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L’industrie des énergies fossiles intensifie son lobbying auprès du gouvernement Carney

1 week ago 3

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Les activités de lobbying de l’industrie des énergies fossiles auprès du gouvernement fédéral se sont fortement intensifiées pendant la première année de mandat du premier ministre Mark Carney.

Plusieurs centaines de rencontres ont eu lieu entre mai 2025 et avril 2026 avec différents ministres et représentants du gouvernement, selon une analyse approfondie du registre des lobbyistes par l’organisme Environmental Defence.

Cette influence expliquerait le recul notoire de l’administration Carney en matière de protection environnementale, selon l’organisme voué à la protection de l'environnement, qui a comptabilisé 1318 rencontres pendant cette période, soit 5 rencontres par jour ouvrable. Sur 384 réunions avec des députés de différents partis, 323 ont eu lieu avec des élus libéraux.

Rencontres avec Carney et des ministres

La tendance des compagnies pétrolières et gazières à graviter autour d’instances n’est pas nouvelle, mais l’exposition de l’administration Carney aux lobbyistes du secteur est considérablement plus élevée que ne l’était celle de Justin Trudeau.

L’ancien premier ministre n’avait tenu que deux réunions avec des représentants de l’industrie entre 2023 et la fin de son mandat, en janvier 2025. Mark Carney, de son côté, a eu 14 de ces rencontres au cours de sa première année en tant que premier ministre, et plus de 20 fois depuis son élection à la tête du Parti libéral du Canada.

Gros plan de Mark Carney, le regard attentif et le visage grave, vêtu d'un veston foncé et d'une cravate.

Le premier ministre Mark Carney (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

L’industrie des énergies fossiles a également eu des réunions avec le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, des Affaires intergouvernementales et de l'Unité de l'économie canadienne, Dominic LeBlanc.

Ce dernier supervise le Bureau fédéral des grands projets, une instance mise en place par Ottawa l’été dernier visant à accélérer la construction de nouvelles infrastructures de grande envergure.

Dominic LeBlanc a rencontré à au moins 17 reprises des représentants du secteur pétrolier et gazier depuis l’élection de M. Carney.

Dans un rapport annuel publié en mars 2026, l'organisme recense également 18 rencontres entre la ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Julie Dabrusin, et des compagnies pétrolières ou gazières, depuis l’élection du gouvernement Carney.

De son côté, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a eu 83 réunions avec des lobbyistes de l’industrie en un peu plus d’un an, un nombre quatre fois plus élevé que l’ancienne ministre Chrystia Freeland, qui était la plus sollicitée par les lobbyistes en 2024.

C’est également une augmentation marquée par rapport à son prédécesseur, Jonathan Wilkinson, qui a rencontré des membres du secteur 34 fois en 2023.

Au total, Ressources naturelles Canada a eu en un an 413 réunions avec des lobbyistes du secteur pétrolier et gazier.

Le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles n'a pas nié ces rencontres, mais a tenu à préciser, par l'entremise d'une déclaration écrite, que le ministère a également eu des rencontres à différents niveaux avec des organismes environnementaux, notamment Environmental Defence Canada, Nature Canada, Birds Canada, Stand Environmental Society, Pembina Institute et la Fondation David Suzuki.

Les changements climatiques représentent l’un des plus grands défis auxquels le Canada est confronté, peut-on lire dans la déclaration. Leurs effets se font déjà sentir partout au pays, notamment par des feux de forêt plus fréquents et plus intenses, des inondations et des phénomènes météorologiques extrêmes.

C’est pourquoi le gouvernement Carney investit à la fois dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans des mesures d’adaptation aux changements climatiques, ajoute le cabinet du ministre Hodgson, qui cite notamment l'accord conclu dans le cadre du projet Pathways, qui permettra de capter 16 millions de tonnes de CO₂ par année d'ici 2045, soit l’équivalent du retrait de plus de 4,75 millions de voitures des routes canadiennes chaque année, selon le gouvernement.

