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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPlus de 400 ans de colonisation ont laissé des traces indélébiles chez les peuples autochtones. Pour Michel Goupil, Innu originaire de Matimekush-Lac-John, ces blessures se sont notamment transmises d’une génération à l’autre. Sa mère a fréquenté le pensionnat pour Autochtones de Sept-Îles, et lui représente aujourd’hui cette deuxième génération qui vit avec les répercussions intergénérationnelles de ces établissements.
Depuis son jeune âge, survivre est devenu son mode de vie. À l’âge adulte, l’itinérance s’est installée dans son quotidien pendant de longues années. Il se déplaçait d’une communauté à une autre, sans véritable point d’ancrage.
À 17 ans, il commence à boire de l’alcool. La consommation prend progressivement une place importante dans sa vie. J'ai bu quasiment toute ma vie. Après ça, j'ai connu la drogue dure, de terribles drogues dures. J'ai pogné le fond du baril une fois.
Les tentatives pour s’en sortir se multiplient, mais les rechutes aussi. Cette fois-là, il perd complètement ses repères. Ça a duré presque deux ans et demi, précise-t-il.
Puis vient un moment où l’envie de s’en sortir disparaît. Quand tu lances la serviette, t'abandonnes. Oublie ça. Tu ne veux plus rien faire. Tout est fini, ça finit là.
Un appel qui change le cours des choses
L’année dernière, Michel Goupil décide de quitter Mani-utenam pour s’installer en ville. Il ne sait pas vraiment où aller. Il téléphone donc à des connaissances dans la région de Québec, principalement des Innus.
De fil en aiguille, il est dirigé vers le Centre d’amitié autochtone de Québec. Une intervenante l’accompagne dans ses démarches et le guide vers un séjour en thérapie afin de l’aider à se libérer de ses dépendances.
Pour lui, cette rencontre représente un tournant. Les centres d’amitié offrent une multitude de services destinés aux Autochtones vivant en ville, affirme l’Innu de 58 ans, qui utilise toujours notamment le service du comptoir alimentaire situé à Wendake.
Il souhaite maintenant que les Autochtones connaissent davantage les ressources qui sont à leur disposition.
Il faut que le monde soit au courant. Les centres d’amitié sont là pour nous et ils nous aident. Il faut se servir de ces services-là.
Quelques mois se sont écoulés depuis qu’il a décidé de changer son mode de vie. Michel Goupil reconnaît que le chemin n’est pas facile. Mais au moment où il a finalement choisi de se prendre en main, une personne était là pour répondre à son appel à l’aide.
Un centre d’amitié autochtone a immédiatement pris le relais.

Tanya Sirois, directrice du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
50 ans d’accueil et d’accompagnement
Le premier centre d’amitié autochtone au Québec a été fondé en 1969 à Chibougamau afin de permettre aux Cris et aux Atikamekw de se réunir en ville. Le mouvement s’est ensuite développé dans différentes régions de la province. On en compte 11 aujourd’hui.
Le RCAAQ, qui célèbre cette année ses 50 ans, a été créé en 1976 à la demande des trois centres d’amitié qui existaient alors, soit ceux de Chibougamau, de Val-d’Or et de La Tuque. Leur objectif était notamment de se donner une force collective auprès du gouvernement provincial.
Selon la directrice générale du RCAAQ, Tanya Sirois, les centres ont toujours offert des espaces où les personnes autochtones peuvent se sentir en sécurité, bien avant que le concept de sécurisation culturelle ne soit repris par les gouvernements et les institutions québécoises.
Depuis les années 1950, les Premières Nations, les Inuit et les Métis tentent de répondre à ce besoin dans plusieurs villes du pays, raconte-t-elle.
On n'a pas pris soin de nous.
Aujourd’hui, alors que plus de 60 % des Autochtones vivent en milieu urbain, ces lieux prennent une importance particulière. Les personnes régies par la Loi sur les Indiens, notamment les membres des Premières Nations, ne peuvent pas nécessairement recevoir en ville les mêmes services que ceux offerts dans leur communauté. Elles deviennent par le fait même hors réserve.
Lorsqu’elles doivent accéder à des services, à moins de retourner dans leur communauté, elles peuvent se retrouver sans ressources adaptées à leur réalité.
Quand vient le temps de recevoir des services, à moins de retourner dans ta communauté, on est laissés un peu à nous-mêmes. C'est là que les centres d'amitié prennent tout leur sens en étant justement ce lieu où tu es le bienvenu, déclare la directrice en poste depuis 2013.
Les centres d’amitié sont ainsi devenus des lieux d’accueil et d’accompagnement. Une personne qui ne se sent pas en sécurité pour consulter un médecin, rencontrer un intervenant scolaire ou communiquer avec les services d’aide juridique peut notamment être accompagnée par un intervenant, rappelle l’Innue de Pessamit.
L’équipe du RCAAQ compte aujourd’hui 40 personnes. Pour Tanya Sirois, ces employés sont plus que jamais des défenseurs des droits et des intérêts des populations autochtones en milieu urbain, des gens qui, selon elle, ont été mis de côté pendant trop longtemps.
La commission Viens tablettée

