PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa famille d’Alex Hilton a annoncé cette semaine que l’ex-boxeur était décédé dans son sommeil à l’âge de 61 ans. En apprenant la nouvelle, la plupart des amateurs de sport ont probablement haussé les épaules en se disant qu’un autre chapitre de l’une des plus tristes épopées sportives québécoises, celle des Fighting Hiltons, venait de prendre fin.
Il y a quelques années, l’organisme britannique Compare the Market a publié une étude concluant que l’espérance de vie des boxeurs professionnels est nettement inférieure à celle d’athlètes pratiquant neuf autres sports comme le hockey, le baseball, le soccer, le football, le tennis, le golf ou le rugby.
Après avoir suivi les trajectoires de vie de 100 athlètes issus de chaque discipline, les chercheurs en venaient à la conclusion que l’espérance de longévité des boxeurs s’élevait à seulement 67,7 ans, alors que les joueurs de tennis vivaient en moyenne 80,4 ans.
Non seulement la boxe est-elle le sport qui présente la plus courte espérance de vie, c’est aussi la seule discipline faisant l’objet de cette étude qui raccourcit la vie de ceux qui la pratiquent au lieu de l’allonger, écrivaient les auteurs, en rappelant que l’espérance de vie moyenne de la population s’élevait à 72,6 ans.
La science étant très claire sur les conséquences néfastes des impacts répétés à la tête, il est assez facile de comprendre pourquoi les joueurs de tennis vivent généralement plus vieux et en meilleure santé que les boxeurs.
Par contre, l’étude de Compare the Market était incomplète parce qu’elle se limitait au sport. Les chercheurs ne s’étaient donc pas intéressés aux conditions socio-économiques des anciens athlètes qu’ils avaient observés. Les pauvres vivent généralement moins longtemps que les riches, cela a été maintes fois démontré. Et les boxeurs professionnels, tout le monde s’entend, proviennent rarement de milieux aisés.

