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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPrès de 60 000 migrants en provenance du Maroc ont pénétré dans le territoire espagnol de Ceuta en quelques heures, vendredi. Cet afflux massif a temporairement gonflé la population locale, qui ne compte habituellement que 80 000 âmes.
Plus qu'une crise migratoire, il s'agit d'une crise géopolitique, selon une spécialiste qui souligne que les migrants sont désormais régulièrement instrumentalisés pour déstabiliser des gouvernements. Explications.
Selon le dernier bilan, au moins 67 personnes ont perdu la vie dans la traversée, une grande partie d'entre elles ayant gagné Ceuta à la nage afin de contourner les frontières terrestres.
Ceuta
Ceuta est une ville autonome espagnole située sur un territoire de 18 kilomètres carrés du même nom, en Afrique du Nord.
Le territoire partage une frontière de 8 kilomètres avec le Maroc et se situe à une quinzaine de kilomètres des côtes espagnoles. Une barrière longeant la frontière a été construite en 2001 au coût de 30 millions d'euros (45 millions $) pour éviter l'immigration illégale et la contrebande.
Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole de la ville, ni des territoires espagnols enclavés de Melilla et de Peñón de Vélez de la Gomera.
D'habitude, la situation est plus calme. Seuls 2582 migrants sont entrés à Ceuta de janvier à juin, selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
Face à cet afflux, le gouvernement local a demandé aux autorités nationales de déclencher l'état d'urgence, ce qui lui a été refusé. Le premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s'est tout de même rendu sur place.
L'armée y a été envoyée, la plupart des commerces ont été fermés et les habitants se sont barricadés chez eux.

1:50
Le récit de Mélissa Savoie-Soulières
La quasi-totalité des dizaines de milliers de migrants entrés illégalement dans l'enclave espagnole étaient repartis samedi, a indiqué Madrid, qui a indiqué que les autorités marocaines et espagnoles collaboraient étroitement.
Une barrière pneumatique de 500 mètres de long est notamment en cours d'installation dans la mer Méditerranée pour empêcher les migrants de traverser à la nage.
Les chiffres sont impressionnants, mais la plupart des migrants ont depuis été retournés au Maroc, donc c'est la preuve que les accords de coopération en matière de migration fonctionnent toujours, souligne Sarah Wolff, professeure à l'Université de Leiden aux Pays-Bas et spécialiste des politiques migratoires.
Qu'est-ce qui a bien pu causer ce soubresaut migratoire?
De nombreuses hypothèses circulent pour expliquer cette arrivée massive.

Un migrant regarde vers le ciel après avoir mis les pieds dans l'exclave espagnole.
Photo : AFP / GETTY / JORGE GUERRERO
Plusieurs personnes interrogées par les journalistes sur place ont évoqué des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles la frontière entre l'enclave espagnole et le Maroc était ouverte. Ces rumeurs auraient poussé des milliers de Marocains à se rendre à Fnideq, une ville marocaine limitrophe de Ceuta.
L'origine de ces rumeurs n'a pas été établie avec certitude, mais une décision de la Cour suprême espagnole datant du 8 juillet pourrait y avoir contribué.
Cette décision stipulait que le renvoi immédiat d'un migrant sans ouverture préalable d'une procédure administrative d'expulsion ne s'appliquait pas aux personnes arrivées par voie maritime, contrairement à celles qui entrent par les frontières terrestres.
Pedro Sánchez et son ministre de l'Intérieur ont accusé les réseaux de passeurs d'avoir mal interprété cette décision de la cour et d'encourager l'afflux de migrants sans papiers.

Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s'est rendu dans la région frontalière.
Photo : Reuters / Jon Nazca
Contrairement à plusieurs autres gouvernements européens, le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez s'est montré enclin à accueillir des migrants. Dans les derniers mois, il a notamment promis de régulariser le statut de 500 000 personnes sans papiers.
Certains migrants qui se sont déplacés à Ceuta ont affirmé avoir vu les propos du premier ministre espagnol sur les réseaux sociaux.
Une telle entrée massive de migrants à Ceuta n'est pas inédite. En 2021,10 000 migrants ont fait leur entrée dans le territoire espagnol en une soirée. La frontière avait été délibérément ouverte par les autorités marocaines pour faire pression sur son voisin espagnol, dans la foulée de tensions diplomatiques entre les deux pays.
À l'époque, l'Espagne avait accueilli le chef du mouvement indépendantiste du Sahara occidental, Brahim Ghali, pour lui prodiguer des soins médicaux. Le Maroc revendique le Sahara occidental, et le mouvement de Brahim Ghali est soutenu par l'Algérie, dont les relations avec le Maroc sont marquées par une rivalité profonde.

