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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes deux premières années au pouvoir de Susan Holt au Nouveau-Brunswick sont marquées par une promesse brisée. Alors qu'ils promettaient d’équilibrer le budget lors de chaque année de leur mandat, les libéraux ont enregistré des déficits historiques qui, cumulés, atteignent près de 3 milliards de dollars, sans plan de retour à l’équilibre budgétaire.
La première ministre Susan Holt croit que la province peut se permettre des déficits.
On a la capacité d'utiliser nos atouts comme gouvernement pour supporter les Néo-Brunswickois qui nous disaient qu’ils trouvaient ça vraiment difficile de joindre les deux bouts. Ils avaient besoin d'un meilleur accès aux soins de santé. On avait un système qui manquait d’investissement depuis longtemps, a dit Susan Holt, lors d’une entrevue récente à l’émission Sens large.
La première ministre n'était pas disponible pour nous accorder une entrevue dans le cadre de ce reportage.
Susan Holt rappelle que le ratio dette sur PIB de la province est le plus bas à l’est de la Saskatchewan.
L'argument est exact, mais est aussi une platitude, estime l’économiste et consultant en politique publique, Richard Saillant.
Lorsqu'elle est entrée en fonction, elle a hérité d'une position financière très enviable, historiquement parmi les meilleures qu’a vécu le Nouveau-Brunswick dans son histoire moderne. Depuis lors, la province est engagée sur une trajectoire qui est complètement insoutenable, s’inquiète Richard Saillant.

L'économiste Richard Saillant estime qu'à un rythme d'endettement de 2 milliards par année, les contribuables du Nouveau-Brunswick paieront près de 100 millions de dollars en intérêts seulement.
Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Si la province continue sur cette trajectoire et que rien n’est fait, les conséquences seront réelles, estime-t-il. Si on reste là-dessus, à partir du milieu de 2030 le Nouveau-Brunswick sera sans doute en faillite, dit l'économiste.
Le chef de l'opposition officielle, Glen Savoie, qui nous a accordé une entrevue avant l’élection du nouveau chef du Parti progressiste-conservateur, samedi, martèle que ces déficits records sont irresponsables.
On a un déficit de trois milliards de dollars et qu’est-ce qui s’est amélioré? Nos résultats en éducation sont pires, nos accès aux soins de santé sont pires, notre abordabilité pour le coût de la vie est pire. Il faut que ce gouvernement prenne ses responsabilités, souligne Glen Savoie.
Des décisions difficiles
Pour trouver des économies, le gouvernement a avancé huit éléments clés intitulés des décisions difficiles dans son cadre budgétaire 2026-2027.
Parmi eux : réduire la taille de la fonction publique de 12 % sur trois ans, ce qui permettrait, à terme, des économies de 100 millions de dollars et signifierait l’abolition de 1296 postes permanents et non permanents.

À ce jour, 222 postes de la fonction publique du Nouveau-Brunswick ont été éliminés ou sont en voie de l'être d’ici la fin de l'année fiscale, ce qui représente des économies de 16 millions de dollars, selon le ministère des Finances.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
Il y a du monde qui pense que des coupures de 12 % dans la fonction publique, c'est beaucoup trop gros. Et il y a du monde qui nous demande toujours de dépenser de plus en plus d'argent. Mais nous autres, on regarde un équilibre, fait valoir Susan Holt.
Selon Richard Saillant, il faut être beaucoup plus ambitieux. L'économiste dit ne pas voir actuellement d’examen approfondi des finances.
Avant la pandémie, on avait 12 fonctionnaires par 1000 habitants, maintenant, on en a 18, on a augmenté de 50 %, alors que, dans les autres provinces, la moyenne de l'augmentation, c'est presque zéro [...] Il y a peut-être eu un peu de laisser-aller, dit-il.

