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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDe nouveaux documents remettent en cause la défense du gouvernement et de Santé Québec dans la controverse entourant le projet informatique SIFA, qui risque de coûter beaucoup plus cher que prévu. Radio-Canada a ainsi découvert cinq déclarations erronées de la présidente du Conseil du trésor et ministre de la Cybersécurité et du Numérique, France-Élaine Duranceau, lors d’entrevues accordées la semaine dernière.
Par ailleurs, nous avons mis la main sur une lettre du fournisseur actuel LGI Solutions Santé dans laquelle il avertit la ministre et la vice-présidente des Finances de Santé Québec qu'elles ont utilisé des chiffres inexacts.
Un syndicat de fonctionnaires dénonce aussi un faux exemple utilisé par la ministre Duranceau.
1) Le coût du projet sur 18 ans

France-Élaine Duranceau, en entrevue avec l'animateur Patrick Lagacé à l'antenne du 98,5 FM, le 15 septembre dernier
Photo : Cogeco Media
Ça va nous coûter 329 millions $ de mener ça à terme.
INEXACT
Le coût de mener le projet SIFA à terme est évalué à 677 millions de dollars par le gouvernement et Santé Québec.
Il y a le budget de déploiement de 329 millions $, mais il faut ajouter les coûts récurrents sur 18 ans, de 348 millions $. Autant le gouvernement que Santé Québec n'ont jamais communiqué le montant total de 677 millions $, qui est pourtant écrit noir sur blanc dans leurs documents confidentiels, que nous avons obtenus, dont un mémoire au Conseil des ministres.
Invité à réagir, le cabinet de la ministre a renvoyé la responsabilité des calculs à Santé Québec.
La société d'État ne nous a pas répondu sur ce point, mais dans tous nos échanges pour la préparation de ce texte, elle n’a reconnu aucune erreur.
Dans le dossier SAAQclic, la vérificatrice générale avait additionné les coûts de développement et les coûts d'exploitation pour en arriver à un total de 1,1 milliard $. La commission Gallant avait fait le même exercice.
Santé Québec et la ministre Duranceau contestent les conclusions de ce rapport.
2) La comparaison du coût et des économies

Entrevue de la ministre France-Élaine Duranceau avec Patrice Roy, le 14 septembre.
Photo : Radio-Canada
C'est 1,2 milliard $ d'économies en allant de l'avant avec ce projet-là, qui nous coûte 329 millions $ pour générer 1,2 milliard $ d'économies.
INEXACT
La ministre a comparé deux périodes de temps différentes, ce qui a eu pour effet de minimiser le coût et de maximiser les économies.
D'un côté, France-Élaine Duranceau prend les 329 millions $ de coût d'exécution du projet. Ceux-ci sont sur environ cinq ans, selon des documents du ministère de la Santé que nous avons obtenus. À l'inverse, les économies de 1,2 milliard $ sont sur une période de 18 ans.
Pour faire une comparaison plus juste, il aurait fallu utiliser les 677 millions $ de coûts sur 18 ans, selon Alejandro Romero-Torres, professeur titulaire de la Chaire en gestion de projet ESG UQAM, spécialiste de la gestion des projets publics en technologies de l'information.
Pour avoir une bonne comparaison avec les bénéfices d’un projet, il faut les comparer avec les coûts d’exécution et les coûts récurrents sur la durée de vie du projet, explique-t-il.
Ne pas prendre en compte ces coûts, c'est une mauvaise pratique, dit-il, parce que cela mène à une évaluation incomplète et potentiellement trompeuse du projet.
Rappelons, par ailleurs, que dans leur rapport de juin 2026, les fonctionnaires du ministère de la Cybersécurité et du Numérique et les firmes ont conclu que les bénéfices projetés de 1,2 milliard $ sont globalement surestimés et ne sont pas appuyés par des analyses suffisamment rigoureuses et que c'est particulièrement le cas des économies liées à l'élimination des solutions actuelles.
3) Le coût des licences

France-Élaine Duranceau, en entrevue avec l'animateur Mario Dumont, le 15 septembre dernier
Photo : qub
Il y aura des économies au niveau des licences qui vont coûter moins cher, 20 millions $ par année, au lieu de 106 millions $ par année.
Les anciens systèmes nous coûtent 106 millions $ par année en licences. Le nouveau système va coûter 20 millions $ par année. Alors juste ça, sur 18 ans, il y a une économie de 86 millions $ par année.
INEXACT
La ministre a exagéré le coût des licences dans ses entrevues, ce qui a déplu au principal fournisseur actuel.
Dans une lettre adressée à la ministre et à Santé Québec, obtenue par Radio-Canada, le principal fournisseur des systèmes actuels, LGI Solutions Santé, affirme qu'elles ont utilisé des chiffres inexacts pour vanter les économies générées par l'élimination des licences.
Nous avons pris connaissance de vos interventions des 14 et 15 septembre au sujet de la réévaluation du projet SIFA, à RDI, à LCN et au 98,5, écrit le président et chef de la direction de LGI, Michel Desgagné, dans cette correspondance qui devait rester privée.
Certains des propos qui ont été tenus sont inexacts. Par la présente, nous souhaitons rectifier les faits.
Michel Desgagné signale dans sa lettre qu'il est impossible que les coûts de licence actuels soient de 106 millions $ par an, puisque l'entreprise reçoit 51,5 millions $ par année de Santé Québec pour ce service.
En incluant les coûts de licence de l'autre fournisseur, beaucoup plus marginal, MédiSolution, ça coûte tout au plus 60 millions $ par année, écrit-il.
La différence entre les deux versions n'est pas banale. Appliquée à l'ensemble de la durée de vie du projet de 18 ans, cela représente un écart de 828 millions $ en coût de licences.
Dans un courriel, Santé Québec nuance les affirmations en expliquant que le chiffre de 106 millions $ par année ne porte pas uniquement sur les coûts de licences actuels, mais sur l’ensemble des coûts nécessaires à l’exploitation, au soutien et à la maintenance des solutions à long terme, ainsi que sur les investissements requis pour assurer leur évolution, leur pérennité et leur conformité au fil du temps.
4) Des systèmes désuets ou pas mis à jour?