Un migrant venant du Maroc affiche le V de la victoire à son arrivée à la frontière espagnole.
Photo : Reuters / Fabian Bimmer
Plus récemment, l'Espagne s'est rapprochée de l'Algérie, une visite d'État ayant eu lieu à Alger en juillet 2026, faisant flotter la possibilité que ce rapprochement ait causé du mécontentement du côté marocain.
C'est ce que croit Henry de Laguérie, journaliste basé à Barcelone. En 2021, le Maroc avait reconnu qu'il avait laissé passer 10 000 migrants à Ceuta pour faire pression sur l'Espagne. Quelques semaines plus tard, l'Espagne reconnaissait la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Donc, on a une impression de déjà vu, a-t-il déclaré en entrevue à l'émission Tout un matin sur ICI PREMIÈRE.
Un avis que partage Mme Wolff : Il y a probablement eu au minimum un laisser-faire côté marocain, de si grands mouvements de population, ça ne peut pas se faire tout seul.
Sarah Wolff souligne qu'on assiste depuis quelques années à une instrumentalisation des migrants qui peuvent être utilisés pour déstabiliser les gouvernements de certains pays. On l'a vu avec la Biélorussie qui, en 2021, a fait venir des milliers de migrants du Moyen-Orient qui ont ensuite été poussés à franchir illégalement la frontière avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie.
Un phénomène très bien décortiqué dans le livre Weapons of Mass Migration, selon elle. L'auteure Kelly Greenhill traite notamment du cas de la Libye, où les dirigeants monnayaient leurs services à la fois du côté des pays européens que des migrants.
Levée de boucliers des dirigeants européens
Plusieurs dirigeants européens sont montés au front pour dénoncer la situation à Ceuta.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, a indiqué être prête à demander l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen.
Cet espace regroupe 29 pays européens où la libre circulation est permise sans contrôle frontalier.
La permission de circuler librement peut toutefois être suspendue en cas de menace à la sécurité intérieure ou à l'ordre public, ou lors de mouvements migratoires soudains et massifs risquant de compromettre le fonctionnement du territoire communautaire.

Une grande partie des personnes qui ont franchi la frontière l'ont fait à la nage.
Photo : Reuters / Stringer
Giorgia Meloni, issue de la droite radicale et élue sous la promesse de s'attaquer à l'immigration en Italie, n'est pas la seule à adopter cette ligne dure.
La Finlande et le Danemark se sont ralliés aux propos tenus par Giorgia Meloni et le chancelier allemand, Friedrich Merz, a sommé le Maroc de rapatrier immédiatement les migrants illégaux.
Le président français, Emmanuel Macron, a indiqué qu'il était prêt à aider les autorités espagnoles et a réclamé un renforcement des contrôles à la frontière entre l'Espagne et la France. Même son de cloche au Royaume-Uni.
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a pour sa part dénoncé samedi l'attitude égoïste de certains pays de l'UE.
Pour la professeure Sarah Wolff, la réaction de ces pays européens est teintée d'hypocrisie. En 2021, lors de la crise avec la Biélorussie, personne n'a accusé la Pologne, la Lituanie ou la Lettonie de ne pas savoir contrôler leurs frontières ni demandé leur sortie de l'espace Shengen, souligne-t-elle en déplorant un manque de solidarité européenne et une récupération politique de la part des gouvernements d'extrême droite.
Cette situation est aussi du pain béni pour Donald Trump, qui ne porte pas le premier ministre espagnol dans son cœur.
Désir d'ailleurs
Pendant qu'on met tout sur le dos de l'Espagne, on ne parle pas des conditions économiques des Marocains dans leur pays, ajoute-t-elle avant d'évoquer notamment le chômage qui touche plus 30 % des jeunes de 15 à 24 ans et ce malgré une croissance du PIB de 4,6 % au premier trimestre de 2026.
Salaheddine Lemaizi, journaliste et rédacteur en chef du média marocain indépendant Enass, ne pense pas que Rabat a orchestré cet afflux de migrant. Selon lui, croire que les origines de la crise sont géopolitiques, c'est accréditer les théories complotistes que l'on voit sur les réseaux sociaux. Lui voit plutôt dans l'afflux actuel de migrants des raisons principalement socio-économiques.
La jeunesse marocaine a un désir [d'émigrer] que les politiques européennes de surveillances des frontières ne permettent plus, a-t-il souligné en entrevue à l'émission Les faits d'abord sur ICI PREMIÈRE.
Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE discuteront d'ailleurs en visioconférence des événements à Ceuta, a annoncé samedi l'Irlande, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne.
Avec des informations de l'Agence France-Presse et de l'Associated Press


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