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Les producteurs de porcs veulent vendre à meilleur prix aux transformateurs

1 month ago 13

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Après avoir fait des sacrifices au cours des dernières années pour permettre à l'entreprise Olymel de traverser une crise sans précédent, les producteurs de porcs du Québec espèrent obtenir de meilleurs prix dans la prochaine entente de mise en marché qui sera conclue avec les transformateurs.

Les éleveurs avaient accepté de livrer leurs bêtes aux abattoirs à des prix qui grimpaient graduellement de 85 % à 88 % de la valeur d'une carcasse reconstituée dans la dernière convention signée en 2023, qui prend fin ce mois-ci.

Des négociations sont en cours en vue de conclure une nouvelle entente. Le président des Éleveurs de porcs du Québec, Louis-Philippe Roy, espère qu'elle sera plus avantageuse.

Aux États-Unis, les producteurs qui font le même travail que nous sont payés aux alentours de 92 %. Quatre pour cent, c'est énorme quand on parle de profits et quand on parle d'investissements dans le secteur.

Je vais faire confiance à la négociation, puis on verra la suite des choses, dit pour sa part le PDG d'Olymel, Yannick Gervais. Les deux parties estiment que les pourparlers se déroulent bien pour le moment.

Dictés par le marché mondial, les prix du porc fluctuent quotidiennement. En 2025, les producteurs québécois ont obtenu en moyenne 299 $ par bête, soit 12 $ de moins que ce qu'ont reçu les éleveurs ontariens.

Prix de vente moyens des porcs

AnnéeQuébecÉcart avec l'Ontario
2020212,52 $+ 4,67 $
2021285,80 $+ 12,37 $
2022272,42 $- 15,44 $
2023237,86 $- 18,67 $
2024284,62 $- 15,92 $
2025299,46 $- 12,05 $

Une industrie en déclin

Olymel a connu de nombreuses difficultés dans la foulée de la pandémie. Coup sur coup, cette entreprise s'est retrouvée aux prises avec une grève, un manque criant de main-d'œuvre et la fermeture du marché chinois.

On a toujours qualifié ça de "tempête parfaite", affirme Yannick Gervais à titre d'illustration.

Pour survivre, cette entreprise a dû demander aux producteurs porcins de livrer leurs cochons à rabais, le temps de se redresser.

C'était épouvantable, ça a été très stressant pour les producteurs.

Le producteur de porcs Louis-Philippe Roy dans sa ferme de Saint-Michel-de-Bellechasse, où il produit 6000 porcs par an.

Le président des Éleveurs de porcs du Québec, Louis-Philippe Roy, dans sa porcherie de Saint-Michel-de-Bellechasse.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

« On avait besoin de ce moment [...] de répit-là, puis on conçoit que ça a été un effort colossal des producteurs », concède le PDG d'Olymel.

L'entreprise a ensuite entrepris une vaste restructuration qui s'est soldée par la fermeture de plusieurs usines, dont celle de Vallée-Jonction, en Beauce.

De 2022 à 2025, ses capacités d'abattage sont passées de 125 000 à 85 000 porcs par semaine, une baisse de 32 %.

On se bat contre l'ensemble de la planète au niveau de la production porcine. Pour rester concurrentiels, il fallait consolider dans moins de sites mais investir dans ces sites-là pour rester à la fine pointe de la technologie.

L'usine d'abattage d'Olymel à Vallée-Jonction.

L'usine d'abattage d'Olymel à Vallée-Jonction a fermé ses portes à la fin de l'année 2023.

Photo : Radio-Canada / Patrick Andre Perron

Même si Olymel a renoué avec la rentabilité, ses activités de transformation du porc au Québec sont toujours déficitaires.

Pour se tirer d'affaire, l'entreprise mise sur les marchés à valeur ajoutée. « Le Canada, bien sûr, des pays en croissance, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, qui sont prêts à payer un peu plus cher pour le porc de qualité qu'on produit ici et pour des découpes qui sont très spécifiques. »

Le P D G d'Olymel, Yannick Gervais, en entrevue au siège social de cette entreprise, à Boucherville.

