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Survivre sur scène : quand des déplacés trouvent refuge dans un théâtre de Beyrouth

2 months ago 12

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BEYROUTH, Liban - Un fou rire collectif résonne dans la salle d’un théâtre emblématique de la rue Hamra, à Beyrouth. Des cris d’excitation s’ensuivent, puis des pleurs et des lamentations.

Sur scène, près de 20 apprentis acteurs, des déplacés de guerre pour la plupart, prennent part à un atelier dirigé par Kassem Istanbouli, le propriétaire du Théâtre national libanais.

Ils sont âgés de 9 à 49 ans et partagent tous une passion commune pour le jeu.

Imaginez, maintenant, que vous marchez sur du feu! lance Kassem à sa troupe, qui tente d’éviter du mieux qu’elle peut les laves imaginaires. OK, maintenant, le sol s’est transformé en glace, poursuit le metteur en scène. Attention! Vous êtes en train de glisser!

Une femme voilée lance un long bâton à un homme sur scène.

Des déplacés participent à un exercice sur scène avec Kassem Istanbouli, à Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

L’ambiance bon enfant régnant dans ce théâtre au décor kitsch des années 1970, qui rappelle l’âge d’or de Beyrouth, permet d’oublier, le temps d’un instant, qu’une guerre ravage le pays.

Et c’est le but de cette initiative.

C’est sûr qu’on ressent une peur en permanence, dit Kassem à Radio-Canada. Dehors, c’est la guerre, et personne n’est véritablement à l’abri des bombardements. Mais ces planches représentent notre planche de salut, là où l’on s’exprime librement.

Faire du théâtre, c’est faire de la résistance culturelle. C’est quelque chose d’essentiel pour nous. Le théâtre doit rester ouvert à tout le monde, en temps de paix comme en temps de guerre.

Un homme aux cheveux frisés et portant une petite barbe pose dans une salle de théâtre, le dos à la scène.

Kassem Istanbouli, le metteur en scène de 39 ans, posant dans son théâtre sur la rue Hamra.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Le Liban est en proie, depuis le 2 mars, à une intensification des frappes israéliennes depuis que le Hezbollah a lancé une attaque contre son territoire en riposte à la guerre israélo-américaine lancée contre l’Iran, son parrain.

Ces frappes ont tué 850 personnes, dont 107 enfants, selon un nouveau bilan annoncé dimanche par le ministère de la Santé. La guerre a également poussé plus de 800 000 personnes à fuir leur maison, tandis que plusieurs régions libanaises sont soumises à un ordre d’évacuation de l’armée israélienne.

Zahra Fares, 16 ans, est originaire d’un village proche de la frontière avec Israël, dans le Liban-Sud. Il ne reste presque plus personne dans son village.

Je ressens de la déception, car nous avons laissé tous nos rêves là-bas, dit la jeune femme énergétique, drapée d’un voile noir. Plusieurs de nos proches et de nos amis sont morts.

Pour elle, le théâtre est une forme de thérapie.

Une femme voilée lève les deux pouces.

Zahra Fares, souriante, à la fin de son atelier de théâtre

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Quand je monte sur scène, j'ai l'impression de renaître. Je peux faire ce que j'aime, ce que je veux. Je joue tous les rôles dont je rêve. Je les joue sur scène et je me sens libre.

Zahra aspire à devenir une très grande actrice, un jour. C’est mon rêve, dit-elle.

Le père de Zahra, venu la retrouver à la fin de l’atelier, est tout sourire. Je suis tellement fier de ma fille, souligne Ali Fares. Zahra a toujours aimé le théâtre, et je lui souhaite de réaliser tous ses rêves, quels qu’ils soient.

Taline Moussawi, une autre jeune qui participe à l’atelier de théâtre, est elle aussi accompagnée par un parent. Sa mère, Ghada, la filme incessamment avec son téléphone portable.

Tout comme ce l'est pour Zahra, monter sur scène est un geste thérapeutique pour elle aussi.

Quand je suis sur scène, l’idée même de la guerre disparaît. Je n’y pense plus.

Une femme posant à côté de sa fille de 12 ans.

Taline Moussawi avec sa mère, Ghada

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Ghada peine à cacher sa fierté pour sa fille. Elle espère que le théâtre permettra à Taline de surmonter son anxiété. Elle a du mal à exprimer ses émotions, surtout depuis le début de la guerre, dit-elle. On entend parfois le bruit d’explosion chez nous, alors je sais qu’elle a peur, mais elle ne l’exprime pas vraiment.

Kassem ne peut être plus d’accord : Les enfants ont besoin d'évacuer le stress, explique-t-il. C'est très difficile pour eux, surtout pour ceux qui vivent dans un refuge.

C’est pour cette raison que le metteur en scène, qui a grandi dans le sud du Liban, transforme tous les soirs son théâtre en salle de cinéma pour les enfants déplacés.

C'est un espace de liberté, un espace de joie, un espace pour tous. Et c'est l’objectif : faire des arts un droit accessible pour tout le monde, en tout temps.

Un homme entouré de jeunes en train de rire.

Kassem Istanbouli en plein atelier de théâtre avec sa troupe, à Beyrouth

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

En plus d’offrir des activités culturelles aux déplacés, le Théâtre national libanais en héberge une trentaine, venus des régions les plus touchées par les bombardements israéliens, notamment le sud du Liban.

Des matelas traînent dans le fond de la salle, d’autres dans les coulisses ou encore dans les loges qui dominent la scène.

Pendant que les jeunes jouent sur scène, les plus âgés s’occupent comme ils le peuvent.

Un théâtre vide, c’est un théâtre sans vie! s’exclame Kassem, qui gère deux autres salles de spectacle dans le nord et dans le sud du pays. Nous donnons vie aux espaces grâce aux gens. Et c'est important pour la résistance culturelle et la liberté du Liban.

Des matelas sont posés dans un couloir dans une salle de théâtre de Beyrouth.

Des matelas sont posés dans un couloir dans une salle de théâtre de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Au total, près de 100 familles sont réparties dans les trois espaces culturels qu’il administre. Nous vivons en communauté tous ensemble, nous cuisinons ensemble pour le ramadan et nous mangeons ensemble.

L’heure de l’iftar a d’ailleurs sonné. Hommes, femmes et enfants se rassemblent autour d'une grande table en plastique pour briser le jeûne, dans la bonne humeur.

Ici, c’est un foyer pour tous. Et la porte reste grande ouverte, conclut Kassem.

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