« On ne parle plus de la Commission Viens, on ne réinvestit plus par rapport aux recommandations qui avaient été faites et ça, je trouve que c'est extrêmement décourageant », affirme Tanya Sirois, directrice du RCAAQ.
Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau
Même si les Autochtones ont accès aux différents services publics de l’État québécois, Tanya Sirois rappelle que la disponibilité d’un service ne signifie pas nécessairement son accessibilité.
On a vu avec tout ce qui s'est passé dans les dernières années que le lien de confiance n'existe pas entre la population autochtone et l'État québécois.
Elle fait notamment référence à la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, communément appelée commission Viens, dont le rapport a été déposé en 2019 et qui formulait 142 appels à l’action.
Six ans plus tard, Tanya Sirois estime que la commission a permis de mettre en lumière plusieurs enjeux soulevés par les Autochtones au Québec depuis des décennies. Elle déplore toutefois ce qu’elle considère comme un manque de suivi.
Le problème avec les commissions et les enquêtes nationales [...] c'est que le gouvernement se met en action pendant trois ou quatre ans, puis s'ils peuvent tabletter le rapport, ils vont le faire. C'est ce qu'ils sont en train de faire, dit-elle.
On ne parle plus de la commission Viens, on ne réinvestit plus par rapport aux recommandations qui avaient été faites et ça, je trouve que c'est extrêmement décourageant.
Malgré cela, Mme Sirois continue de défendre jour après jour les droits des Premières Nations et des Inuit en milieu urbain. L’un des défis de son travail demeure la répétition, dit-elle. Elle doit constamment recommencer à expliquer ce qu’est un centre d’amitié autochtone et quelle est sa mission aux différentes instances politiques et gouvernementales provinciales.
Imaginez si on ne perdait pas de temps à réexpliquer ce qu'on avait déjà convaincu. À cause des changements de siège au niveau politique et d’orientations politiques qui n'ont rien à voir avec nous, nos priorités, on est à leur merci.
Pour elle, ce temps pourrait plutôt être consacré à l’élaboration de solutions plus approfondies concernant les injustices sociales, l’exclusion sociale, la pauvreté ou encore les dépendances.
Centre MAMUK, un nouvel espace à Québec

Jean Levasseur-Moreau, directeur du Centre multiservice MAMUK à Québec
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Depuis 2024, Jean Levasseur-Moreau est directeur général du Centre multiservice MAMUK, à Québec. Situé au 1925, rue Soumande, derrière le Centre Vidéotron, le centre a déménagé dans ses nouveaux locaux cet été.
L’emplacement, l’accessibilité et le manque d’espace de l’ancienne adresse compliquaient l’accueil de la clientèle autochtone en milieu urbain à Québec. Les nouveaux locaux disposent notamment d’un stationnement et sont plus facilement accessibles en autobus.
Le Centre MAMUK est l’un des derniers centres d’amitié autochtones à avoir rejoint le RCAAQ.
Pour Jean Levasseur-Moreau, travailler dans le milieu communautaire comporte son lot de défis humains.
Le milieu communautaire, c'est le "fun", mais ce n'est toujours pas léger non plus. Des fois, on a des situations qui sont délicates, qui sont tristes, puis on fait attention à nous, mais on fait attention au monde à qui on donne des services aussi.

Se sentir en famille au Centre MAMUK, tout en partageant un bon repas.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
La clientèle du centre est majoritairement innue, mais les services sont offerts à toutes les Premières Nations et aux Inuit vivant dans la région de Québec. Les Autochtones de passage dans la ville sont également invités à découvrir les nouveaux locaux.
Il n'est pas nécessaire d’utiliser les services pour franchir la porte. Le centre souhaite également être un lieu où les gens peuvent simplement venir prendre un café, retrouver un milieu autochtone et être parmi les leurs.
Les personnes allochtones sont aussi les bienvenues pour poser des questions sur les réalités autochtones, précise toutefois le directeur. Les services du centre demeurent réservés aux Autochtones.
Je m’aperçois que je ne mens plus
Pour Michel Goupil, les changements se mesurent maintenant dans son quotidien.
Il travaille 40 heures par semaine pour une entreprise privée située à Wendake. Il est fier de raconter qu’il est sorti de l’itinérance, tout en demeurant conscient des difficultés rencontrées depuis qu’il a décidé de reprendre sa vie en main.
Quand j'ai appelé mon frère et je lui ai dit que c'était assez, j'avais plus de lunettes, plus rien.
Aujourd’hui, il loue une chambre qu’il est capable de payer. Il s’est acheté deux paires de lunettes flambant neuves.
Dans son réfrigérateur, il y a maintenant de la nourriture. Son bilan de santé est à jour. Mon diabète, je surveille ça, mentionne-t-il.
Mais sa plus grande joie demeure ailleurs. Les membres de sa famille proche et élargie ont recommencé à lui parler. Pour lui, c’est le signe qu’il est finalement sorti de son isolement.
Après des années marquées par l’itinérance et la consommation, Michel Goupil dit avoir retrouvé quelque chose qu’il avait perdu en chemin : la possibilité de vivre sans cacher sa réalité.
C'est le fun, c'est intéressant. Je n’ai rien à cacher, c'est ça qui est le fun, j'ai plus besoin de mentir. On ne s'en aperçoit pas quand on est dans le monde de l'itinérance et de la consommation. On ment. Puis là, je m'aperçois que je ne mens plus. C'est ça, je me sens bien.


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