Saint-Domingue.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouin
À l’approche du 250e anniversaire des États-Unis, de nombreux Américains ne connaissent pas cette contribution, déplore l’historien.
Cette histoire n'a pas été oubliée; elle a été délibérément ignorée, car, aux États-Unis, nous avons toujours un problème racial.
Un rappel historique qui met en lumière une ironie et une hypocrisie aux États-Unis, selon lui, au moment où le gouvernement américain prend pour cible la communauté.
L’administration Trump cherche à révoquer le statut de protection temporaire (TPS) de plus de 350 000 ressortissants haïtiens qui se trouvent en sol américain.
Ce programme a vu le jour dans la foulée du séisme de 2010 et a ensuite été maintenu en raison de l’instabilité qui règne sur l’île.
D’ici le début du mois de juillet, la Cour suprême des États-Unis doit décider si l’administration Trump peut y mettre fin.
Écoutez le reportage de Louis Blouin diffusé à l’émission Tout terrain, le dimanche 14 juin 2026 à 10 h HAE sur ICI PREMIÈRE.
Une mémoire sélective

Les fidèles sont réunis à l’église évangélique de l’Alliance haïtienne du Bon samaritain à Lawrenceville, en Georgie.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouin
C’est l’heure de la messe en créole à l’église évangélique de l’Alliance haïtienne du Bon samaritain à Lawrenceville, près d’Atlanta. Quelques centaines de fidèles sont réunis et chantent en chœur.
Cette congrégation est venue en aide à des dizaines de migrants haïtiens, notamment, qui ont trouvé refuge aux États-Unis pour fuir les violences dans leur pays, en les logeant et en leur fournissant un appui juridique.
Au fond de l’église, un couple et ses deux jeunes enfants écoutent attentivement les chants religieux.
Le père, 38 ans, nous demande de protéger son identité par crainte de représailles de la part des autorités fédérales.
Son long parcours de migrant l’a mené d’Haïti à la République dominicaine, au Chili, au Mexique et, finalement, aux États-Unis, où il est entré de façon régulière avec sa famille et a demandé un statut protégé, en 2022. Depuis, sa conjointe et lui ont eu un deuxième enfant en sol américain.

Un père de 38 ans, en compagnie de son fils à l’église. Il attend de voir si son statut de protection temporaire sera révoqué.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouihn
Le statut protégé du couple sera-t-il maintenu? Leur vie est en suspens. La présence de l'Agence fédérale de contrôle de l'immigration (ICE) dans les rues alimente le climat de peur. Le père de famille se rend quand même au travail dans le milieu de la construction pour subvenir aux besoins de sa famille.
Il peine à imaginer devoir retourner en Haïti. De quoi sera fait l’avenir d’un enfant dans un pays ravagé par la violence?, demande-t-il en créole.
Il aimerait que le gouvernement américain fasse preuve de compassion. Si les États-Unis en avaient la volonté, ils pourraient nous aider à sortir de cette situation. Je ne connais personne qui a choisi de quitter Haïti de gaieté de cœur, explique-t-il.
Claude-Henry Pierre, un enseignant impliqué dans les programmes d’aide de l’église, aimerait que l’administration Trump se rappelle de la contribution historique de ses ancêtres.
La mémoire est sélective. La mémoire peut aussi être politisée et déshumanisée, énonce M. Pierre. Ils savent ce qu'Haïti représente. La réalité, c'est que ce sont les Haïtiens dont ils ne veulent pas.
À l'époque, on était des libérateurs, mais aujourd'hui, on est indésirables.
Un devoir de mémoire s'impose, croit Amir Jamal Touré. Il aimerait que les Américains connaissent aussi bien l’histoire des Chasseurs volontaires de Saint-Domingue à Savannah que celles des grandes batailles de la guerre d’indépendance.
Il est crucial pour nous d’avoir une mémoire à long terme. Il faut connaître l'histoire américaine et non la mythologie américaine. Si vous comprenez l'histoire, alors vous comprenez ce qu'est le respect et l’importance d'aider ceux qui vous ont soutenu, croit-il.

Amir Jamal Touré, historien et activiste, devant le monument des Chasseurs volontaires à Savannah, en Georgie.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouin
Devant le monument des Chasseurs volontaires à Savannah, une touriste a l’air pensive. L’endroit est symbolique pour elle. Jennifer a des origines haïtiennes et son fils est un soldat dans l’armée américaine.
C'est un honneur de venir ici pour voir ce monument et lui rendre hommage en tant que militaire d'origine afro-américaine, nous dit-elle.
Interrogée sur le sort incertain de centaines de milliers de ressortissants haïtiens en sol américain, elle compatit.
C'est très triste. J'espère que la situation tournera à leur avantage. Je prie pour qu'ils puissent continuer à aider leurs familles et à vivre librement, dit-elle.
Ceux dont les ancêtres se sont battus pour la liberté des États-Unis et qui rêvent aujourd’hui d’y conserver la leur.


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