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Le Canada peut tirer profit de la guerre commerciale, estiment des experts

5 hours ago 5

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C’est en vertu de l’article 338 de la Loi américaine sur les tarifs, qui date des années 1930, que l'administration de Donald Trump a imposé, il y a près d'une semaine, de nouveaux droits de douane de 50 % sur une gamme de produits canadiens. Concrètement, cet article permet au président des États-Unis de cibler de manière explicite certaines provinces canadiennes et d’en épargner d’autres.

Selon certains experts, il s’agit d’une stratégie politique qui vise à diviser le front canadien dans le but d'affaiblir la position d’Ottawa lors d’une éventuelle reprise des négociations commerciales avec Washington.

En vigueur depuis le 22 août, ces droits de 50 % visent 27,6 milliards de dollars de marchandises canadiennes, ciblant principalement les secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium, ainsi que ceux des produits forestiers, de l'alcool et des produits laitiers.

En guise de représailles, le Canada a imposé à son tour des contre-tarifs sur une série de produits américains, applicables à partir du 8 septembre.

Lors de l’annonce de ces tarifs, mardi, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué qu’Ottawa veut agir de manière stratégique en prenant pour cible des États américains [...] afin d’exercer une pression politique sur l’administration Trump.

La ministre de l'Industrie, Mélanie Joly, et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.

La ministre de l'Industrie, Mélanie Joly, et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, ont détaillé la riposte canadienne, mardi.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

L'objectif premier [des contre-mesures tarifaires] est de protéger nos travailleurs et nos marchés, a dit Mme Joly. Mais, bien entendu, nous avons toujours affirmé la nécessité d'exercer des pressions; c'est d'ailleurs la raison d'être de ces contre-mesures.

Un « risque » de division

De l'avis de la politologue Geneviève Tellier, le fait que les Américains décident de cibler certains secteurs de l’industrie canadienne plus que d’autres risque de diviser les provinces qui ont jusque-là affiché un front commun en soutien au gouvernement libéral de Mark Carney. Sur le long terme, cela pourrait être douloureux, analyse-t-elle.

La spécialiste estime toutefois qu’il ne s’agit pas d’un risque calculé de la part des Américains. J’ai l’impression qu’ils visent certains produits plus que d’autres, mais ça adonne, par la force des choses, que certaines provinces sont plus touchées [...] parce que l’industrie canadienne est régionalisée, explique la professeure à la retraite, qui était auparavant à l'Université d'Ottawa.

Ainsi, ce sont la Colombie-Britannique, le Québec et l'Ontario qui subissent le plus gros du choc économique provoqué par la guerre commerciale. En revanche, les provinces des Prairies et de l'Atlantique sont relativement épargnées, grâce aux exemptions sur les matières premières, comme le pétrole et le gaz.

Danielle Smith parle devant un micro.

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaoré

Face à la crise, la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, est la seule à prôner l'apaisement diplomatique, appelant Ottawa à revenir à la table des négociations avec les États-Unis et à éviter l'escalade.

De l’autre côté du spectre, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, affiche une posture combative face aux tarifs douaniers américains, brandissant l'idée d'utiliser les exportations énergétiques comme arme de négociation pour faire plier les États-Unis.

M. Carney, de son côté, estime que rien n'est exclu et que toutes les options sont sur la table, mais il dit en même temps privilégier les mesures stratégique [...] et positives pour le Canada.

L'énergie, un « sujet sensible »

L’idée de couper l’électricité et les minéraux critiques aux marchés américains n’est pas nouvelle, rappelle Geneviève Tellier, mais c’est un sujet sensible, puisque l’énergie [relève] des juridictions provinciales.

En plus de diviser les provinces, une telle mesure, selon la politologue, risque de mettre à mal la crédibilité du Canada comme source fiable d’énergie pour les Américains. Cela pourrait donc avoir des conséquences importantes, dit-elle. Les Américains ne feront plus confiance aux Canadiens pour leur approvisionnement futur en énergie.

Des pylônes électriques surplombent une forêt dont les arbres sont couverts de givre.