France-Élaine Duranceau, en entrevue avec l'animateur Jean-François Guérin, le 15 septembre dernier
Photo : LCN
Si on reste dans des systèmes qui sont vulnérables, qui sont archaïques, on va avoir bien plus de problèmes que [si on va] de l'avant.
À NUANCER
Des établissements de santé n'ont pas mis à jour leurs systèmes informatiques pendant des années, ce qui a pu renforcer l'impression de désuétude et de vulnérabilité.
Dans sa lettre, le fournisseur LGI Solutions Santé déplore que les systèmes actuels aient été décrits comme "archaïques, désuets, vulnérables, lors des entrevues".
Des sources et des documents du ministère de la Santé indiquent que plusieurs établissements du réseau, dont des hôpitaux, n'ont pas fait les mises à jour de leurs solutions informatiques administratives ou ont tardé à le faire, ce qui a pu générer la perception de désuétude.
Le 14 septembre dernier, l'animateur Patrick Lagacé avait demandé à la ministre Duranceau : Avez-vous déjà entendu qu'il y a des établissements qui ne font pas leurs mises à jour et que ça marcherait mieux si les mises à jour étaient faites?
La ministre de la Cybersécurité et du Numérique avait alors admis que les systèmes ne sont peut-être pas mis à jour partout optimalement.
Pour des raisons de cybersécurité, nous ne pouvons divulguer d'information concernant la fréquence des mises à jour de nos systèmes informatiques, quels qu'ils soient, nous a répondu Santé Québec, ajoutant que toutes les solutions utilisées répondent aux exigences de sécurité en vigueur.
L’entreprise LGI Solutions Santé n’a pas répondu à notre demande de réaction. De son côté, MediSolution nous a écrit que ses ententes confidentielles l’empêchent de commenter.
5) Qui a levé les drapeaux rouges en premier ?

France-Élaine Duranceau, en entrevue avec l'animateur Gino Chouinard au 98,5 FM, le 14 septembre dernier
Photo : 98,5 FM
Ce que Santé Québec a fait quand ils sont arrivés en poste en 2025, c'est de mettre un stop sur ce projet-là parce qu'ils ont vu les voyants rouges.
C'est nous qui l'avons allumée la première fois, la lumière rouge.
INEXACT
Santé Québec a pris la responsabilité du projet en décembre 2024. La société d'État a reçu trois demandes de suspension avant de mettre le projet en pause, en octobre 2025.
Radio-Canada a déjà révélé que le ministère de la Santé et des Services sociaux avait reçu deux avertissements du ministère de la Cybersécurité et du Numérique en 2024, avant de donner les rênes du projet à Santé Québec.
Ce n'est que le 2 octobre 2025 que Santé Québec a mis le projet SIFA en pause.
6) Le nombre d'utilisateurs

France-Élaine Duranceau, en entrevue avec l'animateur Alec Castonguay, de Radio-Canada, le 14 septembre dernier
Photo : Radio-Canada
[Le milliard de dollars] c'est un chiffre qui n'est pas réaliste, [...] qui tient pour acquis que 200 000 personnes dans le réseau de la santé vont se servir de ce système-là. C'est un système comptable. Pensez-vous que les préposés aux bénéficiaires vont se servir du système comptable? La réponse, c'est non. Alors, on parle plutôt de 17 000 personnes.
INEXACT
Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, assisté des firmes comptables, a pris en compte 22 000 utilisateurs dans son analyse.
France-Élaine Duranceau a utilisé cet exemple pour désavouer le travail de ses fonctionnaires qui ont conclu que le projet SIFA risque de coûter jusqu'à un milliard $ : Si on a des hypothèses qui sont erronées, bien certainement [que] le chiffre final, il est erroné.
Radio-Canada a mis la main sur le rapport complet du ministère et des firmes. On peut y lire que le nombre d'utilisateurs ciblés est de 22 000, et non pas de 200 000.
Le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Guillaume Bouvrette dénonce un faux exemple qui a servi à la ministre pour désavouer le travail des fonctionnaires.
La moindre des choses pour une ministre, dit-il, c’est de respecter celles et ceux qui travaillent pour elle au lieu de les dénigrer sur la place publique, surtout en disant des faussetés.
Avant de casser du sucre sur le dos des experts de l’État, on l’invite à s’assurer d’avoir les bons chiffres et à ne pas ajouter un zéro de trop.
Selon le syndicat des fonctionnaires, cette histoire, tout comme celle de SAAQclic d’ailleurs, illustre l’importance de miser sur le maintien et le développement de l’expertise interne. C’est notamment ce que recommandait la commission Gallant, comme d’autres commissions d’enquête avant elle.
Il faut cesser de répéter les mêmes erreurs coûteuses, ajoute M. Bouvrette.
Lors d'une des entrevues de la semaine dernière, la ministre France-Élaine Duranceau a rappelé qu'elle est comptable professionnelle agréée (CPA), au même titre que la vice-présidente Finances de Santé Québec.


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