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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPour le 325e anniversaire de la Grande Paix de Montréal, le Musée Pointe-à-Callière expose jusqu’au 20 septembre le seul exemplaire connu du traité de 1701. Présenté pour la première fois à la verticale, le document fragile révèle les pictogrammes des nations autochtones qui mirent fin à plusieurs décennies de conflits.
Il faut descendre sous Montréal pour retrouver la trace de l’une des plus ambitieuses entreprises diplomatiques de l’histoire de l’Amérique du Nord. À Pointe-à-Callière, le visiteur chemine entre les vestiges de la ville ancienne, traverse l’égout collecteur, puis gagne le fort de Ville-Marie. Au terme du parcours, derrière une paroi de verre, sept feuillets brunis par les siècles apparaissent dans une lumière tamisée.
Le Traité de la Grande Paix de Montréal est de retour dans la ville où il fut conclu, le 4 août 1701. Conservé aux Archives nationales de France, le document n’avait pas été présenté à Montréal depuis 25 ans. Il y restera trois mois seulement, du 20 juin au 20 septembre, avant de reprendre le chemin de l’Hexagone.
C’est un événement d’une extrême importance que, malheureusement, les gens ne connaissent pas assez, souligne Louise Pothier, archéologue en chef émérite à Pointe-à-Callière, qui nous accompagne dans le parcours conçu pour le 325e anniversaire de l’entente.
Devant le traité, l’archéologue ne dissimule pas son émotion. Pour la première fois, les sept pages sont exposées à la verticale et peuvent être observées des deux côtés. Habituellement, le traité a toujours été présenté à l’horizontale. C’est très impressionnant de pouvoir voir les deux côtés en même temps, explique-t-elle.

L’espace d’exposition consacré au 325e anniversaire de la Grande Paix de Montréal propose un parcours autour du traité conclu en 1701.
Photo : Jaime Antonio Luna / Musée Pointe-à-Callière
Une ville animée par la présence des diplomates
Pour prendre la mesure de l’événement, il faut imaginer Montréal telle qu’elle était à l’été 1701 : une petite ville fortifiée d’environ 1200 habitants, soudainement envahie par les canots, les langues, les cérémonies et les délégations venues d’un immense territoire s’étendant de l’Acadie aux Grands Lacs et à la vallée du Mississippi.
À partir du 23 juillet, environ 1300 délégués autochtones convergent vers la ville. Près d’une quarantaine de nations sont représentées, notamment les Wendat, les Miamis, les Odawa, les Anishinaabe et les cinq nations de la Confédération iroquoise (haudenosaunee).
Pendant presque deux semaines, chefs, orateurs, interprètes, commerçants et représentants français discutent, échangent des présents, prononcent des discours et tentent de résoudre les derniers différends. Montréal est une petite cité de 1200 habitants. Ça donne une idée de l’ampleur, c’était du jamais-vu, insiste Louise Pothier. Il y avait des langues différentes, des chefs éminents, des enjeux multiples. Chacun avait sa voix.
La rencontre doit mettre fin à plusieurs décennies de guerres opposant notamment la Confédération haudenosaunee — qui réunissait alors cinq nations — à la Nouvelle-France et à ses nombreux alliés autochtones. Les conflits ont épuisé les communautés, fragilisé les routes commerciales et rendu l’accès aux territoires de chasse de plus en plus périlleux.
Mais la paix de 1701 ne saurait être réduite à un face-à-face entre Français et Haudenosaunee. Les nations autochtones poursuivent leurs propres intérêts, défendent leur autonomie et négocient aussi les unes avec les autres. Elles ne sont ni des figurantes ni de simples auxiliaires entraînées dans une rivalité entre puissances européennes, souligne l’archéologue.
Ce n’est pas un traité entre vainqueurs et vaincus. Tout le monde décide de son propre chef, avec l’appui de sa communauté.

Louise Pothier revient sur les négociations qui ont mené à la signature de la Grande Paix de Montréal en 1701.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
Une paix préparée pendant des années
Louise Pothier raconte que la Grande Paix ne naît pas spontanément durant cet été montréalais. Elle constitue l’aboutissement d’environ quatre années de tractations, de conseils, de missions diplomatiques et d’échanges de messages. Les négociateurs qui se retrouvent à Montréal ne sont pas tous des inconnus.
Au fil des décennies, Français, Canadiens et Autochtones ont développé des relations personnelles, parfois très étroites. Des intermédiaires comme Nicolas Perrot parlent plusieurs langues et vivent longuement parmi les communautés des Grands Lacs. Des membres de la famille Le Moyne ont eux-mêmes été adoptés par les Onondagas, une des cinq nations haudenosaunee.
Les négociations se font avec des gens qui se connaissent entre eux. Ce n’étaient pas des relations théoriques ou seulement commerciales. Il y avait vraiment des affinités qui s’étaient développées.

