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Les priorités autochtones, aussi fondamentales qu’invisibles dans la campagne

4 hours ago 2

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Éducation, développement économique, accès aux services publics, santé… Les questions chères à certaines grandes organisations autochtones sont les mêmes que celles de bien des électeurs québécois. Les partis ont cependant été avares d’engagements envers les peuples autochtones jusqu’à présent.

Force est de constater que, jusqu’à présent, la relation qu’entend avoir le prochain gouvernement avec les Premières Nations n’est pas réellement abordée, déplore le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, qui attribue ce silence, entre autres, au faible poids démographique et électoral des peuples autochtones au Québec.

C’est quelque chose qui nous préoccupe comme organisation de voir que la question autochtone est mise à l’agenda seulement quand on vit une crise ou qu’on est dans la négociation, déplore pour sa part la directrice générale du Regroupement des Centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ), Tanya Sirois.

Comme le chef Verreault-Paul, elle croit que la faible participation électorale des communautés autochtones au Québec explique en partie pourquoi les chefs ne les interpellent pas davantage. Elle dénonce toutefois le fait que cette approche va à l’encontre de ce que gouverner signifie, selon elle.

Un futur gouvernement a une responsabilité populationnelle pour l’ensemble des personnes sur le territoire. En laissant tomber un pan de population, peu importe lequel, à des fins stratégiques, il ne fait pas de nous une société qui va mieux aller dans le futur.

Paradoxe

Un dirigeant à une assemblée.

Francis Verreault-Paul, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Toute stratégie s’appuyant sur un simple calcul démographique ou électoral occulte une réalité importante, selon Francis Verreault-Paul.

On voit dans les priorités de l’ensemble des partis et de la population que c’est l’instabilité économique qui trône au sommet, avance-t-il. Le contexte juridique et politique actuel fait que l’avenir économique, notamment l’exploitation et le développement des territoires et des ressources naturelles, passe indéniablement par un partenariat direct avec les Premières Nations.

Actuellement, tous les partis ne se voient pas autrement qu’en tant que gouvernement le 5 octobre. Dans cette perspective-là, ils doivent préparer le terrain [...] Si on ne vient pas nous parler, on manque une occasion fondamentale d'établir une base de confiance avec les Premières Nations.

Francis Verreault-Paul donne toutefois la chance au coureur, puisque chaque jour de campagne apporte ses propres thèmes, et celui de la relation avec les peuples autochtones aura tôt ou tard sa place, espère-t-il.

Quant aux grandes crises qui occupent la campagne – logement et itinérance, éducation, coût de la vie –, ce sont aussi celles des peuples autochtones. Ces derniers sont même davantage touchés par ces problèmes de société, fait valoir Tanya Sirois.

Tanya Sirois fait brûler de la sauge pendant une cérémonie.

Tanya Sirois déplore que les questions autochtones ne soient abordées que lorsqu'il y a une crise, un débat ou une controverse. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

Quand l’économie ne va pas bien, ça affecte beaucoup de personnes. Cependant, l’attention et les efforts qui sont mis en matière de questions politiques, de questions économiques, ne doivent pas se faire au détriment des questions sociales, des questions des Premières Nations. Pourquoi choisir l'un au détriment de l’autre? ajoute-t-elle.

Les piliers de la santé et de l’éducation

Et pour corriger les inégalités qui affligent les peuples autochtones au Québec, il faut commencer par la santé et le bien-être, croit Tanya Sirois.

Ça ne sert à rien de taper sur le clou si une personne a des ennuis de santé. Comment travailler à ce qu’elle fasse un retour aux études, un retour en emploi, ou peu importe ce à quoi elle aspire, si elle n’a pas les conditions idéales pour améliorer sa santé et son mieux-être? illustre-t-elle.

Tant qu’on ne met pas d’énergie au niveau de la santé et du mieux-être, on va difficilement réduire ces fameux écarts socioéconomiques qui existent entre les populations.

Une société en santé, c’est une société qui est plus prospère économiquement, c’est une société qui contribue énormément à son développement social, communautaire, économique et culturel.

Dans un contexte urbain – où vivent plus de 60 % des Autochtones au Québec –, les services et les soins passent par les cliniques de santé autochtones affiliées aux Centres d’amitié, souligne Mme Sirois.

Christian Dubé, Ian Lafrenière et Philippe Meilleur devant un immeuble en briques.

Une première clinique de santé autochtone dans la région de Montréal a ouvert en 2024. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le RCAAQ a d’ailleurs lancé une invitation aux chefs de partis afin qu’ils visitent l’une de ces huit cliniques. Bien que certains aient accusé réception du message, aucun n’a accepté officiellement de se prêter à l’exercice pour l’instant, relate Tanya Sirois.

On parle souvent de la question autochtone d’une façon des fois, ou trop souvent, négative, souligne-t-elle. On ne prend pas le temps de voir ce qui est fait et ce pour quoi il faut continuer de se battre afin qu’on continue de bien faire ce travail-là.

Le RCAAQ dispose d’une entente avec le ministère de la Santé depuis 2021 pour financer les services de santé autochtones en milieu urbain. Bien que cette entente ait été renouvelée jusqu’en 2030, Tanya Sirois voudrait que le financement devienne pérenne pour affronter les tumultes financiers et les changements d’orientation politique du gouvernement.

La pérennité, c’est le nerf de la guerre. Je pense que c’est le cas pour plusieurs dossiers, mais c’est là qu’on voit que c’est dommage, parce que la question autochtone, elle est immanquablement très variable, c’est-à-dire qu’elle devient prioritaire, puis on l’oublie, puis elle redevient prioritaire.

Le chef Francis Verreault-Paul, lui, interpelle les chefs de partis pour qu’ils prennent des engagements permettant aux Premières Nations un meilleur accès aux services publics en matière de protection de la jeunesse, de sécurité publique, de santé et, surtout, d’éducation.

La colonne vertébrale de notre avenir passe par l’éducation, insiste-t-il. L’éducation est très large : ce n’est pas seulement d’obtenir un diplôme d’études collégiales ou universitaires. C’est lié à la revitalisation de nos langues, de notre culture et de nos pratiques de transmission culturelle.

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