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Battre le tambour pour préserver sa culture

4 hours ago 4

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Sur une scène devant un rideau rouge, un homme et un jeune garçon portent des toges rouges et vertes avec des bandeaux à motifs géométriques. L'homme, portant un grand tambour décoré en équilibre sur sa tête, tient des baguettes en bois, tout comme le garçon debout à ses côtés.

Empreintes

Battre le tambour pour préserver sa culture

Texte : Leslie Garrido-Diaz et

Raphaëlle Simonnot

Deux hommes en costumes traditionnels rouge, vert et blanc effectuent un saut dynamique en l'air au-dessus de grands tambours en bois posés au sol. Ils tiennent des baguettes levées, tandis qu'un tambour peint aux couleurs du drapeau burundais occupe le premier plan.

Le battement des tambours traditionnels résonne toujours aux oreilles et dans le cœur de Renord Nsekera, pourtant loin de son Burundi natal. Aujourd'hui installé au beau milieu des Prairies, le Canadien d'adoption tente de perpétuer cet héritage musical.

Vue en gros plan et en contre-plongée sur une table où sont éparpillées plusieurs photographies imprimées. Les mains d'un homme en costume gris manipulent et déplacent les photos sur la surface de la table.

Renord déménage à Regina en 2015 avec sa femme, Aline, et leur premier enfant, Adonael. Rapidement, la famille établit des liens avec la communauté fransaskoise.

Portrait en plan moyen d'un homme noir souriant, vêtu d'un veston gris sur une chemise claire. Il a les mains jointes et se tient dans une pièce où l'on aperçoit des cadres de photos et un petit drapeau du Burundi au mur en arrière-plan.

À cette époque, Renord rencontre des membres de la communauté burundaise qui lui font part de leur volonté de créer une troupe de tambourinaires. Heureux de retrouver un lien avec sa culture d’origine, il se propose pour en être le meneur.

Trois hommes alignés sur une scène devant un rideau noir portent des toges rouges et vertes. Les deux hommes de gauche portent chacun un grand tambour en bois posé horizontalement en équilibre sur leur tête.
Vue macro et rapprochée sur le rebord supérieur d'un tambour en bois, montrant les détails de la peau tannée fixée par des lanières de cuir entrelacées et de petites chevilles en bois enfoncées dans la structure.

Le regard brillant et le sourire aux lèvres, Renord se souvient encore de la troupe qui s’entraînait près de chez lui lorsqu’il était enfant, au Burundi. C’est vers l'âge de 10 ans qu’il est devenu tambourinaire à son tour. Et cette passion ne l’a jamais quitté depuis.

Quand Jean de Dieu Ndayahundwa a rencontré Renord, il n’y avait que quatre tambourinaires. Les deux hommes se sont très vite entendus et partageaient leur rêve de faire connaître et résonner la musique rythmée de la nouvelle troupe Abahebera.

Portrait en plan rapproché d'un homme noir portant un veston bordeaux sur un pull beige, photographié de trois-quarts face dans un environnement sombre.

L’actuel président de la communauté burundaise de Regina insiste sur l'accueil chaleureux que Renord réserve à chaque recrue dans la troupe.

Une vingtaine de personnes de tous âges, vêtues de tenues traditionnelles rouges et blanches, posent côte à côte à l'extérieur devant un bâtiment en briques sous un ciel bleu. Un grand tambour décoré est posé au centre du groupe.

 Photo : Radio-Canada / Frédérique Cyr MichaudFrédérique Cyr MichaudFrédérique Cyr Michaud

Chaque semaine, les membres de la troupe se réunissent pour répéter. L'auditorium de l'Association communautaire fransaskoise de Regina (ACFR) plonge alors dans une atmosphère solennelle. La salle devient témoin d'un rituel musical.

Gros plan sur un jeune homme de profil portant une toge rouge et verte. Un collier de perles blanches imposant entoure son cou, et une personne en arrière-plan ajuste le bandeau perlé noué autour de sa tête.
Vue rapprochée d'un homme de dos ajustant et nouant une large bande de tissu rouge par-dessus une toge verte. Un enfant en tenue similaire est visible en arrière-plan.

