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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEn huit ans, pour la première fois depuis qu’il est aux commandes du ministère des Finances, Eric Girard était libre de rédiger un budget à son image : celle d’un banquier discipliné, prudent et conservateur.
Politiquement, il bénéficiait de la marge de manœuvre dont il a probablement toujours rêvé. Malgré le contexte d’année électorale, il n’y avait personne au-dessus de son épaule pour le forcer à inclure des mesures bonbon, comme des chèques pour tous les Québécois.
Eric Girard a souvent répété poliment qu’il existait une saine tension entre lui et François Legault à la veille d’un budget. En termes clairs, il n’était pas toujours d’accord avec le premier ministre, mais il devait répondre aux exigences du patron, comme les hausses salariales de 17 % aux employés de l’État.
Eric Girard a fait le choix conscient de déposer son budget à trois semaines du départ de François Legault pour réduire la pression politique de la part du premier ministre, et celle des aspirants successeurs. Il a simplement promis à Christine Fréchette et Bernard Drainville de leur réserver 250 millions de dollars par année pour financer leurs promesses, quand l’un des deux sera choisi.
S’il avait attendu la désignation du prochain, chef le 12 avril, il aurait dû inclure une réduction de la taxe sur l’essence dans son budget, puisque les deux en promettent une. Ou alors, Eric Girard aurait eu à prévoir un remboursement de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs, comme s’y est engagée Christine Fréchette. Peut-être que le ministre aurait eu besoin d’élargir le financement de la fécondation in vitro, comme le prévoit Bernard Drainville.
Juste à penser aux dépenses ou aux revenus dont l’État se priverait avec ces promesses, il doit se féliciter d’avoir si bien pensé à la date de sa présentation.
Pris dans un étau financier
Même si Eric Girard est libre d’influence politique, tout indique qu’il n’a quasiment aucune marge de manœuvre financière.
Le contexte géopolitique amène énormément d'incertitudes. La loi l’oblige à revenir à l’équilibre budgétaire en 2029-2030. Les infrastructures publiques tombent en ruine. Même s’il a été revu à la baisse, le déficit de 8,6 milliards de dollars pour la prochaine année pèse encore très lourd.
Pour y parvenir, Eric Girard a l’intention de tenir les cordons de la bourse très serrés, peut-être même trop pour que ce soit réaliste. En moyenne, les ministères auront le droit d’augmenter leurs dépenses de seulement 2 % par an au cours des 5 prochaines années. Uniquement pour maintenir les services en Santé, il faudrait plutôt prévoir une hausse de 5 %.
Comment peut-il assurer que les services publics n’en souffriront pas? Sur papier, c’est un budget presque militaire, qui ne laisse place à aucun écart pour atteindre l’objectif de rétablir les finances publiques. Tout le monde a intérêt à marcher droit.
Pour éviter de se faire accuser d’austérité, il s’assure d’en donner un peu à tout le monde et tente de ne pas faire de mécontents. Effectivement, il n’y a pas d'oubliés dans le budget. Mais comme on ne trouve pas non plus de grands programmes ou de mesures majeures, aucun groupe de la société civile n’a semblé sortir du huis clos satisfait. La majorité voit de gros points d’interrogation dans les documents fournis parce qu’ils ne croient pas que les sommes prévues répondront à tous leurs besoins.
Le ministre lui-même cherche encore comment trouver 2 milliards de dollars en économies pour réussir le plan de retour à l’équilibre budgétaire. Eric Girard dit espérer que le contexte géopolitique change, que l’incertitude économique disparaisse et que la croissance économique reparte en force.
Sur papier, il apparaît rigide. Mais en entrevue, il se dit prêt à une certaine souplesse. Il se montre négociable à augmenter les dépenses s’il le faut. Au lieu de limiter la croissance à 2 %, il pourrait accepter 3 % ou même 4 % pour les grandes missions de l’État, comme la Santé, sans donner davantage d’explications.
Quant à l’augmentation des dépenses prévues pour construire ou rénover les infrastructures, encore une fois, elles paraissent insuffisantes pour l’ampleur des besoins exprimés dans toutes les régions du Québec. Chaque jour, la vétusté des hôpitaux et des écoles fait la manchette. Par rapport à l’an dernier, le plan prévoit une augmentation de 3 milliards de dollars pour la prochaine décennie, pour un total de 167 milliards de dollars.
Pour vous donner une idée, le projet de modernisation et de reconstruction de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à lui seul serait estimé à plus 5 milliards de dollars. Par contre, Québec s’organise pour décaisser les sommes du plan plus rapidement, afin de répondre aux besoins les plus urgents.
Le rehaussement des dépenses en infrastructures faisait d’ailleurs partie des facteurs pour expliquer la décision de l’agence de notation Standard & Poor's (S&P) d’abaisser la cote financière du Québec l’an dernier.
Finalement, on comprend qu’Eric Girard n’a pas prévu d’artifice dans son budget pour amadouer le contribuable moyen. Ce n’est pas à lui qu’il s’adresse, mais aux agences de notation. Quand elles diminuent la cote de crédit d’une province, cette dernière doit payer des intérêts plus élevés sur ses emprunts.
Il s’agit de son huitième budget. Peut-être même de son dernier. Il faut admettre qu’Eric Girard n’a pas navigué sur un long fleuve tranquille. Des surplus budgétaires, il est passé au déficit considérable à cause d’une pandémie, de deux guerres (en Ukraine et en Iran), et d’un conflit commercial avec les États-Unis.
Les banquiers comme lui sont habitués à travailler dans un contexte où ils ne contrôlent pas tous les éléments. Mais le ministre tente visiblement de contrôler sa sortie politique, en laissant au moins l’impression qu’il aura tout essayé pour laisser la maison en ordre.


2 months ago
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