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Pêche urbaine : lâcher prise en pleine ville

3 hours ago 3

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Les histoires de pêche évoquent souvent des régions éloignées, des lacs et des bateaux. Pourtant, de l'avis de certains pêcheurs montréalais, il n'y a nul besoin de faire deux heures de route ni de posséder une embarcation pour lancer sa ligne.

Une canne à pêche, quelques appâts et un endroit où s’asseoir leur suffisent pour pratiquer leur passe-temps au canal de Lachine ou au lac Saint-Louis.

Maurice Naudi est l’un de ces adeptes. Celui qui se décrit comme une personne âgée fréquente le même coin du parc Saint-Louis, près du phare de Lachine, depuis sa tendre enfance.

Maurice montre le ver au bout de sa ligne.

Maurice Naudi pêche des berges du canal de Lachine depuis sa tendre enfance.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il en est persuadé : son siège, installé au bord du stationnement, est le meilleur endroit où pêcher.

Tu pognes n’importe quoi ici : doré, achigan, brochet, esturgeon..., précise le sympathique résident de Lachine.

De une heure à une heure et demie par jour, il revient au même endroit, comme il le fait depuis toujours. Sa journée sera-t-elle considérée comme un succès, même si aucun poisson ne mord à l’hameçon?

La question déclenche aussitôt les rires de Maurice Naudi : Oh, ça ne me dérange pas. D'habitude, j'amène mon gros speaker, je mets ma musique tranquille, et les gens viennent me jaser comme vous faites.

À moins de deux kilomètres de là, Ron Touaty a pignon sur rue. Depuis 26 ans, il gère la Pourvoirie de Lachine, un magasin de pêche niché dans un bâtiment centenaire en bordure du canal.

Ron Touaty dans son magasin.

Même s'il vend un peu de tout, Ron Touaty considère son magasin d'articles de pêche comme étant modeste.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Qu’on soit en ville ou dans le bois, toute bonne histoire de pêche commence souvent de la même façon : en parlant de la taille de ses prises. Ce n’est rien! lance-t-il en balayant du revers de la main les imposants spécimens accrochés au mur.

Il s’empresse de sortir un album rempli de photos de ses clients. Lui, il a pêché un esturgeon de plus de 100 livres, raconte-t-il en montrant le portrait d’un pêcheur tout sourire. Tout le monde veut pêcher gros, donc les esturgeons sont une cible de prédilection.

Originaire de Mont-Royal, Ron Touaty s’est établi à Lachine précisément pour la qualité de la pêche, qu’il qualifie de formidable. L’été, son commerce est ouvert 11 heures par jour, 7 jours sur 7.

Les affaires tournent un peu au ralenti cet été, en raison notamment des tarifs américains, mais il remarque tout de même un plus grand nombre de nouveaux pêcheurs que dans le passé. Je vois davantage de jeunes, ce qui est bien, parce qu’aujourd’hui, quand on veut punir un enfant, on lui dit d’aller jouer dehors, fait-il remarquer.

Selon lui, ce rajeunissement s’explique en partie par la pandémie de COVID-19, quand la seule chose qu’on pouvait faire, c’était aller dehors, mais il estime que ce sont les réseaux sociaux qui ont surtout joué un rôle déterminant. C’est comme s’il y avait eu un déclic et que c’était redevenu cool.

Et les jeunes ne sont pas les seuls à rêver d’une prise record. Même les vieux veulent les gros poissons! lance-t-il en riant.

La relève

Deux de ces pêcheurs de la nouvelle génération ont été croisés près du commerce de Ron Touaty. Accompagnés de leur mère, Julie Poirier, Isaac et Timothée se sont rendus sur les berges du canal de Lachine avec un objectif bien précis : tenter de mettre la main sur un esturgeon.

Preuve que la pêche urbaine ne se limite pas aux citadins, la famille, qui pêche habituellement sur la rivière Richelieu, a fait le déplacement depuis Belœil pour mouiller ses lignes à cet endroit.

Julie Poirier s'apprête à lancer sa ligne à l'eau.

Les deux fils de Julie Poirier, Timothée et Isaac, sont de grands adeptes de la pêche.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il a vu l’endroit sur TikTok, relate Julie au sujet d'un de ses fils, donnant raison à la théorie de Ron Touaty sur l’influence grandissante des réseaux sociaux.

Massyle Yazid découvre lui aussi les plaisirs de la pêche. Installé à l’ombre du phare de Lachine avec son père, Yazid Ferhat, le garçon de 9 ans s’est découvert cette nouvelle passion lors de la Fête de la pêche au Québec.

L’événement, qui se tient chaque année durant la première fin de semaine de juin, permet aux Québécois de s’initier gratuitement à l’activité en pêchant sans permis. Massyle a également pu y obtenir gratuitement un permis de pêcheur en herbe, valide jusqu’à ses 18 ans.

