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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPour s'adapter aux changements démographiques et technologiques, les cégeps offrent des formations sur mesure à plus de 1000 entreprises et à des dizaines de milliers d'employés. L'objectif : affûter leur savoir-faire et répondre aux besoins du marché du travail.
L'offre ne comble toutefois pas la demande croissante. C'est pourquoi la Fédération des cégeps réclame 25 millions de dollars supplémentaires à Québec pour développer la formation continue.
Pour la première fois depuis un siècle, le Québec voit sa population active décliner. L'Institut de la statistique du Québec indique que la population de 15 à 64 ans a commencé à diminuer l’été dernier et prévoit qu'elle chutera de 178 000 personnes entre 2026 et 2029.
Il y a aussi les départs à la retraite qui s’accélèrent, et près d’un million de postes seront à pourvoir au Québec d’ici 2033, avance la présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit.
Devant ce choc démographique et aux transformations majeures du marché du travail, bousculé par l’avènement de l’intelligence artificielle et d'autres nouvelles technologies, le réseau collégial s’érige en rempart pour défendre l’économie québécoise.
Le grand défi que le Québec va avoir pour sa résilience économique et sa productivité, c’est d’être capable de former et d’adapter les compétences des travailleurs aussi vite, sinon plus vite, que le marché du travail lui-même va évoluer.
Mme Montpetit met de l’avant la pertinence de la formation continue offerte dans les cégeps, encore trop mal connue, estime-t-elle, mais qui est la voie d’avenir pour assurer une requalification efficace et de qualité des travailleurs québécois.
Nous sommes allés à la rencontre d’entreprises qui misent sur la bonification du savoir-faire de leurs employés et de travailleurs qui retournent sur les bancs d’école pour mettre à jour leurs compétences.
Des formations sur mesure pour les entreprises
Le professeur de génie électrique au Cégep de Thetford Francis Dubreuil aime enseigner aux jeunes de 17 et 18 ans, la relève du futur, comme il les appelle. Mais il a un faible pour ses étudiants qui ont déjà les pieds en industrie. Ça permet d’avoir des discussions vraiment intéressantes, parce que ces personnes-là, le lendemain de leur formation, elles sont sur le plancher, explique-t-il.
Il y a quelques mois, il a créé pour l’entreprise de métallurgie Canam deux formations, une débutante et une de niveau plus avancé, dont l’objectif est d’apprendre à contrôler et à programmer un robot de marque ABB, dit collaboratif, avec un système de caméra intégrée à la machine.
Jusqu’à présent, une trentaine de leurs travailleurs en ont suivi une des deux, et d’autres devraient bientôt s’ajouter au lot.

Dans le laboratoire du Cégep de Thetford, ce robot ABB, avec ses six axes de liberté qui lui permettent d'effectuer des rotations dans tous les sens avec une grande précision, aspire toutes les pièces pêle-mêle de ce casse-tête pour enfants et les replace en moins d’une minute.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Canam a fait appel au Cégep de Thetford, parce qu’elle est en train de développer dans le plus grand des secrets sa première ligne de production robotisée. L’entreprise possède déjà des robots ABB, mais puisqu’elle intensifie son processus d’automatisation, elle souhaitait rehausser les compétences en robotique de certains de ses employés.
L’arrivée de ce nouveau projet nous a donné l’impulsion pour investir dans nos employés, s’assurer que leurs compétences étaient mises à jour pour répondre aux besoins de l’organisation, explique la directrice des ressources humaines chez Groupe Canam, Vicky Fortier.
Le marché du travail évolue très rapidement, avec l’automatisation, la robotique. On doit suivre la parade, et même être en avant d’elle si on le peut.

La directrice des ressources humaines du Groupe Canam, Vicky Fortier, trouve très importante la formation continue pour les employés de son entreprise.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Et les employés sont reconnaissants qu’on fasse le pari de croire en eux.
Ça me permet de parler le même langage avec mes techniciens quand on planifie le travail, et ça nous permet d’agir plus vite pendant les travaux, explique la chargée de projet Andrea Gomez. Ça me donne plus confiance en moi dans mon travail et ça crée un sentiment d’appartenance envers la compagnie aussi, ajoute celle qui travaille chez Canam depuis trois ans.
C’est une évolution des choses. Ça me permet de rester à la fine pointe de la technologie et de suivre le marché dans mon domaine, renchérit Guillaume Poirier, qui travaille depuis 20 ans pour l’entreprise québécoise. J’ai commencé à l’usine comme assembleur et soudeur, et j’ai tranquillement grandi en saisissant les opportunités, comme celles de cette formation.