Une grande manifestation a eu lieu devant l’édifice de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick le 3 juin 2026 contre les changements prévus aux services de vétérinaires provinciaux.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Le gouvernement a aussi pris une série de mesures dont certaines ont fait polémiques, comme d’éliminer les services provinciaux des vétérinaires, se départir de certains parcs et sites historiques provinciaux, geler les subventions des établissements postsecondaires.
C'est une fraction, une décimale de ce qu'on veut aller chercher pour rétablir la situation. Donc la question, c'est pourquoi on arrive avec ce genre de choses-là? C'est parce qu'on n'est pas parti de la base et de dire on va recommencer de zéro et regarder l'ensemble des dépenses à l'intérieur du secteur public, analyse Richard Saillant.
Plein gaz sur l'énergie
À la recherche de nouveaux revenus et de souveraineté énergétique, le gouvernement Holt a entamé une révision du moratoire sur le gaz de schiste.
Cette initiative ne se trouve pas dans la plateforme des libéraux.

Dans les résolutions de la biennale politique de l'Association libérale du Nouveau-Brunswick de février 2024, les membres du parti avaient en fait voté pour le maintien du moratoire permanent sur l’exploitation du gaz de schiste.
Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Les gens pensaient qu’elle n’allait pas mettre la fracturation hydraulique sur la table, mais elle l’a fait, dit Megan Mitton, députée verte de Tantramar.
Mme Mitton estime que le gouvernement Holt a trahi une certaine partie de la population avec ces initiatives.

Megan Mitton, en lice pour devenir la cheffe du Parti vert, rappelle aussi que les libéraux avaient promis la création d’un programme pour l’énergie solaire afin d'aider les gens à réduire leur facture d'électricité, ce qui n’a pas été réalisé.
Photo : Radio-Canada / Myriam Breau
Megan Mitton rappelle aussi que les libéraux ont donné le feu vert à la construction d’une nouvelle centrale électrique au gaz naturel et au diesel dans le sud-est de la province, à Tantramar, dans sa circonscription.
La première ministre Holt se présentait comme si elle était verte, mais c’est clair que ce n’est pas le cas, indique Megan Mitton, députée verte de Tantramar.
L’accès aux soins primaires ne s’est pas amélioré, selon l’opposition
L’accès aux soins de santé est la promesse phare du gouvernement Holt.
Les libéraux ont promis en campagne trente nouvelles cliniques de soins communautaires d’ici 2028. Ils en ont ouvert 22 jusqu’à maintenant.

Une clinique de soins en collaboration se caractérise par le travail conjoint de plusieurs professionnels de la santé, tels que des médecins de famille, du personnel infirmier praticien et des travailleurs sociaux, selon les besoins de la communauté.
Photo : Radio-Canada / Esther Chaumont-Goneau
La Société médicale du Nouveau-Brunswick est en faveur de cette initiative.
Est-ce que c’est mission accomplie? Je ne crois pas, est-ce qu’on a tourné le bateau de bord? Nous, on croit que oui, dit le Dr Carl Boucher président de la SMNB.
Les médecins ont signé un nouveau contrat de travail avec la province qui prévoit un rattrapage salarial et des hausses d’environ 30 % au cours des quatre prochaines années.
On pense que ce contrat-là a fait des gestes énormes pour regrouper des médecins. On était la province avec le plus de médecins en pratique en solo [...] on croit aussi que ça va aider à garder des médecins qui sont en préretraites avec des gens autour d’eux pour préserver leurs pratiques, évoque le Dr Carl Boucher.

Le Dr Carl Boucher, président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, estime qu’il y a encore du travail à faire, notamment au niveau des listes d’attente pour des chirurgies.
Photo : Facebook : Société médicale du Nouveau-Brunswick
On a attiré et retenu plus de médecins que jamais ici au Nouveau-Brunswick et je pense que, cette année, on va encore créer un nouveau record, mais ils et elles veulent travailler dans les cliniques collaboratives, alors on doit les créer et bouger vite, affirme Susan Holt.
L’opposition estime de son côté que les libéraux n’ont pas livré la marchandise.
L’accès pour les soins de santé c’est pire. Est-ce qu’il y a plus ou moins de gens qui ont accès à un médecin ou soins de santé primaire? La réalité, c’est moins, dit Glen Savoie.
Récemment, le gouvernement a admis avoir sous-estimé le nombre de patients orphelins et s'être éloigné de son objectif de 85 % des Néo-Brunswickois ayant accès à un prestataire de soins de santé primaire.
Le vérificateur général de la province a aussi relevé des lacunes en matière de planification, de gouvernance et de mesure du rendement des cliniques collaboratives du gouvernement Holt.

