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Consignation du verre : plusieurs inquiétudes soulevées sur le terrain

3 hours ago 4

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La troisième et dernière phase de la modernisation de la consigne au Québec doit s'étendre au verre et aux cartons multicouches à compter du 1er mars 2027. Sur le terrain, la pression monte, alors que des acteurs du milieu s’inquiètent des besoins opérationnels d'une telle transition.

On est à minuit moins une. Le 1er mars, c’est demain matin.

Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), Karel Ménard, remet en question la capacité du réseau à absorber tous ces contenants supplémentaires.

L’ajout des bouteilles d’alcool en verre de 500 ml à 2 l et des cartons de jus et de lait représente un milliard de contenants supplémentaires par an, selon l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons (AQRCB), aussi connue sous le nom Consignaction. Cet organisme a été désigné pour gérer le système modernisé de consigne.

Cette phase d’élargissement, la dernière étape du programme de modernisation, doit permettre un taux de récupération des contenants de 90 % d'ici 2030.

Portrait de Karel Ménard.

Karel Ménard, directeur du FCQGED, devant un centre de tri dans la région de Montréal. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

J’avoue que je suis un peu perplexe. Je ne dis pas que ça va être un échec, mais, actuellement, ce dont on se rend compte, c’est qu’on est en train de créer des déserts de lieux de retour, explique Karel Ménard.

Dès qu'un centre Consignaction ouvre près d'un détaillant, ce dernier y devient affilié et cesse de reprendre les contenants dans un délai de 30 jours, transférant cette responsabilité au centre.

Les retards dans le déploiement des points de retour de Consignaction créent toutefois une situation ambiguë pour les citoyens et les détaillants. Ils ont exprimé certains irritants à l'égard de l’implantation du nouveau système, notamment la distance entre les points de retour et les longues files d’attente.

On aurait dû enlever les gobeuses des détaillants en alimentation une fois que les centres étaient implantés. Là, on a un peu fait l’inverse, soutient Karel Ménard, qui ajoute : On aurait dû mieux doser, si on veut, la transition.

Un homme dépose une canette dans une gobeuse pour la consigner.

Les détaillants qui ne disposent pas d'infrastructures modernisées ne pourront pas reprendre les contenants de verre et de carton multicouches.

Photo : Arly Bosom

L’ensemble du réseau n’étant pas complet, quelques centaines d'épiceries continuent de reprendre les contenants partout dans la province, ce qui leur impose une pression énorme, selon le directeur des affaires publiques de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Samuel Bouchard Villeneuve. Il y a déjà des enjeux opérationnels parce qu’on a trop de volume; les arrière-magasins débordent, dit-il. On est très inquiets par rapport au 1er mars 2027.

Les détaillants tirent la sonnette d’alarme

L’ajout des bouteilles d’alcool en verre et des cartons multicouches représente la limite opérationnelle des détaillants, affirme M. Bouchard Villeneuve.

La pierre angulaire pour mars 2027, c'est que les détaillants ne pourront pas reprendre les bouteilles de verre en magasin ni les cartons de lait, avance-t-il.

Des bouteilles de verre cassées sur le sol d'un dans un centre de tri pour le recyclage.

Le traitement du verre n'est pas compatible avec les règlements auxquels se soumettent les détaillants en alimentation. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

Selon le directeur de l'ADAQ, la poussière dégagée par le concassage du verre est incompatible avec les permis alimentaires des détaillants, tout comme les cartons de lait, qui pourrissent et deviennent des bombes puantes.

Le verre, qu’il soit broyé ou non, c’est très lourd, ajoute Karel Ménard. Au niveau de l’entreposage, on ne peut pas empiler le verre comme on le fait avec des canettes.

L’enjeu ne serait donc pas seulement le nombre de contenants additionnels, mais aussi le type de matière qui devra être consignée. C’est le plus gros dossier à l’ADAQ, mentionne M. Bouchard Villeneuve.

Selon une déclaration écrite du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), seules les infrastructures modernisées – à savoir les lieux de retour Consignaction et Consignaction+, de même que les kiosques Zone Consignaction chez les détaillants – accepteront les contenants de verre et de fibre.

