PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Tout l'argent du monde ne changera rien au fait que nous avons perdu notre langue et notre culture. » La Première Nation malécite du Madawaska a payé le prix fort pour son succès économique, selon l'ex-cheffe Joanna Bernard.
Mme Bernard peine à retenir ses larmes quand elle en parle. Nous avons beaucoup perdu, déplore-t-elle. Les gens disent : "Vous êtes chanceux, vous avez ceci et cela." Oui, nos routes sont goudronnées et nos allées aussi, mais où est notre culture?
Elle-même n’a jamais parlé la langue wolastoqey. Nous avons payé le prix, estime Joanna Bernard. Pour moi, le prix ultime, c'est que je me sens mal et gênée de ne pas pouvoir parler ma langue. Quand les gens autour de moi la parlent, je me sens perdue. C'est embarrassant d'avouer que je ne la parle pas.
Être situé juste à côté d'Edmundston a représenté un avantage géographique indéniable pour le développement économique de cette Première Nation. Toutefois, c’est aussi un handicap, puisque les Malécites du Madawaska ont perdu leurs racines bien plus que d’autres communautés wolastoqey plus éloignées des grands centres.
Sur les 378 membres de cette communauté, il n’y a plus qu’un seul locuteur de wolastoqey et une danseuse traditionnelle.
Reconnecter grâce à la danse
Cette danseuse, c'est Jessica Gagnon, 25 ans, qui s’efforce à sa façon de faire vivre les traditions de sa nation. Fille d’un père wolastoqey, elle s’intéresse depuis l’adolescence à la danse traditionnelle.

Jessica Gagnon dans les locaux du centre Nikonuk sur le campus d'Edmundston de l'Université de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
La danse a toujours été quelque chose qui m’aide quand je suis stressée, raconte Jessica Gagnon. Je vais danser et ça fait du bien. Avoir cette connexion à la culture, ça peut ground your spirit [ancrer ton esprit].
Seule danseuse de la PNMM, cette jeune femme qui participe à des pow-wow donne aussi des ateliers au centre récréatif de la communauté pour former la relève. C'est sa tante qui l'a initiée à la danse et Jessica transmet maintenant cet héritage à sa nièce Breanna, 11 ans.
Breanna et les deux autres jeunes danseuses qui participent à cette activité ce lundi soir imitent les pas de danse de Jessica du mieux qu'elles le peuvent, mais elles sont encore loin d'être au niveau de leur professeure.
Elles veulent s’amuser et en apprendre plus sur [leur] culture, mais elles sont bien loin de saisir l’importance de ce qui est en jeu, constate Jessica Gagnon. Elles sont encore jeunes pour vraiment réaliser qu’il n’y a plus autant de culture dans la communauté, note-t-elle.

Les jeunes danseuses prennent une pause pour jouer du tambour traditionnel.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Jessica était très occupée quand nous l’avons rencontrée début mars, entre les répétitions pour un spectacle et son nouveau travail au Centre autochtone Nikonuk du campus d’Edmundston de l’Université de Moncton. En tant qu’agente culturelle, elle prépare des ateliers pour les élèves des 18 écoles du district scolaire francophone du Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick. Danse, tambour traditionnel et chants sont au programme.
Les jeunes Wolastoqiyik, pas assez nombreux pour avoir leur propre école, sont scolarisés dans les établissements francophones et anglophones d'Edmundston.
Si les jeunes apprenaient la langue à l’école dans leur communauté, la situation serait tout autre, pense Joanna Bernard. Nous sommes une petite communauté, alors que si nous étions plus grands comme Tobique [une des cinq autres communautés wolastoqey]… Ils n'ont pas perdu leur langue. Ils ont une école juste là où ils enseignent la langue.
Revitalisation linguistique
Aux bureaux de la Première Nation malécite du Madawaska, Shawn Francis travaille lui aussi à la revitalisation de la culture. Revenu dans la communauté alors qu’il était adulte, il a voulu se réapproprier la langue wolastoqey.
Puisque plus personne autour de lui ne la parlait, il s’est tourné vers d’autres communautés, comme Saint Mary’s (Sitansisk) et Tobique (Neqotkuk), où il reste encore des locuteurs, pour la réapprendre. De fil en aiguille, il est devenu coordonnateur des cultures et des traditions à la PNMM.

Shawn Francis dans son bureau au conseil de bande, entouré d'objets traditionnels.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Je trouvais ça très triste, surtout pour les générations plus jeunes, donc j'ai été chercher de l'aide dans d'autres communautés wolastoqiyik, où des personnes avaient préservé les coutumes, les cérémonies culturelles, les activités, et j'ai ramené ça, peu à peu, dans la communauté.
Il organise maintenant des ateliers linguistiques ainsi que des ateliers de médecine traditionnelle, de vannerie ou de tambour, tout ce qui nous définit en tant que peuple wolastoqey.
M. Francis a obtenu que plusieurs boutiques situées dans le développement commercial Grey Rock, situé le long de la Transcanadienne, ajoutent des enseignes en wolastoqey. Certains panneaux d’arrêt dans la communauté sont également trilingues.

Un panneau à l'entrée du centre commercial Grey Rock.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
C’est une façon subtile d’exposer ses concitoyens à la langue, même si ce n’est pas leur priorité, regrette M. Francis, qui dit néanmoins comprendre que l’investissement en temps peut rebuter plusieurs personnes. Certains lui ont ainsi dit qu’ils ne souhaitaient pas sacrifier leur temps pour une langue morte. J'essaie d'expliquer que c'est une langue morte parce qu'on a une attitude comme ça, ajoute-t-il.
L'importance des valeurs traditionnelles
Au bureau d’à côté, l'aîné Michel Pelletier aide lui aussi les membres de cette communauté à renouer avec les traditions. Intervenant en matière d'alcool et de drogue, il constate à quel point la reconnexion avec les valeurs traditionnelles soutient les alcooliques et les toxicomanes qui tentent de reprendre confiance en eux. Étant lui-même passé par là, il sait de quoi il parle.

Michel Pelletier est intervenant en matière de toxicomanie pour la Première Nation malécite du Madawasca.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Que ce soit l’utilisation de la sauge et du foin d’odeur, les prières ou la plume d’aigle, les traditions apaisent les esprits. On a besoin d'appartenir à quelque chose, fait observer M. Pelletier. C'est une sécurité.
Lors d’un sondage qu’il a mené dans la communauté, les gens lui ont répondu qu’ils souhaitaient un retour de la culture. Les gens ont mentionné qu’ils avaient besoin d’entendre des tambours, de se faire expliquer par un aîné c’est quoi, un feu sacré, ou pourquoi c’est important de se smudger [se purifier à la sauge].
Ce n'est pas une business qu'on veut faire avec ça. On veut simplement retourner à notre culture. Chaque membre de la communauté devrait avoir son héritage.


1 month ago
34























English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·