Paul Martin, vérificateur général du Nouveau-Brunswick.
Photo : (Jacques Poitras/CBC)
Megan Mitton rappelle qu’il y a encore des problèmes récurrents dans plusieurs urgences la nuit, comme celle de l'Hôpital Stella-Maris-de-Kent fermée depuis un an et celle de Sackville.
C’est vraiment vraiment une crise [...] c’est vraiment un problème pour beaucoup de gens dans la province et les salles d’urgence qui sont ouvertes. Il y a trop de pression sur les hôpitaux, comme le CHU Dumont à Moncton, dit-elle.
La décision de changer de fournisseurs de soins virtuels avec la plateforme Foundever a aussi été critiquée par les partis d’opposition qui demandent l’annulation du contrat en raison, entre autres, du manque d’accès à des rendez-vous en français.
De nombreuses promesses tenues
Programme universel de petits-déjeuners gratuits , plafonnement de l’augmentation des loyers, prime de rétention aux infirmières, entres autres, les libéraux ont respecté en tout ou en partie la majorité de leurs promesses.
Ce qui ressort clairement, c'est que c'est un gouvernement qui tient à respecter ses promesses. Il y a seulement deux promesses qui ont été rompues : l’équilibre budgétaire et la taxe sur l’essence jusqu'à présent, indique Gabriel Arsenault, professeur en science politique à l'Université de Moncton.

Une manifestation contre les tarifs d'électricité s'est déroulée le 31 janvier 2026 devant les bureaux d'Énergie NB à Tracadie-Sheila.
Photo : Radio-Canada / Allie Chouinard
Mais des programmes visant à mettre davantage d’argent dans les poches des familles, comme l’abolition de la taxe provinciale sur les factures d’électricité, ratent en partie leur cible en ne fluctuant pas selon les revenus des ménages, rappelle l’opposition.
Pour l’abordabilité, est-ce que ça a aidé les gens qui en ont vraiment besoin, le ministre des Finances a clairement dit non c’est pas le cas, ça a aidé les gens qui n’ont pas eu besoin. Alors, est-ce qu’ils ont fait une chose qui a fait bouger l’aiguille pour la plupart des citoyens de notre province? Absolument pas, affirme Glen Savoie.
Gabriel Arsenault, qui tient un polymètre sur les promesses électorales, estime que le gouvernement a réalisé 27 promesses jusqu’à maintenant. Il indique cependant que rompre des promesses comme celle sur l'équilibre budgétaire peut se refléter au moment d’aller aux urnes.

Si le moratoire sur le gaz de schiste est levé, il pourrait aussi y avoir une vague de mécontentement, estime Gabriel Arsenault rappelant la défaite des conservateurs de David Alward qui avait perdu le pouvoir, entre autres sur cette question en 2014.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Les électeurs peuvent punir le gouvernement pour avoir rompu ses promesses, mais ce n'est pas systématique. Si le gouvernement est capable de se justifier, l'électorat peut comprendre. La question de l'endettement public au Nouveau-Brunswick, en ce moment, c'est clairement l'objet d'un clivage entre les libéraux et les progressistes-conservateurs, fait valoir Gabriel Arsenault.
Les deux prochaines années seront déterminantes, selon le politologue, avec Daniel Allain nouvellement élu à la tête des progressistes-conservateurs. Une figure plus sympathique aux francophones que son prédécesseur Blaine Higgs et plus modérée sur les questions sociales, analyse Gabriel Arsenault.
La dynamique change complètement.
Ce qu'on voit se profiler c'est un clivage gauche-droite plutôt que linguistique [avec les années de Blaine Higgs]. Daniel Alain s'est déjà prononcé pour adopter une posture beaucoup plus agressive sur l'exploitation des ressources naturelles, du gaz de schiste en particulier, et sur le remboursement de la dette publique, indique Gabriel Arsenault.
La question énergétique sera un des enjeux les plus importants et clivants des deux prochaines années, estime le professeur Arsenault, avec les coûts d'électricité de plus en plus élevés ainsi que les nouveaux projets de centrale au gaz et le développement du nucléaire qui ont le potentiel de diviser la population.


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