Alex Hilton (à gauche) pendant un combat contre Alain Bonnamie le 6 septembre 2002.
Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Sans trop qu’on sache pourquoi, certains moments s’incrustent parfois dans notre mémoire malgré leur importance très relative. Presque instantanément, l’annonce du décès d’Alex Hilton m’a fait faire un bond dans le temps de 34 ans, comme si l’un de ses combats s’était trouvé sur le dessus de ma pile de souvenirs professionnels.
Ça se passait au Forum de Montréal, le 17 mars 1992, le soir de la Saint-Patrick. Et pour l’occasion, Hilton affrontait en demi-finale l’Ontarien Shawn O’Sullivan, dont la fiche s’établissait alors à 19-4. Au grand dam du promoteur Henri Spitzer, seulement 2995 amateurs avaient payé leur billet pour assister à ce gala. Mais bon, les deux boxeurs se battaient pour 4000 $ chacun.
Un sympathique gaillard, O’Sullivan avait été victime d’un véritable vol dans un combat de médaille d’or aux Jeux olympiques de 1984. Bien qu’il eut naguère été l’un des plus beaux espoirs de la boxe canadienne, sa carrière périclitait.
Alors âgé de 29 ans, O’Sullivan était accompagné ce soir-là de sa femme et de leurs deux enfants, âgés de 8 mois et 2 ans. Il avait remporté ses quatre derniers combats mais, clairement, la boxe commençait à affecter sa santé. Durant les événements promotionnels précédant ce gala, plusieurs avaient remarqué qu’il ne s’exprimait plus avec la même fluidité qu’auparavant.
Quant à Alex Hilton (fiche de 24-2 et 20 K.-O.), il avait 27 ans. Il se battait seulement pour la troisième fois en six ans parce qu’il venait de terminer un long séjour en prison. D’abord épinglé pour des crimes mineurs qu’il attribuait à un problème d’abus d’alcool, il avait été condamné en 1988 à cinq ans de prison pour avoir ordonné qu’un autre détenu soit agressé sexuellement lorsqu’il était incarcéré à la prison de Bordeaux.
À la veille de cet affrontement contre O’Sullivan, Hilton était présenté comme un criminel repentant ayant déjà gaspillé un nombre élevé de chances de retrouver le droit chemin. Ce combat constituait probablement sa dernière chance et il le dédiait à sa mère.
Un bon samaritain, Alain Houle, s’était donné pour mission d’aider Alex Hilton à se refaire une vie normale et à s’éloigner de certaines fréquentations. Le défi était de taille. Ses frères Dave et Matthew faisaient alors face à la justice pour avoir commis un braquage de 168 $ dans un Dunkin Donuts. Et ce n’était pas le dernier hold-up qu’ils allaient tenter.
Plus tard, un autre bon samaritain, l’animateur de radio Gilles Proulx, a déployé beaucoup d’énergie pour venir en aide à Alex Hilton.
Le combat s’est révélé rude et sanglant.
Shawn O’Sullivan a expédié Hilton au plancher dès le premier round, lui coupant une arcade sourcilière au passage. Hilton a subi un compte de 8, puis il s’est fait fendre l’autre arcade un peu plus tard.
À partir de là, on a assisté à une véritable guerre de tranchées au cours de laquelle les deux pugilistes se sont souvent échangé les rôles d’agresseur et d’agressé. Comme nous étions postés au bord du ring, nos vêtements et les pages de nos carnets de notes étaient tachés de sang. Je n’avais jamais été témoin d’un combat aussi violent.
Après avoir eu l’air totalement dépassé – et même parfois absent – à compter du troisième round, O’Sullivan a repris les commandes au milieu de l’affrontement. Mais Hilton avait clairement un plus vaste réservoir d’énergie. Il a nettement dominé le neuvième round et, alors que les dernières secondes du 10e et dernier round s’écoulaient, Hilton a percuté l’Ontarien d’un puissant crochet au menton. Visiblement K.-O., l’ex-olympien est toutefois resté debout.
Constatant qu’O’Sullivan n’était plus en mesure de se défendre, l’arbitre Guy Jutras est immédiatement intervenu. Il a finalement stoppé le combat à seulement six secondes de la fin.
Pour Alex Hilton, c’était en principe le début d’une nouvelle vie et d’une ascension vers un titre de champion du monde. Pour O’Sullivan, la retraite s’imposait.
Aux abords du ring, après le combat, O’Sullivan avait de la difficulté à s’exprimer et à structurer sa pensée, à un tel point que son entraîneur complétait ses phrases à sa place. C’était d’une immense tristesse.
Le lendemain, la plupart des reportages consacrés à ce combat soulignaient que le temps était venu pour O’Sullivan de tirer un trait sur sa carrière. Il l’a fait, mais il n’a pu s’empêcher de reprendre le collier quatre ans plus tard, en 1996. Il a finalement raccroché ses gants pour de bon en 1997 après avoir remporté quatre victoires dans des combats secondaires.
En 2017, la police ontarienne a lancé un avis de recherche concernant Shawn O’Sullivan. On rapportait qu’il avait quitté une résidence de la région de Belleville. On le décrivait alors comme une personne vulnérable qui pouvait sembler apeurée. Il était aux prises avec des problèmes cognitifs.
Il a heureusement été retrouvé quelques heures plus tard.
Six mois après ce combat de la Saint-Patrick, Alex Hilton a pour sa part été incarcéré pendant quelques semaines en raison d’un non-respect de conditions.
Il a ensuite disputé 23 autres combats sur une période de 12 ans. Son rêve de devenir champion du monde s’est cependant évanoui à compter de 1996, après deux défaites d’affilée contre Stéphane Ouellet.
La carrière d’Alex Hilton a pris fin en 2004, à l’âge de 40 ans, sur une séquence de six défaites subies dans le cadre de combats mettant en valeur de plus jeunes pugilistes.
Et dans la nuit de lundi à mardi, il est mort encore plus jeune que le prédisait l’étude réalisée par les chercheurs britanniques.


1 month ago
13























English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·