Hydro-Québec vend de l’électricité à la Nouvelle-Angleterre depuis les années 1980. La région américaine compte maintenant pour la moitié des exportations d'électricité québécoises.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

L’experte juge que le Canada aurait plus à gagner en cherchant de nouveaux marchés pour vendre son énergie, comme cela se fait déjà avec l’aluminium.

Selon les données européennes, pour la seule période de janvier à avril, l'Union européenne (UE) a importé quatre fois plus d'aluminium canadien par rapport à la même période en 2025.

Pourquoi couper le pétrole, si le pétrole nous rapporte beaucoup d’argent? On serait un peu fous de s’en priver. [...] En même temps, on n’est pas obligés de tout vendre aux Américains si on peut le vendre ailleurs.

D'après Mme Tellier, le Canada doit miser sur la diversification de son marché s’il compte sortir gagnant de cette guerre commerciale avec les États-Unis.

On a toujours su que notre marché n’était pas assez diversifié et qu’il fallait réduire notre dépendance envers les États-Unis, explique-t-elle, ajoutant : Ça serait une bonne façon d’écouler nos produits et ça serait gagnant pour nous.

S'attaquer aux barrières entre les provinces

Une autre manière pour le Canada de tirer profit de la crise commerciale actuelle est de s’attaquer aux barrières commerciales interprovinciales, croit Valérie Lapointe, directrice associée du Centre d’excellence sur la fédération canadienne à l’Institut de recherche en politique publique.

Les drapeaux.

Ottawa pourrait aussi s'attaquer aux barrières commerciales interprovinciales, selon Valérie Lapointe.

Photo : RCI

Il va falloir se recentrer sur : comment on peut faire pour mieux commercer entre nous afin d’atténuer les effets des tarifs américains. Je pense que c’est la question la plus centrale aujourd’hui.

À son avis, depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, en janvier 2025, toutes les provinces ont déployé des efforts pour légiférer sur cette question, démontrant une volonté politique immense. Or des obstacles persistent encore, explique la chercheuse, qui se penche sur cette question depuis des mois.

Selon elle, il y a eu des avancées sur certaines questions, par exemple le commerce de l’alcool, mais d’autres barrières seront difficilement éliminées.

Il y a des barrières qui existent pour une raison, fait-elle valoir. Il y a des questions linguistiques et environnementales, ou encore des questions en lien avec les relations avec les communautés autochtones qui ne pourront pas être facilement éliminées.

Nous ne pouvons pas complètement libéraliser notre marché intérieur sans qu’il y ait de conséquences, ajoute encore Mme Lapointe. Si, par exemple, nous libéralisons notre marché de manière agressive et qu’une province subit des pertes d’emplois massives en lien avec cette libéralisation, est-ce que le gouvernement fédéral serait prêt à compenser financièrement cette province-là?

J’ai l’impression que, plus les États-Unis vont nous imposer des tarifs agressifs, plus la question du commerce interprovincial va s’imposer d’elle-même. On n’aura pas le choix.

C’est d’ailleurs le message martelé ces derniers jours par plusieurs responsables fédéraux, notamment le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.

On savait que, si les négociations avec les États-Unis n'arrivaient pas à terme, qu'on aurait besoin d'un plan, a indiqué le ministre, lundi, sur les ondes de Radio-Canada. Notre plan A a toujours été de bâtir une économie canadienne, c'est-à-dire d'enlever les barrières tarifaires, ce qui nous permettrait de gagner 200 milliards dans le produit intérieur brut.

6:49

L'entrevue du ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne

La ministre Joly a, pour sa part, entamé cette semaine une tournée dans différentes provinces canadiennes, dans le but affiché de renforcer le front national face aux menaces américaines. Après l’Alberta, mercredi, elle doit se rendre en Colombie-Britannique et en Ontario au cours des prochains jours.

Il s'agit d'une tournée clé, d'après elle.

On s'attend de toutes les provinces qu'elles puissent travailler ensemble et travailler avec nous, le gouvernement fédéral, pour être une équipe forte, a affirmé Mélanie Joly à Radio-Canada, lors de sa visite à Calgary.

En tant que gouvernement, on a été capable de démontrer l'importance du fédéralisme coopératif, [...] parce que c'est important qu'on puisse respecter les différentes réalités de ce grand et beau pays, mais en même temps qu'on puisse, au final, trouver un terrain d'entente.

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