Massyle exhibe son permis, avec sa canne à pêche et le phare de Lachine en arrière-plan.

Massyle, 9 ans, exhibe fièrement son permis de pêcheur en herbe, obtenu lors de la Fête de la pêche, un événement organisé par le gouvernement du Québec au début juin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Arrivé récemment d’Algérie, le duo père-fils s’est équipé au Canadian Tire et au Renaissance pour s’adonner à son loisir. On est venus et on essaie de faire comme eux, explique Yazid Ferhat en pointant les autres pêcheurs rassemblés sur le quai.

Grand amateur de pêche en mer dans son pays natal, l’homme raconte qu’il a moins de temps à consacrer à cette activité depuis son arrivée au Canada. C’est maintenant son fils qui le pousse à ressortir la canne à pêche.

Il m’envoie tout le temps des trucs qu’il voit en ligne.

On perpétue…, commence le père, avant d’être interrompu par son fils Massyle : On a vu trois carpes sauter ce matin! raconte le jeune pêcheur avec enthousiasme.

Au-delà du simple loisir, la pêche est devenue pour eux une façon de conserver un contact avec une passion qui les accompagne depuis longtemps.

Parfois, j’oublie qu’on n’est pas en mer ici, dit Yazid.

Poisson pané ou remise à l’eau?

Avec toutes ces prises, une question s’impose : les pêcheurs mangent-ils leur poisson?

Celui de l'épicerie, oui. Pour Ron Touaty, il est hors de question de consommer ses prises. Vous avez vu l'eau? Elle semble propre? Vous vous feriez un thé ou un café avec cette eau? soulève-t-il.

Le propriétaire de la Pourvoirie de Lachine admet n’avoir mangé qu’une seule fois un poisson pêché dans le secteur : Seulement une fois, et je ne vois pas le but de le refaire.

Même s’il est d’accord pour dire que l’eau est plus propre que dans le passé, elle n’est toujours pas assez propre à ses yeux. Même après avoir nettoyé ma toilette, je ne me fais pas un verre avec cette eau, lâche-t-il.

Parcs Canada, qui gère le canal de Lachine, recommande de consommer les poissons avec modération, car il y a des risques de contamination causés par les sédiments au fond du canal datant de l’époque industrielle.

Maurice Naudi, lui, remet également ses prises à l’eau, mais pour une autre raison : Les perchaudes sont trop petites. Ce n’est plus comme dans le temps, quand j’étais jeune.

Aujourd’hui, il choisit de les laisser repartir. Je préfère les laisser vivre. Il n’y en a plus assez.

Julie Poirier met sa ligne à l'eau.

La résidente de Belœil Julie Poirier s'est rendue au canal de Lachine pour y pêcher avec ses deux fils.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Même son de cloche du côté de Julie Poirier, pour qui la pêche demeure une tradition familiale : Mon père, c’était un très grand pêcheur. Quand j’étais jeune, on mangeait énormément de poissons du fleuve.

Elle ne fait plus le même choix aujourd’hui. Maintenant, je n’en mangerais pas, résume-t-elle.

Patience et pas trop de pluie

Les prévisions météorologiques peu clémentes n’ont pas découragé les passionnés. Au contraire, les pêcheurs rencontrés assurent tous que les conditions sont idéales.

Oh oui, c’était ben trop humide ces derniers temps, mentionne Maurice Naudi, qui dit venir au bord de l’eau pour respirer le vent lorsqu’il crève de chaleur chez lui.

C’est le temps parfait. Il fait un peu frais, approuve Julie Poirier.

Malgré ces conditions favorables, ça ne mord pas à l'hameçon.

C'est là qu'intervient l’ingrédient par excellence pour une partie de pêche réussie : la patience.

Ça fait partie de la pêche, rappelle Julie, qui n’a pour l’instant réussi qu’à attraper une branche. Il faut être patient pour l’esturgeon.

La patience est, selon Ron Touaty, également l’une des grandes leçons que la pêche peut transmettre aux enfants.

Quand j’étais jeune, les parcs étaient remplis d’enfants, se rappelle-t-il. Il fallait attendre son tour pour une balançoire ou une glissade. Ça apprenait aux jeunes à patienter.

L'un des fils de Julie Poirier court se mettre à l'abri lorsqu'il se met à pleuvoir fortement.

L'un des fils de Julie Poirier court se mettre à l'abri lorsqu'il se met à pleuvoir fortement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les fils de Julie Poirier semblent avoir bien intégré cette philosophie. Timothée et Isaac résistent même aux premières gouttelettes de pluie, mais courent finalement se mettre à l'abri lorsque les averses s’intensifient.

Ils devront patienter un peu plus longtemps avant de sortir de l'eau leur esturgeon tant convoité.

On aime mieux qu'ils soient devant un cours d'eau que devant un écran, conclut la mère des deux garçons.

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