La Grande Paix de Montréal a réuni des nations établies sur un vaste territoire autour des Grands Lacs.
Photo : gallica.bnf.fr/Bibilothèque nationale de France
Le grand défi consiste à convaincre toutes les parties de venir jusqu’à Montréal, explique l'archéologue. Les maladies, les rivalités et les pressions anglaises menacent le rassemblement. Peu avant la conférence, les autorités d’Albany tentent notamment de dissuader les Mohawks de participer aux discussions.
La question des prisonniers manque également de faire échouer le processus. Chaque délégation devait, en principe, amener avec elle les captifs des autres nations afin de permettre leur libération. Or, certains sont absents. D’autres, adoptés depuis longtemps par une nouvelle famille, ne souhaitent plus retourner dans leur communauté d’origine.
Cela a presque fait dérailler le processus, dit l’archéologue. Une solution fondée sur la confiance est finalement trouvée, les prisonniers qui ne sont pas présents devront être ramenés ultérieurement.

Cette installation fait entendre des perspectives autochtones sur la Grande Paix de Montréal, notamment celles de l’artiste anishinaabe Caroline Monnet, de la politologue wendat et w8banaki Jennifer O’Bomsawin et de l’intellectuel kanien’kehá:ka Taiaiake Alfred.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
Un homme joue un rôle déterminant dans le rapprochement des parties : Kondiaronk, éminent chef et diplomate wendat. Convaincu qu’aucune nation ne peut sortir victorieuse de ces guerres interminables, il contribue à faire accepter l’idée d’une paix générale.
Déjà malade, il prononce un dernier discours devant l’assemblée le 1er août et meurt dans la nuit suivante. Ses funérailles deviennent un événement diplomatique et renforcent la volonté d’achever l’œuvre à laquelle il avait consacré les dernières années de sa vie.
Des animaux en guise de signatures
Le document présenté à Pointe-à-Callière est une expédition, c’est-à-dire une copie réalisée le jour de la signature ou peu après, puis envoyée en France afin d’informer le roi de la conclusion de la paix. Il s’agit aujourd’hui du seul exemplaire connu du traité.
Les clauses occupent une place relativement modeste au regard de l’ampleur des négociations. Les signataires s’engagent à cesser les hostilités, à régler la question des prisonniers et à rouvrir les routes commerciales, explique Louise Pothier. Le gouverneur de la Nouvelle-France doit agir comme médiateur en cas de différend. Les Haudenosaunee promettent en outre de rester neutres si une guerre éclate entre la France et l’Angleterre.
Mais ce sont surtout les marques pictographiques placées au bas du texte qui attirent le regard. Tortues, ours, loups, grues, poissons ou renards représentent une nation, un clan ou une délégation. Le renard est notamment associé à la Première Nation Sauk and Fox, tandis que le rat musqué est le symbole personnel du grand chef wendat Kondiaronk.

Les pictogrammes représentant notamment des animaux servent de signatures aux nations autochtones qui ont ratifié la Grande Paix de Montréal en 1701.
Photo : Jaime Antonio Luna / Musée Pointe-à-Callière
Ces animaux ne sont ni des ornements ni des signes tracés par des participants incapables d’écrire. Ils constituent de véritables signatures diplomatiques, reproduites avec l’identité des représentants. Chaque marque engage ceux au nom desquels elle est apposée.
Le traité est émouvant parce que c’est une pièce d’archives, mais aussi un artefact qui porte le pictogramme de chaque personne venue s’engager à faire la paix, observe l’archéologue. C’est extraordinaire d’avoir un document aussi précis et détaillé.
Lors de la cérémonie, le texte est lu à voix haute, puis traduit dans plusieurs langues. La scène devait ressembler, avance l’archéologue, à une conférence internationale avant l’heure. C’était vraiment une conférence du calibre de l’ONU. Chacun n’avait pas son petit écouteur, mais son interprète à côté. Il faut imaginer cette scène-là.
Et elle s’est déroulée presque exactement là où le traité est aujourd’hui exposé. La résidence de Louis-Hector de Callière, gouverneur général de la Nouvelle-France, se trouvait sur le site actuel du musée. Les ambassades y furent reçues et nourries. La cérémonie finale eut lieu dans un vaste enclos aménagé à quelques pas de là pour accueillir plus d’un millier de personnes.
Tout le monde avait besoin d’arrêter les hostilités, d’ouvrir les chemins de commerce et d’entrer dans une période d’apaisement. Tout le monde a convergé vers le même objectif : signer le traité et respecter ses engagements.
Kahnawà:ke, prélude à la conférence de paix
Avant de gagner Montréal, les délégations venues de la région des Grands Lacs font halte à Kahnawà:ke, en juillet 1701. Ce rassemblement constitue une première étape diplomatique avant l’ouverture des négociations qui mèneront à la Grande Paix.
Les représentants sont accueillis dans la maison longue d’Aronhiateka, chef du calumet. L’escale permet aux délégations de se retrouver, d’échanger et de préparer leur arrivée à Montréal. Elle rappelle que la paix de 1701 ne résulte pas uniquement de discussions entre les nations autochtones et les Français, mais aussi d’un long travail diplomatique entre les nations elles-mêmes.