Cette cellule robotisée composée de trois robots assemble et soude d'énormes poutres en forme de « H » en acier dans l'usine de Saint-Gédéon du Groupe Canam.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
L’expertise du réseau collégial au service du secteur privé
En visitant le Cégep de Thetford, nous tombons sur un professeur accompagné d’une étudiante, qui font des tests d’impression 3D avec un gros robot soudeur.
Les professeurs de cégep font beaucoup de recherche. Et ce sont des connaissances qu’ils vont transmettre dans leurs cours, notamment aux travailleurs de l’industrie, indique Paul-André Charbonneau, qui travaille pour le service aux entreprises du Cégep de Thetford.

Le professeur à la technique de génie mécanique Nicolas Tremblay et son étudiante en génie du plastique Stéphanie évaluent le travail de soudure effectué par le robot.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Il souhaite mieux faire connaître la panoplie de services que les cégeps peuvent offrir au secteur privé.
Une des missions que j’ai, c’est de faire comprendre à l’industrie que les services aux entreprises des cégeps, c’est leur porte d’entrée pour avoir accès à toute cette expertise développée dans le réseau collégial.
Une pénurie de main-d'œuvre se fait sentir dans plusieurs secteurs d'activité dans la région de Chaudière-Appalaches, ce qui exacerbe l'urgence de miser sur les employés disponibles, renchérit Paul-André Charbonneau. Ici, le taux de chômage est extrêmement bas. Trouver des employés, c’est difficile. Conjuguons cela avec le fait que certains travailleurs qualifiés étrangers doivent repartir à [l’échéance de leur permis de travail].

Paul-André Charbonneau est heureux que le Cégep de Thetford développe de plus en plus de partenariats avec des entreprises.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Je sens qu’il y a une demande de plus en plus forte pour garder les travailleurs qui sont déjà là et les amener à un autre niveau, résume-t-il. Les formations sur mesure pour les entreprises sont un service offert aux frais des entreprises, mais il s'agit de coûts très compétitifs, assure M. Charbonneau.
L’offre plus faible que la demande pour la formation continue
Quelque 1500 entreprises bénéficient des formations sur mesure pour la mise à niveau des compétences de leurs employés et 320 programmes de formation continue sont offerts dans les cégeps, affirme Marie Montpetit de la Fédération des cégeps.
Ces programmes sont offerts aux travailleurs de différents profils et aux expériences diverses. Ils mènent le plus souvent à des attestations d’études collégiales (AEC), un type de diplôme en essor depuis plusieurs années.
C’est le cas de la nouvelle formation spécialiste en solution d’intelligence artificielle offerte au Collège du Bois-de-Boulogne à Montréal, explique la conseillère pédagogique Sabine Boufenara. On a développé beaucoup de programmes pour répondre aux besoins du marché du travail, avec la transformation des tâches et des rôles, notamment avec tout ce qui se passe autour de l’intelligence artificielle.
L’agente au service à la clientèle dans une compagnie d’assurance Nahed Amamou et l’employé municipal Mohamed Houari ont pris l’initiative de s’inscrire à cette formation de deux ans, offerte à distance à raison de deux soirs par semaine, justement pour ajouter de nouvelles cordes à leur arc professionnel.
J’ai choisi cette formation pour avancer dans ma carrière à l’intérieur de mon entreprise et peut-être, pourquoi pas, faire un changement de carrière dans un domaine qui est en essor, confie Nahed. Elle salue la formule des cours, qui lui permet de marier assez sereinement ses études à ses vies professionnelle et familiale.

Mohamed Houari est persuadé que l'intelligence artificielle prendra une place importante dans le marché du travail du futur et qu'il faut s'adapter à ces chamboulements qui s'en viennent.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
J’apprends des choses que je pourrai appliquer dans mon travail au quotidien, se réjouit de son côté Mohamed. On est dans une société compétitive, on n’a pas le choix d’être compétitif dans notre façon de faire, explique-t-il pour justifier son envie d'affûter ses compétences de la sorte.
Et la nouvelle formation en IA du Collège du Bois-de-Boulogne est très contingentée, au point que des dizaines de candidatures de qualité sont refusées, affirme Mme Boufenara. Et ce phénomène s’observe dans l’ensemble du Québec, précise Marie Montpetit.
Il y a un frein financier dans les budgets des cégeps qui ne nous permettent pas de répondre à toute la demande [en formation continue].
On est déjà à plus de 30 000 adultes inscrits en formation continue, et la demande est beaucoup plus grande que l’offre actuelle. Voilà pourquoi sa fédération réclame au gouvernement du Québec un investissement supplémentaire de 25 millions de dollars.

La PDG de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit, estime que le réseau collégial est le levier principal pour soutenir la formation continue des travailleurs tout au long de leur carrière.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
L’ensemble des acteurs s’entendent pour dire qu’on va frapper un mur si on n’accélère pas le rehaussement des compétences, la requalification des travailleurs. On n’est pas prêt à ce raz-de-marée-là qui est devant nous, conclut Mme Montpetit.
Ce n’est plus un luxe de rester tout le temps en formation. C’est devenu un besoin. Les tâches évoluent, les technologies évoluent. C’est pour ça qu’on reste en formation toute la vie.


4 days ago
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