Des clients utilisent les services de Consignaction+.

Les citoyens ne pourront retourner leurs contenants de verre que dans les infrastructures modernisées, comme à cette succursale Consignaction+ de Val-d'Or. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jessica Lesage

La province doit, à terme, en compter 1200 au sein d’un réseau hybride, mais l’AQRCB, tout comme le MELCCFP, n’a pas été en mesure de confirmer si l’objectif de 400 centres Consignaction sera atteint d’ici le 1er mars 2027.

Aujourd’hui, on a plus de 170 lieux de retour modernisés et presque 300 lieux modernisés, qui incluent des détaillants modernisés, explique Jean-François Lefort, vice-président de l’AQRCB. On a à peu près 80 sites qui sont présentement en construction ou en demande de permis, précise-t-il, rappelant ainsi le déploiement extrêmement rapide du réseau depuis l’ouverture du premier centre Consignaction, en avril 2024.

Devant faire face à cette situation, l’ADAQ réclame des plans de contingence temporaires, le temps que les centres Consignaction avoisinants soient ouverts. Certains détaillants doivent déjà cesser temporairement la reprise de contenants contre leur gré, faute d’espace d’entreposage. Le détaillant, autant au 8 juillet 2026 qu’au 1er mars 2027, il n'aura pas plus de place, fait valoir Samuel Bouchard Villeneuve.

Un déploiement imprévisible

Si l’ADAQ et le FCQGED s’entendent sur la nécessité d’un système de consigne modernisé, c’est surtout le manque de prévisibilité quant à son déploiement qui est dénoncé.

Un détaillant qui reprend actuellement des contenants temporairement, qui est en attente d’être regroupé [à un centre Consignaction] un jour, ne sait pas à quel moment il va l’être. Est-ce que c’est à l’automne? Est-ce que c’est au début 2027? Ils n’ont aucune idée, explique M. Bouchard Villeneuve.

L'entrée d'un immeuble de consignation plus.

Dès qu'un centre Consignaction ouvre près d'un détaillant, ce dernier y devient affilié et cesse de reprendre les contenants dans un délai de 30 jours, transférant cette responsabilité au centre. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

L’efficacité du réseau sera portée à s’améliorer avec l’addition de points de retour, mais la stratégie de déploiement doit correspondre aux réalités locales, selon M. Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Pourquoi on a juste deux gobeuses sur Sainte-Catherine? soulève-t-il, faisant référence au seul et unique point de retour Consignaction inauguré sur l’artère commerciale, entre l’avenue de l’Hôtel-de-Ville et la rue Sainte-Élisabeth.

Ça, pour moi, c’est mal réfléchi. On devrait adapter en fonction des endroits où se trouvent les gisements et le type de clientèle. À Outremont, ce n'est pas la même chose qu’à Berri-UQAM.

De l'avis de l’AQRCB, tout revient à l’objectif du taux de récupération à 90 %.

On vise des pôles commerciaux, parce que l’objectif, c’est d’offrir un service qui est sur le parcours de magasinage habituel, explique Jean-François Lefort. Selon le vice-président de l'organisme, c’est de cette façon que les citoyens adhèrent [au système de consigne] et on voit en ce moment que ça fonctionne.

L’AQRCB mesure la participation citoyenne à partir du taux de récupération, qui est passé d’au moins 72 % en 2025 à 81 % en 2026. L’efficacité du réseau est donc évaluée en fonction des résultats, qualifiés d’extraordinaires par M. Lefort. La réalité, c’est que les lieux [de retour] sont au rendez-vous, analyse-t-il.

Jean-François Lefort.

Jean-François Lefort, vice-président affaires corporatives de l'AQRCB/Consignaction. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Veronique Duval

Rappelons que cette hausse du taux de récupération concorde avec la deuxième phase d’élargissement de la consigne en mars 2025, qui ajoutait tous les contenants en plastique non consignés au réseau, comme les bouteilles d'eau, de jus et de spiritueux.

Le volume de contenants qui circule dans le réseau est donc un facteur à considérer dans la hausse du taux de récupération : qu’ils aient attendu 30 secondes ou 1 heure en file dans un centre Consignaction, les citoyens y participent ultimement en consignant ce qu’ils auraient autrefois jeté dans le bac bleu.

