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L’IA s’invite au cinéma et le festival Cinema Shift ouvre le débat

2 days ago 4

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Le premier événement canadien dédié aux courts métrages créés avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle (IA), le festival Cinema Shift, prend place vendredi à Toronto. La soirée vise à ouvrir la discussion sur l'avenir de l’industrie cinématographique et de la place de l’IA.

En plus des projections de 16 films et d’une remise de prix, l’événement comprend des discussions et des panels, afin que les invités puissent échanger leur point de vue et réfléchir ensemble à la direction que prend l’IA dans l’industrie cinématographique.

Toutes les scènes et tous les scénarios sont créés par des humains, précise Boris Licina, programmateur et cofondateur du festival.

Ruza Vrdoljak Licina, directrice générale et cofondatrice de l’événement, se fait rassurante elle aussi.

Le festival Cinema Shift ne vise pas à remplacer les cinéastes par l’IA.

Pour Ruza Vrdoljak Licina, l’objectif est plutôt d’explorer ce qui arrive à la création cinématographique et au travail créatif lorsque l’IA devient une partie intégrante du processus de réalisation.

Où voulons-nous que les lois évoluent? Quelle orientation voulons-nous donner aux politiques publiques? Comment voulons-nous composer avec cette réalité?, demande-t-elle.

Démocratisation

Parmi les candidatures reçues, environ 85 % provenaient de personnes déjà actives dans l’industrie du cinéma, affirme Mme Vrdoljak Licina. Cela nous démontre que l’utilisation de l’IA dans la réalisation cinématographique est déjà bien présente, dit-elle.

Les 15 % restants proviennent de ce que nous appelons de nouveaux cinéastes, précise-t-elle. Plusieurs d’entre eux viennent de milieux où il leur aurait été pratiquement impossible de produire un film [sans l’aide de l’IA], puisque faire un film coûte extrêmement cher.

Dominic Desjardins.

Pour Dominic Desjardins, tant qu’il y a des humains derrière la réalisation et la scénarisation, l’intelligence artificielle peut être un outil utile.

Photo : Facebook/zaziefilms

Dominic Desjardins, réalisateur et producteur pour Zazie films, est enthousiaste face au festival. Pour lui, tant qu’il y a des humains derrière la réalisation et la scénarisation, l’IA peut être un outil utile. Il est curieux de voir comment les autres personnes de son milieu en tirent avantage.

Selon lui, s’il avait eu accès à des outils d’intelligence artificielle plus tôt dans sa carrière, il aurait fait deux fois plus de courts métrages dans sa jeunesse.

Les technologies peuvent nous apporter des façons de raconter les histoires plus facilement, mettre notre imagination sur écran plus facilement.

Ça ne veut pas nécessairement dire qu’on va donner tout l’espace créatif à l’IA. Et ça, c’est une grosse nuance, ajoute-t-il.

L’important, selon M. Desjardins, est de se poser les bonnes questions, notamment en ce qui concerne les métiers desquels le milieu dépend ainsi que les acteurs qui sont déjà dans des situations très fragiles, surtout au Canada.

Chantale Renée.

Chantale Renée croit que la priorité devrait toujours être donnée aux êtres humains.

Photo : Facebook/chantalerenee

Chantale Renée, comédienne et directrice de production audio, croit elle aussi que privilégier les humains devrait toujours être la priorité, mais avoir une occasion de discuter des enjeux liés à l’IA avec les gens de son milieu reste intéressant.

[L’IA], c’est ici et ça va rester.

Elle se désole toutefois du fait que le cinéma entre dans une nouvelle ère.

Je le vois de plus en plus, les compagnies nous disent : ''Écoute, on a décidé d’aller avec l’IA, parce que c’était moins cher'', donc ça m’affecte, confie-t-elle.

Ce n’est pas du cinéma

Pour moi, utiliser l’intelligence artificielle pour les courts métrages, ce n’est pas du cinéma, ce n’est pas de la création, c’est un outil qui est néfaste, affirme le scénariste et acteur, Florian François.

Faire des films, c’est de travailler en équipe, avec des humains, c’est de raconter des histoires humaines et des choses comme ça, avec des machines, ça ne m’intéresse pas.

À mon sens, c’est le contraire de ce que doit représenter le cinéma, dénonce-t-il. Le scénariste reconnaît que l’IA peut contribuer à démocratiser le milieu, mais il estime que cet argument est trompeur, puisque cette technologie entraîne également des pertes d’emplois.

Florian François.

Pour Florian François, utiliser l’intelligence artificielle pour les courts métrages, ce n’est ni du cinéma ni de la création.

Photo : Facebook/FlorianFrancoisFF - Brian Bay

Je fais souvent des courts métrages sans aucun budget. Alors oui, je pourrais utiliser les outils d’IA pour faire des effets spéciaux, des choses auxquelles je n’aurais peut-être pas eu accès avant, dit-il. Mais pour lui, si un humain peut faire le travail, pas question de le remplacer par l’IA.

Bien qu’il considère l’IA comme quelque chose de globalement très néfaste, M. François dit suivre les développements de près, afin d’essayer de comprendre la bête et de ne pas juste s’y opposer.

Il s’agit toutefois d’un terrain glissant, selon lui. On ouvre la porte jusqu’à ce qu’on remplace tout. Je suis très inquiet par rapport à ça, confie-t-il.

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