Le PDG d'Olymel, Yannick Gervais.

Photo : Radio-Canada

Les producteurs ont dû réduire leurs cheptels

Les éleveurs de porcs ont accepté de réduire leur cheptel pour s'arrimer à la capacité de transformation d'Olymel et de l'ensemble des abattoirs du Québec.

De 2022 à 2025, la production a été réduite de 9 %, ce qui représente environ 600 000 porcs annuellement.

Pour y arriver, 185 producteurs ont quitté le secteur en vertu d'un programme de retrait. Plus de 18 millions de dollars leur ont été offerts en compensations, puisés à même les fonds des Éleveurs de porcs du Québec.

Sébastien Tremblay est du lot. Cet agriculteur des Éboulements, dans la région de Charlevoix, louait sa porcherie à des producteurs qui possédaient 500 porcs.

Cependant, ils ont décidé de réduire leurs activités et le bâtiment s'est retrouvé vacant. « Je l'ai offert à d'autres producteurs de la région, mais vu que ça n'allait pas bien dans le porc, c'était moins intéressant à ce moment-là. »

Personne n'a levé la main pour mon bâtiment, ça fait que moi, je me ramassais avec un bâtiment vide qui ne rapportait rien.

Il l'a donc converti en étable pour ses vaches laitières, ce qui a coûté 300 000 $, un montant pratiquement 10 fois plus élevé que le dédommagement qu'il a reçu du programme de retrait de l'industrie porcine.

« Je n'étais pas prêt à faire ce move-là à ce moment-là. J'aurais aimé mieux continuer quelques années avec les porcs pour baisser mon endettement encore un peu plus. »

Sébastien Tremblay dans son étable.

L'agriculteur Sébastien Tremblay, qui louait sa porcherie à d'autres producteurs, l'a convertie en étable pour ses vaches laitières après avoir été sélectionné dans le cadre du programme de retrait de l'industrie porcine.

Photo : Radio-Canada

Le secteur porcin demeure en  surproduction

Malgré le programme de retrait, le Québec produit toujours un surplus de porcs. Chaque semaine, de 4000 à 5000 cochons doivent être envoyés en Ontario ou aux États-Unis pour être abattus, faute de place dans les abattoirs du Québec.

« Les prix payés là-bas aux abattoirs sont bons, mais c'est le coût de transport. Quand on envoie des porcs de l'autre côté de Toronto ou même au Michigan, les coûts de transport sont très élevés », explique Louis-Philippe Roy.

Au bout du compte, l'opération est déficitaire et l'ensemble des éleveurs doivent payer la note puisque la mise en marché est collective.

« J'ai des producteurs qui produisent le même nombre de porcs depuis 15 ans, mais lui, il va payer pour celui qui a décidé d'augmenter ou même de doubler sa production en deux ou trois ans. Ça fait qu'il y a vraiment une question d'équité », estime le président des Éleveurs de porcs du Québec.

L'élevage de porcs à la ferme Meloporc, à Saint-Thomas-de-Joliette, au Québec.

L'élevage de porcs à la ferme Meloporc, à Saint-Thomas-de-Joliette, au Québec.

Photo : Getty Images / SEBASTIEN ST-JEAN

Les producteurs devront donc s'entendre pour réduire les cheptels encore une fois.

Selon la professeure Annie Royer, du département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval, mettre en place un mécanisme satisfaisant pour tous sera un défi.

« Ça pose des questions d'équité entre producteurs », croit-elle. Imposer une réduction de la production dans la même proportion pour tous les éleveurs pourrait créer des remous.

« On a souvent des producteurs indépendants qui sont de plus petites fermes et on a aussi de gros joueurs, des agents intégrateurs qui ont de plus grosses fermes de production, donc c'est certain que ça va être une période très difficile et tendue. »

« Ce n'est pas évident, parce que les producteurs, les éleveurs de porcs, n'ont jamais été dans cet environnement-là où ils se font contrôler », concède Louis-Philippe Roy.

5:10

Le reportage d’Olivier Bachand

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