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L’intelligence artificielle propulse l’entrepreneuriat solo en Chine

5 hours ago 6

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Grâce à l’intelligence artificielle, des milliers de Chinois se lancent en affaires seuls, sans employés, avec comme seules armes des outils d’automatisation.

Ce qu’on appelle les entreprises à une seule personne (ou OPC, pour One Person Company) sont appuyées par plusieurs municipalités et gouvernements locaux, qui les présentent comme un moteur d’innovation.

À Pékin, Lu Weiliang travaillait pour une grande compagnie Internet chinoise et dévorait toutes les informations qu’il trouvait sur l’intelligence artificielle.

En décembre dernier, au moment où les autorités chinoises lançaient la promotion à grande échelle des entreprises à une seule personne, il a décidé de faire le saut.

Lu Weiliang dirige aujourd’hui OPC Quan, une plateforme qui met en relation des entrepreneurs solos, des communautés d'affaires et des partenaires technologiques.

Vague entrepreneuriale

L’intelligence artificielle n’est pas seulement un accélérateur pour les OPC, c’est aussi l’infrastructure de toute cette vague entrepreneuriale, explique-t-il.

Cette nouvelle génération d’entrepreneurs solos, qui se définissent autrement que comme de simples travailleurs autonomes, connaît une croissance rapide. À un point tel que des analystes parlent d'une transformation industrielle.

De jeunes entrepreneurs chinois posent avec un document rouge dans les mains.

Des milliers de Chinois sont soutenus et encouragés par les autorités locales du pays afin de développer des entreprises à une personne.

Photo : Radio-Canada / Su Kuei

Dans les grandes villes chinoises, les centres de données sous-utilisés et les espaces à bureaux vacants changent de vocation.

Ils ne servent plus uniquement à héberger des serveurs ou des employés de bureau, mais ils deviennent de véritables incubateurs pour les OPC.

Selon des études citées par les médias chinois, le pays comptait déjà plus de 16 millions de sociétés de ce type en juin de l’an dernier.

Une vague portée par l’IA et les politiques publiques

Les autorités locales y voient un moyen d’accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle dans la société chinoise tout en stimulant l’entrepreneuriat dans un contexte économique difficile, marqué par les restructurations et les mises à pied massives dans le secteur technologique.

Depuis 2025, une vingtaine de villes chinoises, dont Suzhou, Shenzhen, Shanghai et Hangzhou, ont mis sur pied des programmes destinés aux entrepreneurs solos et ont inclus les OPC dans leurs plans de développement économique.

Des visiteurs dans un salon sur l'intelligence artificielle.

Les visiteurs sont nombreux lors des événements faisant la promotion de l'intelligence artificielle en Chine, notamment ici, à Shanghai, lors de la World Artificial Intelligence Conference de juillet 2025.

Photo : Reuters / Go Nakamura

La ville de Suzhou, pôle manufacturier de haute technologie, a été la première à promettre la création de 30 communautés OPC et la mise sur pied de 1000 entreprises à un seul travailleur d'ici 2028.

D'autres régions ont rapidement emboîté le pas avec des incitatifs financiers compétitifs.

À Shanghai, le district de Pudong propose, par exemple, de couvrir les dépenses liées au développement de projets d'intelligence artificielle jusqu’à concurrence de 300 000 yuans (environ 60 000 $ CA).

Pour sa part, la ville de Wuhan mise sur des prêts à taux avantageux et sur des mécanismes de protection en cas de défaut de paiement pour attirer les solopreneurs.

La Chine est comme une Silicon Valley géante. Lorsqu'une nouvelle technologie émerge, tout le système bureaucratique est mobilisé pour la développer, expliquait récemment Lin Zhang, professeure associée à l'Université du New Hampshire et chercheuse sur l'économie numérique chinoise, au média numérique Rest of World.

Lu Weiliang est l’un des entrepreneurs solos qui bénéficient du soutien des autorités locales.

Dans la communauté OPC où je travaille, les bureaux sont gratuits, les infrastructures de base sont gratuites et il y a régulièrement des formations sur l’intelligence artificielle.

Lu Weiliang dirige OPC Quan, une plateforme qui met en relation des entrepreneurs solos, des communautés d'affaires et des partenaires technologiques.

Lu Weiliang dirige OPC Quan, une plateforme qui met en relation des entrepreneurs solos, des communautés d'affaires et des partenaires technologiques.

Photo : Courtoisie Lu Weiliang

Une entreprise gérée en solo avec des collègues virtuels

Pour plusieurs entrepreneurs solos, l’intelligence artificielle est devenue bien plus qu’un simple outil, c’est la colonne vertébrale de leur compagnie.