Avant le tumulte des tambours, il y a ce temps suspendu pendant lequel les membres de la troupe s'habillent ensemble. Les vêtements gris de sport viennent se mêler aux tenues de couleurs rouge, blanche et verte, soigneusement sorties des sacs à dos.

Les lumières s’éteignent. Renord lance un cri en kirundi – langue du Burundi – qui brise le silence et auquel les autres répondent d’une seule voix. Ils ne sont plus de simples musiciens, mais des guerriers, comme leurs ancêtres avant eux.

Sur scène, un jeune garçon en tenue traditionnelle, vu de dos, tient des baguettes en bois face à un grand tambour décoré du drapeau burundais. Derrière lui, plusieurs hommes adultes en toges rouges et vertes sont alignés, debout derrière leurs propres tambours en bois.

Les hommes portent fièrement leur tambour sur leur tête et forment un demi-cercle autour du meneur, qui se tient près du tambour central. Tous font résonner leur instrument avec force, accélérant en même temps les battements de cœur du public. Les vibrations des percussions et des chants se mélangent, plongeant ainsi les musiciens dans une sorte de transe.

« Le tambour central joue un grand rôle; c’est celui qui donne le coup d’envoi à tous les autres. C’est très technique. Tout le monde dépend de toi. »

Un grand tambour en bois, décoré d'un panneau central peint en rouge, blanc et vert avec trois étoiles au milieu, est isolé au centre d'une scène vide, devant d'autres tambours alignés à l'arrière-plan.

Le tambour burundais, aussi appelé ingoma, est un instrument traditionnel construit avec du bois du Burundi et recouvert de peau de vache tannée. Souvent, il est peint aux couleurs du drapeau national : le rouge pour l’amour de la patrie et le sang versé pour l'indépendance du pays; le blanc, qui symbolise la paix; et le vert, pour la prospérité du pays.

Un homme en costume traditionnel rouge et vert est assis de trois-quarts face, tenant deux baguettes de bois épaisses entre ses mains. Un mini-tambour décoré est posé sur ses genoux.

Ernest Ntawuhorageze travaille main dans la main avec Renord pour transmettre l’art du tambour aux jeunes générations. Comme un gardien du savoir, le président de la troupe Abahebera explique que le tambour du Burundi est un symbole sacré du pouvoir et de la vie.

Vue d'ensemble sur une scène où plusieurs hommes en toges traditionnelles manipulent des tambours; trois d'entre eux marchent en portant leur instrument sur la tête, tandis que les autres sont alignés en arrière-plan.

L’instrument, qui a été inventé par le premier roi burundais entre le 16e et le 17e siècle, était si sacralisé que l’homme n’osait pas le regarder directement. Il symbolisait le lien entre le monde des ancêtres et celui des vivants. Selon la tradition ancestrale, le tambour est une entité féminine que seuls les hommes peuvent courtiser et manipuler.

Portrait en gros plan et de profil de deux hommes portant des bandeaux perlés assortis. Le plus jeune, à gauche, regarde directement vers l'objectif, tandis que l'homme plus âgé, à droite, regarde vers l'avant.

Renord a transmis sa passion à son fils, Adonael, il y a trois ans. Son aîné venait assister aux répétitions de la troupe après chacun de ses entraînements de basketball dans le gymnase à côté. Petit à petit, il a développé l’envie de devenir lui aussi tambourinaire.

Vue rapprochée sur les mains d'une personne assise, tenant un bouclier traditionnel blanc décoré de motifs rouges et verts. Un costume rouge et vert est visible sur ses genoux.

« Quand j’étais petit, il y avait un adage dans notre culture et communauté burundaise qui disait que quand tu perds ta culture, tu perds aussi ta personnalité. »

Portrait de profil d'un jeune homme portant un bandeau perlé blanc, rouge et vert, vêtu d'une toge rouge, se tenant sur une scène de théâtre.