En prévision de l’ajout du verre au sein du réseau de consigne, Karel Ménard croit tout de même que Consignaction se prive d'expertise, notamment d'un point de vue communautaire, pouvant améliorer à la fois l’expérience des citoyens et les capacités opérationnelles pour récupérer le verre.

La consigne, ça polarise énormément la société. On devrait s’assurer que ce soit bien accueilli par les citoyens, puis là, c’est un peu le contraire qui se passe. Donc, il devrait y avoir des chiens de garde, pas juste pour japper, mais pour proposer des solutions, soutient-il.

Dans ses réponses écrites, le ministère de l’Environnement assure qu"un suivi encore plus serré est déjà en cours à l’approche de la dernière phase, en plus de souligner l’étroit accompagnement de RECYC-QUÉBEC, la société d’État qui a initialement confié le mandat de la modernisation du système de consigne à l’AQRCB.

Pascale Déry.

Pascale Déry, ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le Ministère précise également que le règlement qui encadre le système de consigne oblige l’AQRCB à prévoir des mesures facilitant la participation au système des entreprises d’économie sociale. Les mesures mises en place par l’association devraient être publiées dans un rapport annuel au cours de l'automne 2026, selon Québec. Cela dit, des réflexions sont présentement en cours au ministère afin d’optimiser les règles de gouvernance des organismes de gestion, ajoute l'instance.

C’est précisément le manque de transparence au chapitre de la gouvernance qui est montré du doigt sur le terrain. Ce qui est malheureux, c’est d’avoir cette opacité au niveau de ce qui se passe à l’intérieur, indique Karel Ménard à propos de l’AQRCB.

Même son de cloche du côté de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, qui reproche un manque d’accompagnement local au moment de la transition, quand une épicerie cesse la reprise parce qu'un centre [Consignaction] vient d'ouvrir.

Une affirmation que réfute l’AQRCB. On a un point avec eux [les détaillants]chaque semaine. C’est une statutaire qui est à l’horaire depuis plus de deux ans maintenant, spécifie Jean-François Lefort, qui soutient que les détaillants sont accompagnés à tous les niveaux par l’association.

Un employé dans le rangement d'un commerce.

La gestion de la collecte des contenants consignés est complexe pour certains détaillants en alimentation du Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Si l’ADAQ avertit qu’une seule collecte manquée dans un arrière-magasin déjà plein fait en sorte d’embourber le système, l’AQRCB, elle, se montre moins alarmée.

Il y a une trousse à outils qui est disponible pour les détaillants. Il y a un numéro d’urgence pour faire des collectes d’urgence, rétorque Jean-François Lefort, qui assure que Consignaction et les détaillants vont traverser le 1er mars ensemble, comme ils l’ont fait pour le 1er mars 2025 et pour le 1er novembre 2023.

Québec et Consignaction calment le jeu

L’élargissement de la consigne, pour y inclure le verre et le carton, devait initialement avoir lieu en mars 2025, au même titre que les contenants de plastique de 100 ml à 2 l.

Cette phase avait été reportée à mars 2027 par Québec en raison des nombreux retards pour ouvrir de nouveaux lieux de retour. Le décalage, qui visait à éviter un chaos logistique, a mené à une enquête administrative sur l’AQRCB, au terme de laquelle 22 manquements ont été relevés.

J’ai peur qu’on frappe un mur au 1er mars [...] puis qu’on dise que la consigne sur le verre, ce n’est pas applicable. Si on fait ça, c’est un échec total, craint Karel Ménard, qui détermine que le verre est le contenant le plus problématique sur le plan environnemental et économique.

Un nouveau report n’est pas envisagé, assure toutefois le Ministère. Des solutions sont déjà envisagées par l’AQRCB dans l’éventualité où tous les centres Consignaction ne sont pas déployés et tous les détaillants désignés comme permanents ne sont pas modernisés à temps pour le 1er mars 2027.

L’AQRCB, elle, persiste et signe : Pour le 1er mars, on va être au rendez-vous.

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