Les terres communautaires de Kahnawà:ke témoignent de la continuité du lien qui unit les Kanien’kehá:ka à leur territoire.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Quand la paix laisse des traces
Le Musée Pointe-à-Callière ne se contente pas de présenter le traité. Sept bornes réparties dans les pavillons de l'institution reconstituent les étapes nécessaires à la construction d’une paix durable : faire la paix, échanger, s’accorder, cheminer, négocier, s’engager et, enfin, tenir parole.
Ce parcours permet aussi de rappeler que la diplomatie de 1701 ne se résumait pas à un texte écrit. Les paroles étaient accompagnées de colliers de wampum, de présents et de gestes cérémoniels qui donnaient corps aux engagements.
Pour Louise Pothier, cette dimension soulève une question d’archéologue. Si la guerre laisse derrière elle des fortifications, des projectiles et des armes, quelle est la matérialité de la paix?
Une partie de la réponse se trouve dans les vitrines du musée. Les fouilles menées sur l’ancienne propriété du gouverneur Louis-Hector de Callière ont révélé des perles de wampum et un fragment de calumet façonné dans une pierre provenant vraisemblablement du Midwest. Ces objets ont voyagé sur des centaines de kilomètres avant d’arriver à Montréal.
Chaque orateur tenait un collier de wampum dans ses mains pour appuyer sa parole, puis allait le remettre à son destinataire, explique-t-elle. C’était un gage de sincérité et de loyauté.

Ce timbre a été émis en 2001 pour souligner le 300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal.
Photo : Normand Tessier / Musée de la Poste
Les autorités françaises durent ainsi adopter une partie des codes diplomatiques autochtones. La paix se disait, se fumait, s’échangeait et se renouvelait. Elle ne pouvait se limiter à une signature apposée une fois pour toutes.
L’accord n’abolit pas les ambitions coloniales françaises et n’empêchera ni les guerres impériales du XVIIIe siècle ni la dépossession progressive des peuples autochtones. Il ne place pas non plus les nations signataires sous l’autorité directe de la France. Celles-ci conservent leurs dirigeants, leurs institutions, leurs territoires et leur capacité de négocier.
La Grande Paix instaure plutôt un nouvel équilibre entre des puissances qui ont compris qu’aucune ne peut imposer seule sa volonté. Elle ouvre une période d’apaisement qui durera près de 60 ans, facilite la reprise du commerce et favorise la circulation sur le continent. Elle permet notamment au Français Antoine de Lamothe-Cadillac de fonder la ville de Détroit en 1701, quelques semaines après la signature du traité.
Il y a très peu d’exemples comparables avec une aussi grande quantité de nations et une telle complexité, estime Louise Pothier. S’engager, ce n’est pas seulement signer son nom. C’est s’engager à garder la paix dans la durée.
Trois cent vingt-cinq ans plus tard, le document demeure un témoin saisissant de cet épisode historique. Sur ses feuillets fragiles, couverts d’une écriture serrée, les silhouettes animales tracées au bas du texte gardent la mémoire d’un moment exceptionnel, celui où des dizaines de peuples autonomes, malgré leurs rivalités et les tentatives de faire échouer les négociations, choisirent la voie du dialogue.
Pour prolonger la réflexion, le symposium international et multidisciplinaire 325 ans : La Grande Paix de Montréal se tiendra du 17 au 19 septembre 2026, à Montréal et à Kahnawà:ke. Organisé par le Conseil mohawk de Kahnawà:ke, le Musée McCord Stewart, Pointe-à-Callière et l’Université McGill, l’événement réunira des chercheurs, des spécialistes, des membres de nations autochtones et des artistes autour de conférences, de tables rondes, de discussions publiques et d’activités culturelles.


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