Comme plusieurs jeunes de la troupe, Andy Mucowintore a commencé à battre le tambour auprès de son père. Celui qui s’est initié à l’instrument à 12 ans poursuit, année après année, l’apprentissage de son héritage culturel grâce au travail de Renord.

Portrait rapproché d'un jeune garçon noir souriant de profil, portant un bandeau perlé et un collier traditionnel blanc, rouge et vert.

Noé Clet a rejoint la troupe en février 2026. Après deux heures de répétitions, le petit garçon de 9 ans a le sourire aux lèvres.

« Pour moi, battre le tambour me rapproche de mes ancêtres. Je veux faire quelque chose qui représente mon pays d’origine. »

Un homme en toge rouge se tient debout au centre d'une scène, les mains sur les hanches, devant une rangée de tambours traditionnels en bois.

Doyen de la troupe, Dominique Ndayikeza a aussi fait ses débuts sur le tambour à l’âge de 9 ans. Arrivé au Canada il y a tout juste un an, il a trouvé au sein du groupe Abahebera la possibilité de garder un lien avec son Burundi natal. Quand Renord bat le tambour, ça le ramène à ses souvenirs d'enfance; il sent son âme de guerrier se réveiller.

Une famille de six personnes est réunie à l'intérieur autour d'une grande table en bois. Un homme en veston est debout au centre de la pièce, tandis qu'une femme et quatre enfants sont assis autour de la table.

À la maison après la répétition, la langue traditionnelle du Burundi, le kirundi, se mélange naturellement au français. Aline et Renord sont fiers de voir leurs enfants adopter la culture canadienne, sans pour autant oublier leurs racines.

Vue par-dessus l'épaule d'une jeune fille observant deux petites photographies posées sur une table à côté d'une bougie allumée. Les photos montrent des portraits de fillettes en robes blanches.

Les trois filles d'Aline et Renord assistent souvent aux répétitions des tambourinaires. Léana, Noélie et Ysaline observent, écoutent, mais ne touchent pas, puisque c’est une tradition réservée aux hommes. Ces jeunes curieuses feront plutôt de la danse burundaise, un héritage que leurs parents les encouragent à explorer.

« On a choisi le Canada parce que c’est un pays ouvert à tout le monde qui vient chercher du travail, qui vient bâtir un pays ensemble. »

Portrait en plan moyen d'un homme en costume gris vu de profil et d'une femme souriante de face portant une chemise blanche à motifs floraux colorés, photographiés côte à côte à l'intérieur.

Aline et Renord sont impliqués dans la communauté fransaskoise depuis leur arrivée. Elle est enseignante de français, et lui a été, entre autres, employé de l’Association des juristes d’expression française de Regina. Il a aussi rejoint à titre de bénévole l’Association communautaire fransaskoise de Regina en  2025.

Renord est l’un des nouveaux leaders de la communauté francophone de la Saskatchewan, selon le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Simard. Ce dernier estime que le meneur de la troupe Abahenera est un bon exemple du vivre ensemble : L’engagement de Renord est la définition même de la Fransaskoisie : une invitation au multiculturalisme.

Un homme en veston gris se tient debout aux côtés d'un adolescent en chemise bordeaux assis à une table. Tous deux regardent et manipulent des photographies imprimées posées devant eux.

Chaque 1er juillet, Renord et les membres de sa troupe sont fiers de présenter un pan de leur culture. Comme un symbole fort, ils performent devant le public pour célébrer à la fois la fête du Canada et l’indépendance du Burundi (1er juillet 1962).

Vue d'ensemble d'une quinzaine de tambourinaires en costumes traditionnels alignés en arc de cercle sur une grande scène sous des projecteurs, devant un grand rideau rouge. Deux grands vases blancs décorés sont posés au sol au premier plan.

Crédits

  • Journalistes : Leslie Garrido-Diaz et Raphaëlle Simonnot
  • Visuel : Leslie Garrido-Diaz et Matt Howard
  • Designer : Ariane Pelletier
  • Édimestre : Martin Bruyère
  • Réviseure : Catherine Bélanger
  • Édition et cheffe de projets numériques : Marylène Têtu
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