Lu Weiliang, lui, considère même l’intelligence artificielle comme un assistant personnel virtuel.

La première chose que je fais chaque matin, c’est de regarder ce que l’IA a accompli pendant la nuit. Certaines commandes passées m’aident à analyser les politiques publiques, d’autres compilent les nouvelles ou répondent aux questions des clients. Mon travail consiste surtout à coordonner ces partenaires numériques, explique-t-il.

Cette révolution de la productivité se fait notamment sentir dans le développement de logiciels.

Su Kuei, fondateur de Beijing Nezha Interactive Entertainment Technology, développe seul des logiciels d’animation squelettique 2D pour l’industrie des jeux vidéo.

Le logiciel qu’il a développé permet aux concepteurs de créer des animations à l’aide de commandes en langage naturel.

Su Kuei parle au micro sur une scène.

L'entrepreneur Su Kuei a fondé l'entreprise Beijing Nezha Interactive Entertainment Technology, qui produit des logiciels d'animation pour l'industrie des jeux vidéo, dont il est le seul employé.

Photo : Radio-Canada / Su Kuei

En seulement un an et demi, son OPC a démontré que la taille d’une compagnie n’est plus un frein à sa capacité d’innovation.

Su Kuei explique qu'il recourt à l’intelligence artificielle pour écrire la majeure partie de son code informatique, mais aussi pour gérer ses activités de marketing.

J’utilise l’IA pour la programmation, pour rédiger mes textes promotionnels et même pour réfléchir aux prochaines étapes de l’entreprise.

Pour lui, l’intelligence artificielle agit même comme un conseiller d’affaires.

Quand je ne comprends pas quelque chose, je peux en discuter avec l’IA. C’est devenu un excellent mentor entrepreneurial, lance-t-il.

Selon Su Kuei, cette capacité à déléguer l’exécution à des employés numériques permet à une seule personne de gérer des cycles de développement qui nécessitaient des équipes entières par le passé.

À Fuzhou, dans le sud-est de la Chine, Hsu Chia réalise plusieurs projets liés à l’intelligence artificielle, entre autres des services de clonage numérique permettant de recréer la voix et l’image de personnes décédées à partir d’archives familiales.

Cette ancienne gestionnaire de produits pour des géants de l’industrie Internet affirme que l’arrivée de ChatGPT et d’autres outils d’IA a changé sa perception de l’entrepreneuriat.

Une jeune femme assise à une table.

Hsu Chia, une jeune entrepreneure solo, s'est lancée dans le clonage numérique après une première carrière au sein d'une grande entreprise Internet chinoise.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Avant, lancer une entreprise exigeait beaucoup de capital et de personnel. Aujourd’hui, une seule personne ou une petite équipe peut créer un modèle d’affaires léger et viable.

Cette accessibilité attire particulièrement les jeunes générations.

Dans les communautés OPC qu’il fréquente, Lu Weiliang observe que la majorité des participants sont nés après l’an 2000.

Les limites du modèle solo

Malgré l’enthousiasme qu’elle suscite, plusieurs entrepreneurs reconnaissent que la technologie ne règle pas tout.

Trouver des clients, vendre un produit et assurer sa croissance demeurent des défis majeurs.

Pour Hsu Chia, le succès dépend encore, en majeure partie, des compétences humaines.

Un homme teste la réalité virtuelle dans un salon technologique.

Même si elle facilite le travail, l'intelligence artificielle ne trouve pas des clients et n'entretient pas des relations d'affaires avec d'autres partenaires.

Photo : Reuters / Go Nakamura

L’entrepreneuriat met à l’épreuve les capacités globales d’une personne. Il faut savoir trouver des clients, vendre, livrer un service et bâtir des relations. L’IA ne peut pas tout faire.

C’est pourquoi plusieurs entrepreneurs privilégient désormais les réseaux de collaboration entre OPC plutôt que l’isolement.

Une personne peut devenir une armée grâce à l’IA, mais les entreprises à une seule personne doivent se regrouper pour aller plus loin, croit Hsu Chia.

Malgré le formidable élan qu’elle connaît, cette nouvelle forme d'entrepreneuriat se heurte toujours à certains obstacles importants en Chine.

Les mécanismes de financement, notamment, demeurent adaptés aux entreprises traditionnelles et plusieurs analystes s'interrogent sur la capacité des entreprises à une seule personne à dépasser le stade initial de croissance.

Malgré tout, les gouvernements locaux chinois y croient et voient dans les OPC le prochain moteur de la transformation économique alimentée par l'intelligence artificielle.

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