Le cabinet de Tim Hodgson indique que le gouvernement entretient un dialogue avec les organisations environnementales comme avec les entreprises d'énergies fossiles afin d'assurer la sécurité, la fiabilité et l'abordabilité de l'énergie au Canada, en plus de maintenir son objectif d'atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Les mêmes géants de l'industrie

Dans son rapport annuel publié en mars 2026, Environmental Defence Canada mentionne les entreprises ayant exercé le plus de pression sur les élus fédéraux.

La compagnie Enbridge Inc., qui possède le plus large réseau de pipelines en Amérique du Nord, arrive en tête avec 107 rencontres depuis mars 2025.

De leur côté, Shell Canada, qui possède 40 % des actions dans un projet d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) à Kitimat, en Colombie-Britannique, a eu 77 rencontres avec des membres du gouvernement, tandis que Suncor, qui oeuvre dans l’extraction de sable bitumineux, en compte 71.

L'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) est le lobbyiste le plus actif de l’industrie, alors qu’elle aurait fait valoir ses intérêts auprès du gouvernement au moins 138 fois. Selon l’organisme de protection environnementale, l'ACPP est montée au front pour faire annuler — avec succès — la taxe carbone pour les consommateurs ainsi que le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. L’association a aussi lutté contre les réglementations visant à réduire les émissions de méthane provenant du secteur pétrolier et gazier.

Abandon de mesures environnementales

Depuis l’élection du premier ministre Mark Carney, en avril 2025, plusieurs mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre destinées au secteur pétrolier et gazier, notamment le plafonnement des émissions pour limiter les conséquences environnementales de l’exploitation de sable bitumineux, ont été abandonnées.

Des grues au travail sur le chantier de l'oléoduc Trans Mountain à Abbotsford, en Colombie-Britannique, en 2023, avec des montagnes en arrière-plan.

L'oléoduc Trans Mountain au moment de sa construction à Abbotsford, en Colombie-Britannique, en 2023.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

C’est surtout l’approbation d’un nouveau projet de pipeline dans l’Ouest canadien qui suscite des critiques, alors que le projet, au coût estimé entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars, sera entre autres financé à coups de milliards de dollars provenant des fonds publics.

Ottawa a d’ailleurs déclaré le projet comme étant d’intérêt national afin d’accélérer le processus sur le plan juridique.

Un avis publié dans la Gazette du Canada le 1er août fixe au 18 septembre la date limite pour soumettre des commentaires sur cette désignation d’intérêt national.

Plus tôt cette semaine, la directrice adjointe d'Environmental Defence, Julia Levin, a vivement critiqué le gouvernement pour avoir discrètement lancé ce processus pendant une longue fin de semaine.

Alors que les Canadiens de tout le pays font face à des incendies de forêt et aux conséquences d’inondations et de vagues de chaleur dévastatrices, le premier ministre [Mark] Carney a discrètement fait avancer ses projets d’oléoduc.

Elle dénonce la vitesse vertigineuse à laquelle le gouvernement souhaite faire approuver le projet sans supervision appropriée. Il n’est pas étonnant qu’il ait voulu éviter d’attirer l’attention sur ce projet risqué, tant sur le plan environnemental qu’économique, ajoute-t-elle.

Surfer sur la vague du nationalisme économique

L'assouplissement documenté du gouvernement Carney envers l’industrie pétrolière s’inscrit dans une stratégie de nationalisme économique visant à riposter aux tarifs douaniers de Donald Trump et les entreprises d’énergies fossiles l’ont bien compris, selon Environmental Defence Canada.

En exploitant l'élan patriotique qui carbure à l’incertitude économique, l'industrie aurait lié l'extraction d'énergies fossiles à l'identité nationale pour rallier l'opinion publique à ses intérêts personnels. L’organisme soutient que les pressions économiques de Washington servent de prétexte à la promotion d’un Canada superpuissant sur le plan énergétique, comme l'avait annoncé Mark Carney lors de son discours de victoire en avril 2025.

La hausse marquée des rencontres entre l’industrie pétrolière et le gouvernement fédéral provient donc d’un contexte commercial incertain, s’étant traduit en occasion d’affaires pour l’industrie, qui aurait redoublé ses efforts de lobbying, et en bénéfices politiques pour le Parti libéral, qui surfe sur la vague du nationalisme économique.

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